L’UE s’oriente vers une interdiction des équipements chinois : Huawei et ZTE exclus des infrastructures critiques

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

L’Union européenne proposera de retirer progressivement les équipements fabriqués en Chine des infrastructures critiques. La mesure affectera les réseaux de télécommunications (y compris les réseaux 5G), les systèmes d’énergie solaire et les scanners de sécurité, à l’exclusion d’entreprises telles que Huawei et ZTE. L’hypothèse, anticipée par Temps Financiera un double objectif : d’une part réduire la dépendance de l’UE à l’égard d’entreprises basées en dehors du vieux continent, et d’autre part empêcher la collecte d’informations sensibles.

Du volontaire à l’obligatoire : ce que propose l’outil

Dans le sillage des États-Unis, qui ont longtemps exclu Huawei de ses réseaux de télécommunications, l’Union européenne veut rendre obligatoire un régime déjà existant – et jusqu’ici volontaire – pour exclure les fournisseurs à haut risque des réseaux des pays membres. Cette orientation marquerait un saut qualitatif par rapport à la « 5G Toolbox » lancée en 2020, qui était jusqu’ici non contraignante et appliquée de manière inégale. Ce paquet prévoyait déjà de limiter ou d’exclure les fournisseurs à haut risque des cœurs et des RAN des réseaux. Bruxelles, en 2023, a également explicitement désigné Huawei et ZTE comme les entités les plus risquées, exhortant les États à agir rapidement.

La proposition sur la cybersécurité devrait être formellement présentée mardi 20 janvier. Il a été créé dans le but de rendre plus homogène l’approche européenne du problème, les indications fournies jusqu’à présent ayant souvent été ignorées par plusieurs pays européens qui continuent de s’appuyer sur des fournisseurs « à haut risque ».

Quelles sont les prochaines étapes ? Après la présentation de la proposition par la Commission, la mesure sera discutée par le Parlement européen et les différents États membres. Le processus législatif est voué à rencontrer des résistances et, jusqu’à présent, aucune des parties impliquées n’a publié de commentaires officiels. Si la mesure est approuvée, les pays européens devront également respecter un calendrier précis pour éliminer les fournisseurs chinois des infrastructures critiques de l’UE. Le calendrier sera calibré sur les risques liés à chaque entreprise et sur les conséquences économiques de la recherche d’alternatives. Dans certaines industries, comme celle des panneaux solaires – dont plus de 90 % sont produits en Chine – le processus nécessitera un engagement de ressources important.

Après l’annonce de la nouvelle, la Chine a appelé l’Union européenne à ne pas saper la confiance des entreprises chinoises dans leurs investissements en Europe. Dans un commentaire envoyé à l’agence de presse Reutersle ministère chinois des Affaires étrangères a qualifié les restrictions imposées aux entreprises chinoises sans base légale de « protectionnisme éhonté », appelant l’UE à garantir un environnement commercial juste, transparent et non discriminatoire pour les entreprises chinoises.

Inhomogénéité en Europe : quelle est la situation dans les différents pays

En Europe, différents pays ont adopté des stratégies différentes envers les fournisseurs chinois d’infrastructures critiques. La Suède a introduit une interdiction totale, confirmée en appel, tandis que l’Allemagne a opté pour une suppression progressive : les composants chinois devront quitter le cœur des réseaux d’ici 2026, avec un désinvestissement plus large d’ici 2029. Berlin évalue également l’utilisation de fonds publics pour aider les opérateurs à remplacer les équipements. La Finlande resserre encore son emprise, l’Espagne maintient une approche au cas par cas, avec des arrêts récents sur des contrats sensibles, et la Grèce cible Ericsson pour la 5G, tout en conservant les équipements Huawei dans les réseaux existants.

Comment l’Italie évolue

En Italie, cependant, il n’y a pas d’interdiction explicite contre Huawei ou ZTE. Le gouvernement a choisi une stratégie plus souple, basée sur un système de contrôle préventif, qui permet d’intervenir au cas par cas lorsque des intérêts stratégiques nationaux sont en jeu. Les opérateurs – dont TIM, Vodafone, WindTre et Iliad – doivent notifier tout accord avec des fournisseurs tiers, qui est évalué par la présidence du Conseil en collaboration avec les ministères et services de sécurité compétents. En fonction du risque pour la sécurité nationale, l’exécutif peut autoriser, modifier ou bloquer l’accord. Cette approche a conduit au fil des années à des interventions ciblées sur les approvisionnements de Huawei et ZTE. Dans plusieurs cas, les contrats ont été approuvés, mais avec des contraintes techniques strictes, comme l’exclusion des fournisseurs chinois des composants les plus sensibles des réseaux.