Biosphère 2 : que contient le plus grand terrarium du monde construit en Arizona

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le plus grand terrarium du monde est Biosphère 2: un immense écosystème artificiel complètement fermé et isolé de l’extérieur qui se trouve dans Arizona et s’étend sur 1,27 hectares, renfermant un volume interne d’environ 200 000 mètres cubes.

Mais savez-vous ce que signifie rassembler l’air, l’eau, le sol, les plantes et les hommes à l’intérieur de ce gigantesque espace clos et tenter de faire fonctionner le tout sans échanges avec l’extérieur ? Cela revient en fait à retirer à la biosphère une de ses caractéristiques fondamentales : la possibilité de la diluer, de la compenser et de la rééquilibrer.

Dans cet écosystème artificiel à grande échelle la forêt tropicale, l’agriculture et d’autres environnements coexistent sous la même enveloppe. Le résultat n’est pas seulement un « terrarium géant », mais une expérience concrète sur ce qui arrive aux écosystèmes lorsqu’ils sont isolés. Plus qu’imiter la Terre en miniature, cet énorme système fermé a montré à quel point la vie dépend d’équilibres délicats, de rétroactions invisibles et de processus chimiques et biologiques qui, une fois isolés, deviennent soudain évidents.

Après avoir été sous la direction de l’Université de Columbia pendant huit ans (1995-2003), l’établissement est désormais dirigé par l’Université de l’Arizona, qui l’a transformé en un centre de recherche de classe mondiale.

Un terrarium à l’échelle architecturale

Définir la Biosphère 2 comme un « terrarium » aide à nous donner une idée, mais c’est scientifiquement réducteur. Connaissez-vous les domestiques que l’on garde dans le salon ? L’eau et la matière y tournent d’une manière très simple. La Biosphère 2, quant à elle, est un terrarium géant doté d’une configuration expérimentale extrême conçue pour étudier ce qui se passe lorsqu’un ensemble d’écosystèmes et d’humains partagent la même atmosphère confinée. Cela peut être compris même en regardant le niveau d’isolation : les fuites d’air ont été conçues pour rester inférieures à 10 % par an, une valeur environ mille fois plus stricte que dans un bâtiment normal.

En pratique, c’est comme s’il s’agissait d’une boîte scellée en acier et en verre.: pas d’air pur venant de l’extérieur, pas d’arrivée d’eau et pas de dispersion des gaz produits à l’intérieur. Tout ce qui entrait ou sortait devait être autorisé et documenté par des scientifiques. La seule chose qui n’était pas « fermée » était l’énergie : la structure recevait la lumière du soleil, importait de l’électricité et utilisait un immense système thermique pour empêcher tout le monde de mourir de chaleur sous le soleil de l’Arizona.

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Mais le véritable génie technique de cette expérience scientifique résidait dans gestion de la pression. Pensez-y : lorsque l’air intérieur se réchauffe, il se dilate, lorsqu’il se refroidit, il se contracte. Dans une structure aussi rigide et étanche, de tels changements risqueraient de provoquer l’explosion du verre. Pour éviter la catastrophe, les ingénieurs ont inventé « poumons » (poumons) : énormes chambres à volume variable capables de se dilater et de se dégonfler pour absorber les changements de pression.

Parce que pour créer un écosystème fermé, il ne suffit pas de mettre quatre plantes sous serre, hein ? Nous avons besoin d’une architecture qui sait littéralement respirer sans se casser.

Une coque, plusieurs mondes internes

À l’intérieur de la Biosphère 2, il n’y avait pas un seul climat, mais cinq écosystèmes modèles suffisamment grands pour montrer de véritables processus écologiques (le mésocosmes) qui coexistaient sous le même verre : forêt tropicale, savane, marais, désert et même un petit océanen plus de zone agricole et l’habitat humain. Tous ces mondes étaient reliés par une seule atmosphère commune.

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Un choix scientifiquement puissant, mais aussi très risqué. Si sur Terre les écosystèmes respirent grâce à d’immenses réservoirs d’air, d’eau et de sol qui amortissent tout changement, dans Biosphère 2 ces réservoirs étaient très petits par rapport à la quantité de plantes et d’organismes présents. Dans un tel système, les cycles naturels ne se comportent plus comme sur Terre. Le résultat de tout cela ? Dans le terrarium, les transformations se sont produites sur des temps plus courts et avec des variations plus évidentes.

Ce qui sur Terre est dilué, absorbé ou compensé à une échelle énorme, s’est ici accumulé et était immédiatement visible.

La forêt tropicale, mais pas celle que nous avons tous en tête

L’un des biomes les plus fascinants de ce projet était la forêt tropicale. Elle avait plusieurs fonctions au sein du système (contribuer aux échanges gazeux de l’atmosphère interne, augmenter la diversité biologique, et aussi offrir des ressources utiles aux habitants, comme certaines plantes alimentaires). La zone désignée pour la forêt couvrait environ 1900 mètres carrésavec un volume total d’environ 35 000 mètres cubes. À l’intérieur, ils avaient été introduits davantage 282 espèces végétales provenant des zones forestières tropicales.

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Mais pourquoi tant ? Ce choix de « surcharger » le milieu en espèces n’est pas fortuit : les chercheurs ont voulu laisser place à l’auto-organisation écologique et observer quelles communautés se formeraient spontanément à partir de l’interaction entre climat intérieur, sol, espèces introduites et présence humaine. Après deux ans de fermeture, 39 % des espèces ont disparu, mais les 61 % restants ont créé une nouvelle communauté adaptée. C’était la preuve que le système n’était pas statique : il sélectionnait, transformait, réorganisait.

Un point important doit ici être précisé : cette forêt tropicale n’a pas poussé dans les mêmes conditions qu’une forêt tropicale naturelle. Le conditions internesen fait, ils l’étaient totalement anormal par rapport à une vraie forêt équatoriale : le sol était artificiel, les températures étaient différentes et le CO₂ atteignait des sommets à 4500 ppmv. Cet « super effet de serre » a fait monter en flèche la croissance des plantes : en trois ans, la biomasse a augmenté de 400%et certains arbres ont poussé quatre fois plus vite que la normale, mais ont développé des troncs plus minces.

Et la gestion humaine y a joué un rôle déterminant : l’intervention humaine a en effet accéléré la succession vers des stades plus avancés, favorisant les espèces considérées comme importantes à long terme, notamment les grands arbres. La forêt n’était donc pas seulement le produit d’une auto-organisation biologique, mais aussi des choix des habitants et des gestionnaires. Biosphère 2 démontre donc que dans un système fermé « l’écosystème naturel » et le « facteur humain » ne sont pas facilement séparables.

Agriculture : le biome qui nourrissait les hommes et le problème de l’agriculture classique

Si la forêt tropicale était le cœur symbolique du projet, leBiome agricole intensif c’était sa cuisine. Ce mésocosme agricole d’environ 0,22 hectare devait produire suffisamment de nourriture pour nourrir les habitants pendant les périodes de fermeture.

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Pendant le deux missions des années 90 (la première de 1991 à 1993 et ​​la seconde de mars à septembre 1994) et malgré le peu de lumière et les parasites, la productivité était supérieure à celle des terres traditionnelles les plus efficaces, garantissant un régime alimentaire faible en calories mais super nutritif (environ 1 800 à 2 200 kcal par jour et par personne dans la première mission et 2 200 à 2 400 kcal dans la seconde). Il s’agissait d’une chaîne d’approvisionnement écologique intégrée : cultures, recyclage des eaux usées, rizières et même conduits pour faire passer l’air à travers la terre afin de la purifier.

Mais il y avait un problème : les scientifiques ont choisi l’agriculture classique (basée sur le sol) plutôt que l’hydroponie, et le sol, très riche en matière organique, a littéralement commencé à « brûler » ses réserves. Ainsi, les microbes du sol respiraient trop et, ce faisant, consommaient de l’oxygène et libéraient des montagnes de CO₂, qui étaient ensuite piégées par le béton de la structure. Comme, en hiverlorsque la lumière était moindre et donc la photosynthèse ralentie, l’air à l’intérieur était presque irrespirable.

Dans une atmosphère fermée, chaque gaz compte

Grâce à l’incroyable sceau de Biosphère 2, les scientifiques ont pu surveiller les gaz comme jamais auparavant. Le résultat ? Les plantes, le sol et les microbes étaient si « puissants » par rapport au petit volume d’air disponible qu’ils rendaient littéralement fous les niveaux de dioxyde de carbone (CO₂). En termes pratiques : la quantité de gaz est montée en montagnes russes en l’espace de quelques heures, modifiant de manière impressionnante la composition de l’air entre le jour et la nuit.

Mais le problème, c’était le protoxyde d’azote (N₂O), un puissant gaz à effet de serre. Dans les sols du Biome Agricole Intensif, et plus encore dans la forêt tropicale humide pendant certaines périodes échantillonnées, il a été produit en grande quantité, et ses niveaux ont grimpé jusqu’à 300 fois plus que la normale. En effet, sur Terre, ces gaz sont amortis par d’immenses compartiments ou détruits dans la stratosphère, mais à l’intérieur du dôme il n’y avait pas de soupape d’échappement.

C’est le phénomène de cycles accélérés: si sur notre planète les cycles du carbone, de l’azote et de l’oxygène sont vastes et lents, dans Biosphère 2 ils étaient minuscules et très rapides. Et c’est précisément cela qui nous a permis de les étudier quasiment en temps réel, nous laissant un héritage fondamental pour la conception des futures bases humaines dans l’espace ou sur Mars.

Du « terrarium géant » au laboratoire performant pour étudier la Terre

Au fil du temps, Biosphère 2 a radicalement changé : de l’objectif initial de maintenir les humains en vie dans un écosystème scellé, la structure s’est transformée en un super laboratoire étudier la Terre. Le cas le plus notable est celui Observatoire de l’évolution du paysage (LEO) : trois énormes paysages artificiels inclinés (330 m² chacun), constitués de roche concassée et placés dans un environnement totalement contrôlé où les scientifiques peuvent décider de la quantité de pluie à tomber, de l’humidité, de la température et même de la vitesse du vent.

Il s’agit d’un énorme saut conceptuel. En LEO, les chercheurs suivent de près la façon dont l’eau et le carbone se déplacent et, surtout, comment le sol naît et évolue à partir de zéro. Les mesures sont ahurissantes : grâce à des centaines de sondes qui collectent des données toutes les 15 minutes, chaque millimètre de terre et d’air est surveillé, enregistrant l’impact des précipitations artificielles millimétriques sur le CO2 du sol. Il ne s’agit plus d’une simple écologie observationnelle, mais d’une écologie des processus en temps réel : les chercheurs tournent un bouton, modifient une variable et voient immédiatement ce qui se passe.

Du « terrarium géant » au laboratoire performant pour réaliser des expériences et étudier la Terre

La vérité succès de Biosphère 2 réside dans le fait d’avoir démontré qu’un écosystème n’est pas seulement une somme de plantes et d’air sous verre, mais un système vivant et imprévisible où les microbes consomment de l’oxygène, les gaz s’accumulent, les espèces ne restent pas là où elles sont installées et la présence humaine modifie la trajectoire écologique autant que le climat interne.

Mais il faut dire aussi que ce grand laboratoire nous a donné la leçon la plus importante de toutes : la stabilité de la vie sur Terre ne vient pas de la simplicitémais d’une complexité immense et très délicate. Si dans un petit terrarium de salon tout cela est à peine perceptible, dans Biosphère 2, il est impossible de l’ignorer.