L’élimination de l’éducation sexuelle est un (énorme) préjudice pour les enfants
Un amendement de la Ligue au projet de loi Valditara sur le consentement éclairé pour les activités d’éducation sexuelle a été approuvé à la Chambre. La loi prévoit que les parents doivent consentir par écrit à la participation de leurs enfants aux heures consacrées à l’éducation sexuelle et affective, après avoir consulté les programmes et matériels qui seront proposés. L’idée sous-jacente est qu’il s’agit d’une question délicate et personnelle qui concerne avant tout la sphère de l’individu, et qui doit donc être gérée par les familles. L’État ne doit donc pas trop intervenir, mais demander la permission : les parents ont le droit d’exclure leur enfant des activités qu’ils jugent dangereuses ou inappropriées ; ou, évidemment, en contraste avec leur religion ou leur éthique familiale (il n’échappera à personne qu’une grande partie de l’électorat de droite est chrétienne).
Quelque chose ne va pas
Cela pose déjà des problèmes, car l’école admet en effet que les contenus qu’elle proposerait aux élèves pourraient ne pas leur convenir : sinon pourquoi les parents auraient-ils des doutes ? C’est risqué, car cela crée un précédent selon lequel la famille peut juger le programme, sans avoir la compétence pour le faire. De plus, on ne sait pas quelle serait l’alternative pour ceux qui décideraient de refuser : on parle d’activités de substitution, on ne sait de quel type, mais cela signifierait que pendant que certains étudiants entreprennent un parcours de connaissance de soi et de dynamique relationnelle, ainsi que de prévention et de risques liés au sexe, d’autres resteraient exclus. La disproportion que cela engendrerait est évidente, en termes de maturité émotionnelle et d’outils pour affronter le monde.
De plus, ces activités ne constitueraient pas un enseignement, une matière scolaire : il n’y aurait donc pas un professeur de programme qui déciderait à volonté de ce qu’il faut proposer aux élèves, mais tout serait coordonné par des psychologues, des sexologues, des éducateurs, dont l’approche n’est pas basée sur des convictions personnelles, mais sur des compétences et des études. Envisagerait-on un jour de rendre facultative la participation à une activité anti-intimidation ? Certains parents pourraient poser cette question, estimant que les enfants subissent un lavage de cerveau en leur apprenant que même une respiration est une violence ; mais cela n’est pas autorisé. Il devrait en être de même pour l’éducation sexuelle et affective, qui ne diffère en rien des autres cours qui ne sont pas strictement didactiques. Il ne faut pas craindre d’apprendre des choses inappropriées ou dangereuses.
Le problème est-il les compétences ?
Et c’est là qu’intervient une autre contradiction. Les partisans de la loi déclarent que c’est un grand pas d’interdire l’entrée dans les écoles d’associations idéologiques et extrémistes qui pourraient enseigner aux élèves des choses aberrantes. En fait, il est affirmé qu’il est nécessaire que ceux qui s’occupent de l’éducation sexuelle soient des experts, dûment formés, non influencés par une quelconque vision personnelle du monde et des personnes. Mais si tel est le cas, pourquoi les parents devraient-ils se sentir menacés ?
Il est clair que la véritable préoccupation ici n’est pas la « théorie du genre », le risque que les jeunes soient convaincus de « devenir » homosexuels ; mais justement le fait de parler ouvertement de sexualité, de confronter les jeunes à des sujets complexes et délicats qui, mon Dieu, pourraient les amener à avoir des relations sexuelles avant le mariage ! En fait, nous savons que tant qu’ils n’auront pas appris à l’école ce qu’est un préservatif, ils ne se toucheront même pas. Le désir sexuel apparaît soudainement à 14 ans pour ceux dont les parents consentent à l’activité, et à 18 ans pour tous les autres.
A 14 ans, oui : l’amendement récemment présenté par la Ligue et approuvé à la Chambre établit en effet que les écoles primaires et secondaires sont exclues de toute possibilité d’aborder ces sujets. Ils ne seraient pas facultatifs : ils ne seraient pas là du tout. Dans ce cas, l’excuse est que ce sont des enfants qui ne doivent pas être pollués par des pensées impures qu’ils ne feraient jamais. C’est une question à laquelle il est encore plus difficile de s’opposer. En fait, nous constatons que les protestations contre cette proposition se concentrent presque exclusivement sur le collège, la période au cours de laquelle les enfants entrent au début de l’adolescence et ont donc sans aucun doute besoin d’être informés de ce qu’ils commenceront probablement à faire peu de temps après.
Même dans l’enfance, on a besoin de conseils
Mais le problème se pose même à l’école primaire. Derrière cet amendement se cache en effet la vision de la sphère sexuelle-affective comme quelque chose d’impur, de dangereux, dont les enfants ne doivent rien savoir, car très éloigné de leurs pensées et de leurs besoins. Cependant, si l’on consultait effectivement les célèbres experts compétents, on découvrirait que tel n’est pas le cas et que, proportionnellement à leur âge, les enfants bénéficient également d’une éducation adéquate. Il ne s’agit évidemment pas de lui expliquer comment se déroulent les rapports sexuels ni quelles précautions prendre, ce serait absurde ; il s’agit de parler de relations avec les autres, de sentiments, d’émotions, d’attraction ou de répulsion.
Et oui, il s’agit aussi de faire prendre conscience de la possibilité qu’une personne soit attirée par une personne du même sexe. Il ne s’agit pas de lavage de cerveau, mais d’exposer les enfants à la réalité du monde ; après tout, un enfant de 7 ans peut très bien ressentir une forme d’attirance pour un partenaire du même sexe, et être contrarié si on lui fait croire que la seule forme de lien possible est celui entre un homme et une femme.
Pendant ce temps, les mineurs voient tout sur les réseaux sociaux
Il est clair que pour la Ligue, c’est quelque chose d’extraordinaire. Mais le problème ici n’est pas seulement de vouloir cacher l’existence des personnes LGBT ; il s’agit justement d’enfermer les étudiants dans une sorte de bulle d’obscurantisme, qui contraste violemment avec ce à quoi ils sont exposés quotidiennement, souvent depuis qu’ils sont enfants, sur TikTok et les différents réseaux sociaux auxquels ils ont accès. On ne pense donc pas qu’il soit utile de leur donner des outils pour naviguer dans ce vortex de corps, d’allusions qu’ils ne comprennent pas, de messages subreptices qui les dérangent et les influencent à leur insu. C’est ainsi que notre Parlement et le Gouvernement envisagent de protéger les mineurs.