Pourquoi faisons-nous des gestes lorsque nous parlons au téléphone ? L’explication neuroscientifique

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Avez-vous déjà marché dans la rue et remarqué quelqu’un qui s’agitait, souriait et agitait les mains en l’air tout en parlant au téléphone ? Ou peut-être êtes-vous celui qui fait des gestes lors d’un appel téléphonique, en marchant de long en large dans la pièce. Cela peut sembler une simple habitude bizarre, mais en réalité quelque chose de beaucoup plus profond se cache derrière ce comportement : notre cerveau, d’une certaine manière, pense aussi avec tes mains. La recherche scientifique a étudié ce phénomène en profondeur, révélant que nos gestes ne sont pas un simple « ornement » communicatif. Lorsque nous parlons, le mouvement des mains aide le cerveau à organiser les pensées, facilitant la recherche de mots et la construction de phrases et constitue un élément fondamental et inné d’interaction sociale.

Faire des gestes avec nos mains lorsque nous appelons aide le cerveau à trouver les mots

L’intuition commune suggère que nous faisons un geste exclusivement pour transmettre un message à ceux qui nous regardent. Pourtant, de nombreuses études psychologiques démontrent que les mouvements de la main sont avant tout un outil cognitif. à l’avantage de l’orateur. Selon une théorie connue sous le nom de « modèle de processus gestuel lexical », bouger nos mains nous aide réellement à pour récupérer les mots stockés dans notre mémoire, en particulier les moins courants, facilitant ce que l’on appelle « l’accès lexical ».

Nous le savons depuis longtemps. Une étude de 1996 a examiné ce qui se passe lorsqu’un individu en souffre. physiquement empêché d’utiliser ses mains lors d’un discours : son l’élocution devient immédiatement moins fluidecaractérisé par des pauses, des balbutiements et des ralentissements fréquents, en particulier lorsqu’il doit rappeler et décrire des concepts ou des contenus spatiaux. De plus, il s’est avéré que les gestes aident à déballer et à organiser les plus complexes mentalement information visuo-spatiales en unités plus simples, les rendant compatibles avec la nature séquentielle et linéaire du langage parlé. Même lorsqu’il s’agit d’expliquer des idées complexes, lorsque les mots que nous utilisons quotidiennement ne suffisent pas, nos mains viennent à la rescousse, allégeant considérablement la charge cognitive de l’esprit. C’est pourquoi, même si nous sommes seuls dans une pièce avec notre smartphone à l’oreille, notre cerveau « utilise » nos mains pour penser et parle mieux.

Le pouvoir invisible du dialogue social

Cependant, cette explication cognitive n’épuise pas le mystère. La recherche m’a isolé deux facteurs principaux de communication : visibilité (pouvoir se voir) e les dialogues (interagir spontanément avec une autre personne). Une expérience menée par l’Université de Victoria a divisé les participants en trois groupesdemandant à chacun de décrire une tenue vestimentaire très élaborée : le premier groupe parlait face à face, le deuxième au téléphone et le troisième enregistrait un monologue adressé à un simple enregistreur vocal. Les résultats ont démontré sans équivoque que le simple fait d’être dans un dialogue a un effet direct sur la fréquence des gestescomplètement indépendant de pouvoir se regarder dans les yeux. Même si le manque de contact visuel réduit peu la quantité de mouvement, les gens au téléphone faisaient des gestes à un rythme incroyablement plus élevé que les gens qui se parlaient dans un microphone. Être impliqué dans une véritable interaction sociale stimule automatiquement notre corps à s’exprimer.

Or, le cerveau adapte très subtilement le type de geste au contexte. Face à faceles enceintes effectuent gestes larges« grandeur nature », utiliser son corps pour décrire un objet et mettre en scène un fort mimétisme interactif directement à l’auditeur. Au téléphoneau lieu de cela, l’esprit reconnaît inconsciemment l’absence visuelle du partenaire : les gestes deviennent sensiblement plus petitspresque miniatures, et ceux purement interactifs chutent considérablement. Bref, les gestes téléphoniques ne sont pas une coïncidence ou une simple habitude déplacée, mais une adaptation raffinée et très précise à une conversation dépourvue de visibilité.

Des mains qui bougent quand on parle : un instinct inné ancré dans le langage

L’interconnexion profonde entre les mots que nous prononçons et les mains qui bougent est un trait indissociable de la nature humaine. Pensez juste à ça les gens sont aveugles de naissancequi n’ont jamais pu observer, encore moins imiter, les gestes des autres, ils font régulièrement des gestes en parlantmême lorsqu’ils communiquent avec d’autres aveugles qui ne pourront jamais saisir leurs mouvements. Ce fait incroyable démontre que le geste n’est pas une simple convention culturelle visuelle apprise, mais qu’il est biologiquement enraciné dans le processus même de la parole. Selon les chercheurs, comme le rapporte un article de 2009, le geste et la parole forment dès le départ un seul système intégré, une unité de pensée indivisible dans laquelle la composante visuo-spatiale et la composante purement linguistique procèdent inextricablement de pair, à tel point qu’il existe de nombreux indices qui suggèrent que la langue est néedu point de vue de l’évolution, dès les gestes.

Sources

Bavelas et al., 2008, Gestuelle au téléphone : effets indépendants du dialogue et de la visibilité. Wei, 2006, Pas fou, je parle juste au téléphone : gestes et conversations sur téléphone portable. Goldin-Meadow et Alibali, 2014, Le rôle du geste dans la parole, l’apprentissage et la création du langage. Krauss, 1998, Pourquoi faisons-nous des gestes quand nous parlons ? Krauss et al., 1996, Comportement non verbal et communication non verbale : que nous disent les gestes conversationnels de la main ? Rauscher et al., 1996, Geste, parole et accès lexical : le rôle des mouvements lexicaux dans la production de la parole Corballis, 2009, Les origines gestuelles du langage.