Arrêter les moteurs à combustion à partir de 2035, l’interdiction peut-elle être levée ? Que se passe-t-il dans l’UE

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Sauver l’industrie automobile européenne est au cœur du nouveau mandat d’Ursula von der Leyen à la tête de l’Union européenne. Après les interdictions rigoureuses dictées par la vision du Green Deal, orientée vers la réduction des émissions, Bruxelles semble s’orienter vers un changement de direction. Au centre du débat se trouve l’interdiction d’immatriculation des véhicules thermiques (essence et diesel) à partir de 2035, l’ensemble du secteur devant se tourner vers la conversion à l’électrique.

Cependant, la transition verte du secteur automobile avance au ralenti et de plus en plus d’acteurs demandent à l’UE de revoir d’urgence ses plans, en se concentrant notamment sur un mix de solutions basées sur le principe de neutralité technologique. Les licenciements chez Volkswagen, la crise interne chez Stellantis et la faillite de l’entreprise de batteries Northvolt exercent une pression toujours plus forte sur les politiciens et les gouvernements. 2025 pourrait s’avérer être l’année de la vérité.

La position de l’Italie sur le secteur automobile

Le dossier automobile est apparu sur la table du Conseil Compétitivité la semaine dernière, lorsque le ministre italien du Développement économique, Adolfo Urso, a présenté un document appelant à une révision urgente du règlement établissant une interdiction des moteurs à combustion prévue pour 2035. En collaboration avec la République tchèque , l’Italie a présenté un document aux autres ministres de l’UE dans lequel elle demande à Bruxelles de reconnaître une « gamme plus large » de solutions au-delà des véhicules électriques à batterie et des voitures à hydrogène. Les deux pays ont également insisté pour que l’examen par la Commission, actuellement prévu pour 2026, soit avancé à 2025. Lors de la réunion, Urso a demandé l’introduction d’un « European Automotive Act », c’est-à-dire une loi spécifique dédiée à l’industrie automobile européenne. pour l’accompagner dans la transition vers l’électrique.

Parce que le retour en arrière sur l’interdiction des voitures à essence est plus proche

En plus d’avancer d’un an la révision, le gouvernement de Giorgia Meloni a également posé quelques conditions essentielles pour poursuivre l’objectif de l’arrêt de l’immatriculation des véhicules endothermiques. Premièrement, Rome a demandé la création d’un fonds de soutien à la chaîne d’approvisionnement automobile et aux consommateurs qui achètent des voitures électriques produites en Europe. Deuxièmement, elle estime qu’une plus grande attention est nécessaire aux solutions alternatives à l’électricité, telles que les biocarburants, les e-carburants et l’hydrogène, conformément au principe de neutralité technologique. Enfin, la définition d’une stratégie européenne sur les batteries et les minéraux critiques a été demandée, afin de réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.

La position du centre-droit européen

D’autres acteurs influents à Bruxelles agissent également parallèlement aux demandes de l’Italie. Au premier rang se trouve le Parti populaire européen (PPE), la famille politique qui compte le plus grand nombre d’eurodéputés au Parlement européen et qui dirige la Commission européenne avec sa chef Ursula von der Leyen. « La prochaine interdiction prévue pour 2035 sur les moteurs à combustion interne devrait être levée pour refléter la neutralité technologique, permettant ainsi un mélange de technologies », lit-on dans le projet de document de position sur lequel le PPE travaille, divulgué le 2 décembre.

La famille européenne de centre-droit, à laquelle appartient Forza Italia, demande à l’exécutif européen de présenter « de toute urgence » une révision du règlement 2019/631″, qui définit les niveaux de performance en termes d’émissions de CO2 des voitures neuves. Le document insiste sur la réintroduction d' »une approche technologiquement neutre », afin que « le rôle de toutes les technologies » dans la réduction des émissions de dioxyde de carbone soit reconnu.

Un rôle différent pour les carburants alternatifs

Comme l’Italie, le PPE insiste également sur la reconnaissance du rôle des carburants alternatifs, notamment les carburants électroniques, les biocarburants, les carburants renouvelables ou synthétiques. Cela devrait être accompagné de la fourniture d' »exemptions explicites », ainsi que d’autres mesures telles que l’introduction d’un facteur de correction carbone. Tous ces éléments conduiraient à une révision de l’interdiction totale des moteurs à combustion à partir de 2035.

Le Parti populaire, dirigé par Manfred Weber, demande également le début d’un « Dialogue stratégique sur l’avenir de l’industrie automobile », et la présentation « dans les 100 premiers jours de la nouvelle Commission » d’un « Accord industriel propre », qui révise l’interdiction des moteurs à combustion interne, aide à éviter les sanctions et est en mesure de développer des conditions favorables pour l’industrie automobile européenne.

Parmi les engagements demandés à Bruxelles figure celui d’intensifier les efforts pour créer des infrastructures capables d’améliorer la compétitivité du secteur, tout en parvenant à la décarbonation du secteur des transports. L’adoption définitive du document par le PPE est prévue pour le 11 décembre. D’ici là, le projet de document pourrait encore subir de légères modifications, mais une fois approuvé, il pourrait constituer la base d’un changement d’orientation de Bruxelles en faveur du secteur automobile.