Le vrai problème des « migrants » pour Meloni, ce ne sont pas les centres en Albanie
Quoi qu’on pense des centres de rapatriement en Albanie voulus par le gouvernement Meloni, la décision du Conseil européen des ministres de l’Intérieur – qui a imposé une répression contre les politiques migratoires de l’UE – marque un point en faveur du premier ministre italien.
Giorgia Meloni avait beaucoup insisté sur un tournant en matière d’immigration au moment de la campagne électorale et tout le monde se souvient de la bataille des Frères d’Italie pour l’insaisissable « blocus naval », qui est resté inappliqué parce qu’il était tout simplement irréalisable : une promesse qui a fini par se retourner contre le premier ministre, car elle est devenue un symbole du « je voudrais mais je ne peux pas » typique de ceux qui disent une chose et en font ensuite une autre. Meloni s’est alors mis en fuite et a inventé les centres en Albanie, en stipulant un accord « innovant » (comme l’a défini la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen) avec le premier ministre albanais Edi Rama, un socialiste.
Les centres en Albanie vont-ils redémarrer ? Que se passe-t-il après la répression européenne contre les migrants ?
On a beaucoup écrit sur les centres en Albanie, notamment en raison du conflit qui a éclaté entre le gouvernement et une partie du système judiciaire italien à propos de leur utilisation. Une fois les centres terminés et les premiers migrants qui y étaient hébergés ont quitté l’Italie puis rapatriés, les juges se sont arrêtés, invoquant l’absence de législation européenne précise concernant les pays sûrs. Le gouvernement a ensuite publié un décret pour clarifier les choses, mais cela n’a pas suffi et l’utilisation des centres a été une fois de plus entravée par les magistrats.
Mais tout cela appartient au passé et la récente décision du Conseil européen a ouvert une nouvelle voie. La mesure n’est pas encore opérationnelle car elle devra être confirmée par le Parlement européen, où il existe pourtant une solide majorité pour l’approuver, et d’ici quelques mois les dernières pièces se mettront en place (on parle de juin 2026).
Pour Meloni, il s’agit d’une incontestable réussite d’image, compte tenu de l’offensive que le premier ministre a dû subir de la part de l’opposition, prête à l’accuser de gaspillage de ressources d’une part et de mépris du droit international (et des droits de l’homme) d’autre part. Les paroles satisfaites du ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi après la décision de Bruxelles confirment le soulagement de Palazzo Chigi pour un dossier qui commençait à devenir trop brûlant et qui, à mesure que les élections se rapprochent, pourrait se transformer en un boomerang aux effets négatifs irréversibles.
Les migrants, le vrai problème de Meloni
Ce tournant est cependant annonciateur de nouvelles inconnues, qui ne seront peut-être pas toutes positives pour le centre-droit. Si quelqu’un pense que la création de centres albanais, le cas échéant, peut en fait résoudre tous les problèmes de l’immigration clandestine, il risque de se tromper lourdement. C’est une voie (d’autres pays européens vont l’essayer, comme le font par exemple les Pays-Bas avec un protocole similaire avec l’Ouganda) qui, plus que prévenir et gérer les arrivées, servira (dans les intentions) d’élément dissuasif pour ceux qui veulent embarquer, investir des années d’économies et risquer leur vie dans une traversée qui pourrait aboutir non pas en Italie ou dans un autre État de l’UE, mais dans un centre de détention albanais.
La répression européenne, dont les définitions de « pays sûr » et de « pays tiers sûr » constituent les pierres angulaires, entend envoyer un message avant tout aux trafiquants d’êtres humains. Mais à partir de ce moment-là, il faudra encore tracer la route avec précision. Les critiques qui ont plu contre la décision européenne – de la part de l’opposition, mais aussi de la part des dirigeants de la CEI et des ONG – se concentrent sur le fait qu’il manque encore de nombreux accords de rapatriement avec les pays d’origine, qu’il existe déjà en Italie des CPR qui remplissent la même fonction déléguée aux centres albanais, que de nombreux migrants viennent de zones d’insécurité de pays définis comme sûrs et qu’il y aura donc un flot de recours qui inonderont les tribunaux.

Bref, la bataille juridique et politique ne fait que commencer. Le projet de loi de délégation que le gouvernement prépare pour rendre la loi européenne applicable est appelé à résoudre de nombreux problèmes.
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