Meloni se rapproche d’Orban : « Pas d’alliance s’il ne signe pas un engagement à soutenir l’Ukraine »

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le mariage (politique) entre Giorgia Meloni et Viktor Orban, qui semblait à un pas il y a encore quelques mois, s’éloigne de plus en plus. L’ECR, le parti conservateur européen dirigé par le Premier ministre italien, est sorti renforcé des élections et veut peser davantage dans l’équilibre des pouvoirs de l’UE. Pour ce faire, il faut un profil modéré et pro-européen, qui inclut une position claire en faveur de l’Ukraine. Et c’est ici que l’ECR a dressé un mur devant le leader hongrois : si Orban veut rejoindre le groupe conservateur au Parlement européen, il doit non seulement s’engager envers Kiev, mais il doit aussi le mettre par écrit.

La question ukrainienne

Nicola Procaccini, député européen FdI, coprésident du groupe Ecr et bras droit de Meloni en Europe l’a déclaré : « Si demain Orban voulait aussi rejoindre » les conservateurs, il devrait signer « une déclaration écrite formelle » de « soutien unilatéral ». pour la cause ukrainienne », a-t-il expliqué aux journalistes à Bruxelles après avoir annoncé l’entrée des Roumains d’Aur dans l’ECR. Aur est un parti ultranationaliste qui défend l’appartenance de la Transylvanie à la Roumanie, une région disputée avec la Hongrie depuis des décennies. Le Fidesz, le parti d’Orban, dénonce au contraire l’oppression de la minorité hongroise dans cette région et a toujours rejeté toute forme d’alliance avec Aur. C’est pourquoi la décision de l’ECR d’accueillir les Roumains met un terme à une entrée imminente du Fidesz.

Aur est également accusé d’être pro-russe, à tel point que son leader, George Simion, a été sanctionné par l’Ukraine pour ses déclarations anti-Kiev. Mais ses députés européens ont signé l’engagement de soutenir l’Ukraine. Ce qu’Orban ne fera probablement pas. La décision de Meloni pourrait avoir des effets sur la nouvelle structure du pouvoir à Bruxelles. Avec l’arrivée d’Aur, l’ECR est actuellement le troisième groupe parlementaire à la Chambre européenne, après avoir dépassé les libéraux d’Emmanuel Macron. Mais au-delà du poids spécifique de ses 83 députés au sein des 720 sièges de la Chambre, ce qui compte le plus est la direction politique que suit Meloni et qui éloigne de plus en plus les conservateurs des extrémistes de droite et des « moutons noirs » comme Orban.

Les meilleurs métiers

De la fumée blanche pourrait arriver la semaine prochaine lors du sommet des dirigeants européens à Bruxelles meilleurs emplois, les principales charges du bloc. Lors du sommet informel de lundi dernier, Meloni semblait hors du jeu, mais celui qui sera élu à la présidence de la Commission (que ce soit Ursula von der Leyen ou qui que ce soit pour elle) ne devra pas seulement passer par le vote de l’Italie. Premier ministre, mais aussi grâce au soutien des conservateurs (même s’il n’est qu’externe et même d’une partie seulement) pour obtenir la confiance du Parlement européen, compte tenu du risque élevé de tireurs d’élite dans les rangs de l’actuelle majorité strasbourgeoise (populaire, socialistes et libéraux).

Pour Meloni, le principal défi dans son rôle de Premier ministre est d’obtenir pour l’Italie un portefeuille prestigieux dans le nouvel exécutif européen, peut-être une vice-présidence. Pour ce faire, un accord sera nécessaire avec le Parti populaire du PPE, dont fait partie Forza Italia. Mais il doit aussi garder son groupe le plus uni possible : l’arrêt d’Orban n’a pas été bien accueilli par le PiS polonais, deuxième actionnaire de l’ECR avec ses 20 députés. Seulement quatre de moins que FdI.