Pendant des siècles, le rêve de l’homme a été de voler, et Franz Reichelt, le « tailleur volant » de Paris, n’était pas différent des autres hommes : en 1912, il construisait et portait une sorte de combinaison de parachute avec laquelle il a sauté de la Tour Eiffel. L’invention n’a cependant pas fonctionné et Reichelt est mort sur le coup. Mais pour raconter cette histoire qui à tous égards est décidément incroyable, il faut prendre quelques pas en arrière.
Nous sommes au début du XXe siècle, précisément au début des années 1910. Franz Reichelt, tailleur bohème autrichien né en 1878 et possédant un atelier de mode réputé rue Gaillon (près de l’Opéra), fait un saut au-delà des mètres de tissu qui l’entourent. Fasciné par les progrès réalisés dans l’aviation par les frères Wright et ceux dans le domaine nautique par Louis Blériot, il décide d’apporter sa contribution à la cause militaire et d’investir son argent dans quelque chose de complètement différent des vêtements cousus jusqu’alors : un robe de parachute.
À l’époque, en effet, il y avait un grand besoin de trouver un système qui permettrait aux pilotes de se poser au sol sans se blesser ni mourir, au cas où ils devraient abandonner leur avion. Lorsqu’en 1911 leAéro-Club de France (la plus ancienne institution de recherche aéronautique de France, dont était également membre l’écrivain Jules Verne) a annoncé qu’elle offrirait le prix Lalance 10 000 francs qui avait inventé un parachute sûr pour les pilotes, Reichelt se sentit encore plus motivé et se mit au travail.
Le tailleur commença à créer une série de parachutes intégrés à l’intérieur d’une combinaison d’aviateur, qu’il fit ensuite porter sur des mannequins qui à leur tour furent jetés depuis les fenêtres du cinquième étage de l’immeuble dans lequel il vivait. À un moment donné, il a même développé une combinaison caoutchoutée avec des pistons internes, mais le résultat n’était toujours pas celui espéré : les mannequins n’arrêtaient pas de s’écraser au sol, et Reichelt s’est même cassé la jambe en testant l’un de ses prototypes.
Bien que l’ancienne institution ait ordonné à l’inventeur d’interrompre ses projets à cet égard et de n’en présenter aucun car « ils étaient trop dangereux », le tailleur têtu ne s’est pas arrêté et a réussi à obtenir l’autorisation du préfet de police pour prouver le « succès » de son invention directement depuis la Tour Eiffel. En fait, il était convaincu que ses expériences avaient échoué parce que l’altitude de lancement n’était pas suffisante. Bref, il a dû sauter d’une hauteur encore plus élevée.
Ne trouvant aucun obstacle sur son chemin, le matin du 4 février 1912 le jeune tailleur (il n’avait que 33 ans) s’est présenté au premier étage de la tour avec sa combinaison de parachute avec lui. Les passants se demandaient pourquoi il n’avait pas amené avec lui un de ses mannequins et étaient étonnés de constater que le tailleur avait décidé de se lancer à leur place. Pourtant, personne ne l’a arrêté.
Reichelt enfila sa création volumineuse et inconfortable (qui le faisait ressembler à une énorme chauve-souris), monta sur un tabouret puis, après quelques instants d’hésitation, sauta du tabouret et enjamba la balustrade. Avec sa longue moustache au vent, il a volé en chute libre vers le sol, avec le tissu enroulé autour de son corps, puis a fini par s’écraser au sol, mourant sur le coup. Sur le trottoir devant l’œuvre la plus célèbre de France, une petite cratère. A l’intérieur, le corps du tailleur volant têtu, entouré d’une foule de badauds.
L’invention du tailleur — qui n’a été mise en service que peu de temps avant l’accident — présentait un gros problème, à savoir le charge de l’appareilce qui fut le détail qui lui fut fatal : il pesait 70 kilos et il présentait des défauts techniques décidément non négligeables.
Lorsqu’on lui a demandé qui lui avait donné l’autorisation de faire une chose aussi stupide, le préfet de police s’est justifié en disant qu’il ne pensait pas que le tailleur se serait sauté dessus, mais qu’il aurait sacrifié un mannequin.
On s’est alors demandé ce qui avait poussé le tailleur à faire un geste aussi absurde, et s’il avait conscience qu’il allait mourir. Personne ne connaîtra jamais les motivations de cette entreprise bizarre, mais le fait est que le tailleur volant reste encore aujourd’hui dans les mémoires : au sommet des charts. les morts les plus stupides de l’histoire.
