Dire « je t’aime » à ses enfants : une question de mots ou de relations ?
Ces derniers jours, la célèbre psychothérapeute Stefania Andreoli s’est retrouvée au centre d’une polémique. La raison ? Il a affirmé que, de son point de vue, dire « je t’aime » à un enfant devrait être évité dans un contexte éducatif. Personnellement, je pense que les arguments que vous avez exprimés sont largement acceptables, bien que formulés de manière plutôt absolue.
L’interprétation sémantique de « Je t’aime »
La problématique tourne principalement autour de l’interprétation sémantique que l’expression « je t’aime » a prise dans notre contexte culturel. Il y a ceux qui l’associent exclusivement à la sphère romantique-sexuelle et, pour cette raison, jugent approprié de ne pas l’utiliser dans la sphère filiale pour éviter d’éventuelles ambiguïtés dans la nature de la relation. D’autres cependant y voient une expression affective universelle et transversale, qui ne nécessite pas de formes particulières d’autocensure. La centralité de la dimension sémantique peut être clarifiée par un exemple banal : dirions-nous un jour à notre enfant « Je suis amoureux de toi » ? Probablement pas, car cette expression est plus rigidement ancrée dans le contexte romantique. Au contraire, dire « J’aime mes enfants » à une tierce personne semble tout à fait naturel. Cela se produit parce que le singulier « Je t’aime » a tendance à rappeler plus facilement, dans l’imaginaire collectif, l’amour vécu par le couple monogame, tandis que l’usage pluriel est perçu à un tout autre niveau.
Les études
Cela dit, il est important d’être clair : il n’existe aucune preuve solide dans la littérature indiquant que la simple utilisation de l’expression « Je t’aime » envers les enfants peut, en soi, produire des dommages identitaires ou développementaux. Le problème, plus que les mots eux-mêmes, concerne la manière dont ils sont utilisés dans la relation. Si une expression émotionnelle forte, comme « je t’aime » (mais aussi « je t’aime »), est utilisée à des fins de contrôle, de manipulation, de culpabilité ou pour construire un lien trop symbiotique, alors elle peut prendre une dimension problématique. Toutefois, si elle s’insère dans un contexte équilibré, dans lequel coexistent soins et promotion de l’autonomie, il ne semble pas y avoir de raison de l’interdire en termes absolus. En fait, plus que des mots individuels, ce qui est pertinent du point de vue éducatif, c’est la qualité globale de la relation et l’attitude parentale dans son ensemble.
Les critiques
Mais cette controverse sociale offre également des pistes de réflexion plus larges au niveau de la communication, en particulier pour ceux qui travaillent dans le domaine de la psychologie. Le point critique qui a suscité le tollé contre Stefania Andreoli, plutôt que dans l’argumentation elle-même, pourrait résider dans la méthode de communication utilisée, probablement perçue comme trop claire et, par une partie du public, critique. Dans les contextes numériques, nous, professionnels, sommes en effet poussés à nous exprimer de manière décisive, car le doute n’est pas récompensé par le public et l’algorithme.
La valeur du doute
La confiance, en revanche, est facilement interprétée comme une compétence et contribue à construire une perception de charisme qui, à son tour, favorise une augmentation du nombre de followers et de la visibilité. Cependant, nous ne pouvons pas nous laisser dominer par ces logiques : pour défendre le caractère scientifique de la psychologie il faut ne pas tout réduire à la logique du principe d’autorité et préserver la valeur du doute.