L’Autriche va voter : c’est le pays de l’UE qui dépend le plus du gaz russe

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

C’est le pays de l’Union européenne qui est le plus dépendant des importations de gaz russe et risque de se retrouver entre les mains de l’extrême droite pro-russe. Les élections autrichiennes du 29 septembre pourraient marquer un véritable tournant, non seulement pour Vienne mais aussi pour le reste de l’Europe. Avoir un État membre qui dépend encore autant de Moscou pour son approvisionnement énergétique pourrait saper les efforts de tous les États membres. Les sondages donnent cependant l’avantage à Herbert Kikl, allié de Matteo Salvini, qui n’entend pas mettre un terme aux relations avec Vladimir Poutine.

Ce que disent les sondages pour les élections en Autriche

Les sondages en Autriche avant la date clé du 29 septembre ne montrent aucun parti disposant d’un avantage suffisant pour obtenir la majorité absolue. Le parti d’extrême droite, le Parti des libertés (FPÖ), qui entretient des positions floues avec Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine, bénéficie d’un léger avantage. Le gouvernement de la république parlementaire autrichienne est actuellement dirigé par Karl Nehammer du Parti populaire autrichien (ÖVP), arrivé au pouvoir en décembre 2021. Dans la même coalition gouvernementale se trouve le Parti vert. Il s’agit de la première alliance entre ces deux partis au niveau fédéral. Popolari et Verts tenteront de concourir pour le plus grand nombre d’élus du FPÖ, mais ils sont encore légèrement en retard, du moins dans les entretiens pré-électoraux.

La dépendance de l’Autriche au gaz russe

Depuis que Moscou a envahi son voisin en 2022, alors que l’Union européenne s’est efforcée de remplacer rapidement les importations de gaz russe, l’Autriche a été très lente dans ce processus. En juillet, Vienne importait encore 83 pour cent de son gaz de Russie, alors qu’en 2023 déjà, la part moyenne du gaz importé de Moscou dans l’UE était tombée à 15 pour cent. La recherche de sources d’énergie alternatives n’a jusqu’à présent pas garanti un grand succès. Et pour les 26 autres États du bloc européen, cette dépendance persistante devient un problème.

Les Verts autrichiens militent avant tout pour une transition plus rapide, mais leur poids dans le gouvernement actuel est nettement inférieur à celui du Parti populaire. Le chancelier Nehammer s’est également engagé à libérer le pays du joug de Moscou, en se concentrant sur les importations transitant par l’Allemagne et l’Italie. « La forte dépendance à l’égard des approvisionnements en gaz russe représente un risque économique et sécuritaire important pour l’Autriche », a déclaré le ministère de l’Économie dans un communiqué de presse, estimant qu’il est « essentiel pour la sécurité de notre pays de réduire davantage la consommation de gaz et d’arrêter d’en acheter ». Gaz russe. »

Les risques d’une interruption brutale du gaz russe

L’extrême droite du FPÖ est d’un avis différent, les sondages le situant entre 27 et 29 pour cent. Selon le leader Herbert Kickl, le gaz russe doit continuer à faire partie du mix énergétique autrichien. Cependant, l’absence de prise de distance claire avec Moscou isole son parti, qui ne parvient pas à trouver de soutien pour créer une coalition. Sauf surprise, mais avec un avantage minime, le Parti populaire devrait encore l’emporter, ce qui, selon les résultats, pourrait se poursuivre avec les Verts, voire virer vers les sociaux-démocrates. Les temps politiques, lents et lourds, risquent de ne pas coïncider avec les temps commerciaux.

Wien Energie, la compagnie d’électricité qui domine la scène énergétique viennoise, a annoncé en septembre qu’elle abandonnerait le gaz russe à partir de 2025. Cependant, l’Ukraine a déclaré qu’elle ne renouvellerait pas l’accord avec Gazprom pour le transport de gaz russe en Autriche, qui devrait expirer fin 2024. S’il n’y a pas de changement, Vienne sera confrontée à une crise énergétique. Et selon les experts nationaux, une interruption soudaine de l’approvisionnement russe pourrait faire augmenter les prix de gros du gaz d’environ 20 pour cent en l’espace de deux à six mois. Un coup dur pour l’économie autrichienne déjà pénalisée par une inflation croissante.