Le musée du Louvre est né comme une forteresse médiévale : l’histoire de l’une des galeries les plus célèbres du monde

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Même si de nouveaux musées ouvrent continuellement leurs portes partout dans le monde, le plus visible de tous demeure : le musée du Louvre à Paris. La dernière enquête annuelle sur la fréquentation des musées a confirmé que, malgré la baisse de fréquentation suite à la pandémie, l’institution a accueilli plus de 9 millions de visiteurs en 2025. Beaucoup de ces visiteurs ignorent cependant que le musée parisien, récemment victime d’un vol sensationnel, n’est pas né avec cette fonction, mais avec le rôle de forteresse.

Les origines du nom « Louvre » sont controversées : selon le Grand Larousse encyclopédiquele nom dérive d’une association avec un repaire de chasse au loup (via le latin : lupus), mais le mot peut également dériver du verbe français louer (louer), avec l’ajout du suffixe formant un nom en vieux français.

L’histoire du Louvre : de forteresse militaire à résidence royale

Tout commence entre 1190 et 1202, lorsque le roi de France Philippe II (juste avant la troisième croisade) fit forteresse qu’il avait avant tout une fonction défensive (à ajouter aux nouveaux murs de la ville) afin de consolider le côté ouest de la capitale contre les futures invasions ennemies : sa préoccupation était principalement dirigée vers les soldats anglais stationnés en Normandie. La forteresse, de 78 mx 72 mètres et entourée de douves de 10 mètres de large, avait également une deuxième fonction, plus proche de l’actuelle : un lieu où garde ses trésors et ses archives.

Dans les années suivantes, il y eut un premier agrandissement sous Louis IX, tandis que Charles Quint le Sage (dans la seconde moitié du XIVe siècle) la forteresse fut agrandie et transformée en résidence royale: l’architecte Raymond du Temple fut chargé de construire les appartements ainsi que la première bibliothèque royale de Paris.

Le bâtiment comme prison et arsenal, puis à nouveau comme maison

Au fil des années, le Louvre change souvent de forme et d’usage : avec Louis XI, il devient un prison et avec Louis XII un arsenal. Sous François Ier, le bâtiment redevient une résidence, avec plusieurs modernisations sur le modèle de l’ancien Palais de la Renaissance italienne. L’architecte français Pierre Lescot entreprend la restauration du bâtiment en 1546 : le cour interne.

De nouvelles modernisations et agrandissements arrivèrent sous le règne d’Henri II et de son épouse Catherine de Médicis d’abord, puis d’Henri IV de Bourbon et de son épouse Marie de Médicis ensuite, période pendant laquelle le Louvre commença à accueillir les œuvres d’art de la famille royale.

Deux Italiens ont collaboré aux projets du Louvre : l’architecte Sebastiano Serlio mais surtout le célèbre artiste Gian Lorenzo Le Berninqui arriva fin 1665 à Paris à la cour de Louis XIV, le Roi Soleil, après avoir remporté le concours pour un projet monumental harmonisant les parties nouvelles et l’ancienne structure. Peut-être à cause de la distraction du travail à Versailles, ou parce que le Bernin ne se sentait pas bien en France, la collaboration n’a pas abouti.

Image

L’époque de Napoléon et au-delà : le Louvre moderne

C’est précisément avec le Roi Soleil Louis XV que le Louvre devient un musée au sens moderne du terme. Le comte d’Angiviller, Charles-Claude de Flahaut de La Billarderie, devient le porte-parole des idées qui se répandent au siècle des Lumières selon lesquelles les collections royales d’art doivent être réunies et mises au service du progrès national, des arts et des sciences. Cette idée ne s’est concrétisée qu’avec l’avènement de la Révolution française.: l’Assemblée constituante décide que le palais exposera les biens culturels du pays (des centaines d’œuvres confisquées à la royauté, à l’église et à la noblesse) et l’inaugure le 10 août 1793.

Envie de faire le Louvre un « musée universel » ce n’était rien de moins que Napoléon Bonapartequi collectionnait ici des œuvres de toute la France mais aussi de toute l’Europe : le dirigeant était en effet célèbre pour les « réquisitions » de biens culturels, qu’il « légalisait » pour la plupart en insérant le transfert des œuvres d’art dans les clauses des armistices ou des accords de paix (à l’issue des campagnes militaires commencées en 1796). Le musée s’agrandit à 19 salles et devient un temple de sa grandeur, c’est pourquoi l’empereur, en 1810, voulut y célébrer son mariage avec Marie-Louise d’Autriche.

Ce qui a rapproché le Louvre de l’idée d’un musée, c’est ce que nous avons aujourd’hui réalisateur Vivant-Denoncompagnon de Napoléon dans la campagne d’Egypte et nommé à la direction de l’institution à partir de 1802 : il souhaite ici recueillir des témoignages artistiques du monde entier et de toutes les époques comme outil pédagogique.

Après la chute de Napoléon, le musée fut agrandi et de nouvelles œuvres d’antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, romaines et assyriennes continuèrent d’être acquises : au milieu du XIXe siècle, il y avait plus de quarante pièces. Avec la Troisième République, le musée d’État devient enfin le « Musée National du Louvre« , et aujourd’hui encore elle s’enrichit d’acquisitions et de dons d’œuvres d’art.