Nous étions tous Dawson Leery
La mort de James Van Der Beek, frappé à l’âge de 48 ans par un cancer colorectal qui, dans le fou système de santé américain, l’avait contraint à vendre les souvenirs de sa vie pour payer son traitement, nous a tous frappés en plein cœur, vieux fans de Dawson Leery et de son Creek. Une douleur similaire à celle ressentie pour la mort prématurée d’un autre acteur célèbre pour un personnage emblématique de la télévision, Matthew Perry et son Chandler Bing. Avec deux différences, qui rendent les adieux à Van Der Beek plus amers.
La première concerne le fait que, contrairement à Perry, il n’a même pas eu l’occasion de faire un dernier adieu heureux au personnage qui l’a rendu célèbre, et au public qui l’aimait : au moment des retrouvailles de Friends, Perry était dans un mauvais état mais, somme toute, rien ne laissait présager une fin imminente à sa vie compliquée. La récente rencontre des acteurs de Dawson’s Creek – ou Dosoncrik, pour le dire en italien – avait déjà été le présage inquiétant que l’absence du protagoniste « pour des raisons de santé » serait irréversible, et les images de son corps désormais à ses limites étaient une sentence difficilement susceptible de recours.
La deuxième différence concerne, inévitablement et peut-être même de manière irrespectueuse, le personnage à qui l’on dit au revoir en faisant ses derniers adieux à son interprète et en présentant ses condoléances à son épouse Kimberly Brook et à leurs six enfants. Parce que si Chandler était l’ami, l’ami brillant (si Elena Ferrante le permet) que nous aurions voulu proche de nous dans nos moments difficiles et les siens, pour nous remonter le moral de sa lumière et l’aider à combattre ses ombres, Dawson représentait tous ceux d’entre nous qui, à l’adolescence, étions ou se sentions un peu malchanceux sur le plan sentimental.
Parce que bien sûr, nous aimions Pacey et nous, les millennials, avons inventé le terme « expédition » en soutenant lui et Joey (et Mulder et Scully de The X Files), plutôt que le fan de Spielberg pleurnichard. Mais la vérité est qu’à chaque fois que nous nous sommes fait larguer, à chaque fois que nos amours adolescentes tournaient mal, nous étions un peu comme Dawson, nous demandant où nous avions commis une erreur et pourquoi nous ne pouvions pas réaliser nos rêves d’amour.
Alors aujourd’hui, alors que le malheureux James Van Der Beek a emporté à jamais son et notre Dawson, disons au revoir à tous les deux et remercions-les pour tous ces moments passés ensemble. Comme musique de fond pour les derniers adieux, on attend évidemment l’épopée Aidonuonauei.