Ce sera une table décidément riche, du moins métaphoriquement, celle dressée devant les dirigeants des Vingt-Sept pour le sommet européen en cours à Bruxelles. Un sommet que beaucoup espèrent moins peu concluant que celui de la mi-juin. Tous les regards sont tournés vers les nominations pour le meilleurs emplois de l’UE, qui a fait l’objet d’une fumée noire la dernière fois, mais ce ne sera pas le seul sujet au centre des discussions.
Semaine européenne de l’Ukraine
L’Ukraine figure cette semaine en tête des priorités de Bruxelles, avec une série de nominations importantes. Lundi 24 juin, les Vingt-Sept ont approuvé l’utilisation des bénéfices supplémentaires provenant des fonds russes gelés dans les banques européennes et ont adopté le 14e paquet de sanctions contre la Russie.
La première conférence intergouvernementale (CIG) avec Kiev s’est tenue mardi 25 juin à Luxembourg, étape formelle par laquelle l’Union ouvre officiellement les négociations pour l’adhésion de l’ancien pays soviétique au bloc. Une autre CIG s’est tenue le même jour pour entamer les négociations avec la Moldavie, et mercredi, la seizième CIG s’est tenue avec le Monténégro, dont les négociations ont commencé en 2012.
Volodymyr Zelensky lui-même devrait se rendre jeudi à Bruxelles pour signer, avec le président du Conseil européen Charles Michel, un pacte entre l’UE et l’Ukraine par lequel la première fournira à la seconde une série de garanties de sécurité pour décourager tout avenir. agression ainsi que 5 milliards d’euros d’aide militaire. Le dirigeant ukrainien pourrait également participer au sommet qui débute le même jour.
Des sources diplomatiques confirment cependant que la présence de Zelensky ne suffira guère à convaincre la Hongrie de lever son veto sur le décaissement des tranches de la Facilité européenne pour la paix (FPE).
Autres crises internationales
A l’ordre du jour également, la crise du Moyen-Orient, avec des inquiétudes croissantes quant à l’explosion d’un nouveau front de guerre entre Israël et le Liban et la volonté de l’UE de reprendre les activités de l’opération Eubam à Rafah, un objectif pour lequel, cependant, les conditions politiques fondamentales semblent manquer.
On parlera ensuite du plan de paix proposé par le président américain Joe Biden, du financement de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), des sanctions contre le Hamas et les colons israéliens extrémistes, du soutien à la mission de l’ONU au Liban (FINUL) et de celui des Palestiniens. Autorité pour une solution politique au conflit. Les conclusions du Conseil européen devront cependant tenir compte, comme d’habitude, des différentes sensibilités des États membres.
Les dirigeants aborderont également la situation délicate de la Géorgie, un pays qui a récemment obtenu le statut de candidat mais qui s’éloigne de la trajectoire européenne suite à l’adoption de la loi controversée sur les « agents étrangers ».
La situation en mer Noire et les menaces hybrides que représente la Russie de Vladimir Poutine au-delà de ses frontières resteront toujours sur la table des chefs d’État et de gouvernement.
Programme stratégique
Un autre point important sera l’adoption de ce que l’on appelle l’Agenda stratégique pour la période quinquennale 2024-2029. Il s’agit essentiellement d’un document programmatique dans lequel le Conseil européen condense les priorités politiques du prochain cycle institutionnel. Et sur lequel, une fois installée, la nouvelle Commission devra se baser pour présenter ses propositions législatives.
Il y aura trois macro-thèmes : défense et sécurité, compétitivité et prospérité, et enfin démocratie et État de droit. Parmi les points du premier point, on retrouve certainement la question de la défense européenne, qui depuis l’invasion de l’Ukraine est revenue avec force au premier plan du débat public européen : les dirigeants devraient s’accorder sur la nécessité d’augmenter les capacités de défense et la préparation à répondre aux crises. grâce à une plus grande coordination (à la fois intra-européenne et au sein de l’OTAN) et à une augmentation des investissements (tant publics que privés), en les catalysant par l’intermédiaire de la Banque européenne d’investissement (BEI).
L’Agenda envisage également une approche plus sécuritaire dans les politiques migratoires, avec des contrôles renforcés aux frontières extérieures et une plus grande coopération avec les pays d’origine et de transit des flux, ainsi qu’une multiplication des accords pour le rapatriement des migrants irréguliers. Par ailleurs, on retrouve toujours dans ce chapitre les défis de l’élargissement, ainsi que ceux liés à l’action extérieure de l’Union tant en termes de coopération internationale que d’accords commerciaux.
La deuxième priorité des dirigeants est celle de la compétitivité économique, qui est également au centre des débats depuis des mois avec le rapport de l’ancien Premier ministre italien Enrico Letta. De l’achèvement du marché unique à la pleine intégration financière des Vingt-Sept (avec l’Union bancaire et l’Union des marchés de capitaux), en passant par la diversification des approvisionnements, l’idée est de faire du Vieux Continent un espace attractif pour les investissements et un pôle innovant où règne une concurrence loyale dans les mêmes conditions pour tous.
Et il y a aussi de la place – mais pas trop – pour les doubles transitions, écologique et numérique : indépendance énergétique, économie circulaire, numérique et technologies propres (à commencer par l’intelligence artificielle), sécurité alimentaire et lutte contre le changement climatique sont parmi les sujets évoqués. dans le projet de document.
Enfin, en matière de valeurs et de démocratie, on évoque la protection de l’État de droit au sein de l’Union, considérée comme une « étape importante de l’intégration », ainsi que celle des libertés individuelles et des droits fondamentaux, le respect des équilibres de pouvoir. et la lutte contre la désinformation (notamment de la part des acteurs étrangers). L’UE se déclare également prête à prendre la tête des défis mondiaux, à commencer par le maintien de la paix et de la sécurité, ainsi que le respect des droits de l’homme.
Parallèlement à l’agenda stratégique, une discussion devrait également avoir lieu sur les réformes internes de l’Union en vue de l’élargissement, mais aucune décision n’est prévue : il s’agit d’une réflexion à long terme, que les dirigeants ne conçoivent pas comme un préalable. pour l’entrée de nouveaux États membres, et en tout cas pour discuter de réformes spécifiques, nous avons d’abord besoin d’une proposition détaillée de la nouvelle Commission. Ce que l’on sait, pour l’instant, c’est qu’il y aura quatre piliers : les valeurs et l’État de droit, les politiques communes, le budget et la gouvernance du bloc.