À quelle vitesse sont créées des piscines comme celle du Centre aquatique olympique des Championnats d’Europe de natation 2026

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Pour certifier une piscine destinée aux grandes compétitions, le règlement officiel de World Aquatics impose un test qui peut ressembler à une plaisanterie : vous prenez un ballon de basketvous le faites flotter au centre d’un carré de 2,5 mètres créé sur l’eau en étirant deux lignes flottantes sur une voie, et vous attendez une minute. Si à la fin du temps le ballon n’a touché aucun des quatre couloirs qui l’entourent, la poule passe le test. C’est un test élémentaire, mais il explique avec précision l’objectif de ceux qui conçoivent un système de course : l’eau doit rester immobile. Non seulement avant la course, mais surtout pendant celle-ci, alors que huit athlètes la mettent en mouvement avec toute la puissance dont ils disposent. Une piscine « rapide » est une piscine qui parvient à évacuer l’énergie que les nageurs eux-mêmes y transfèrent, avant que cette énergie ne revienne sous forme de vagues, de courants et de turbulences. Et c’est pourquoi le Championnats d’Europe à Paris 2026 vous nagez dans une piscine très différente de celle des Jeux Olympiques de 2024, bien que vous soyez dans la même ville.

Le premier adversaire d’un nageur est l’eau qu’il déplace lui-même

Au 50 m libre, un nageur dépasse 8 km/het à ce rythme-là, l’eau le ralentit de trois manières différentes qui coexistent les unes avec les autres. Il y a le frottement visqueux, c’est-à-dire l’eau qui coule le long de la peau et le costume a tendance à les retenir, il y a la résistance de forme, qui dépend de l’encombrement du corps et de la quantité d’eau qu’il doit déplacer pour se frayer un chemin, et enfin il y a le résistance aux vaguesc’est-à-dire l’énergie que le nageur dépense pour soulever les vagues qu’il traîne derrière lui comme le ferait la proue d’un bateau. Cette dernière est la plus insidieuse des trois, car elle croît très rapidement à mesure que la vitesse augmente et finit donc par alourdir précisément lorsqu’on va plus vite.

Recherche en biomécanique de la natation, à partir de l’étude de référence La traînée des vagues sur les nageurs humainsont montré qu’à des vitesses de course, cette composante pèse lourdement sur le total, et c’est la même raison pour laquelle la phase sous l’eau après la plongée et après chaque virage a tant de sens, étant donné que sous l’eau on ne fait pas de vagues. L’avantage est tel que la réglementation a dû intervenir pour limite-levous obligeant à refaire surface dans les 15 mètres après le départ et après chaque virage.

Le problème est que ces vagues, une fois créées, ne disparaissent pas mais rebondissent sur les murs, traversent les couloirs et s’ajoutent les unes aux autres, restant dans la piscine pendant toute la durée de la course. Chaque athlète finit ainsi par nager dans l’eau déplacée par ses voisins et dans l’eau qu’il a lui-même déplacée quelques secondes plus tôt, et concevoir une piscine rapide signifie construire un système capable d’absorber ces vagues le plus rapidement possible.

Profondeur et largeur, quelles sont les mesures qui comptent

La profondeur est le paramètre le plus discuté, et la réglementation l’a rendu de plus en plus strict. La carte de certification des piscines World Aquatics de 2024 fixe une profondeur minimale de 2,5 mètres dans un bassin de 50 mètres, qui monte à 3 mètres lorsque ce même bassin accueille également de la natation artistique.

La raison est quantitative avant même qualitative. Un bassin de 50 × 25 mètres d’une profondeur de 2,15 mètres (la taille du bassin temporaire installé à la Défense Arena à Paris pour les compétitions olympiques de 2024, qui respectait la réglementation précédente avec une profondeur minimale de 2 mètres) contient environ 2,7 millions de litres. Le même réservoir porté à 3 mètres en contient 3,75 millions : presque la 40% d’eau en plus disponible pour diluer et dissiper exactement la même quantité d’énergie. Plus de masse d’eau signifie des perturbations moins intenses pour une même puissance fournie par les athlètes, et un fond plus éloigné du point où les nageurs effectuent les phases sous-marines.

Quant à la largeur, la réglementation impose des couloirs de 2,5 mètres et, lors d’événements de haut niveau comme les Jeux olympiques et les Championnats du monde, deux couloirs latéraux supplémentaires doivent être laissés vides. En pratique, la piscine est plus large que ce dont les athlètes ont besoin : ces deux couloirs ne peuvent accueillir personne et fonctionnent comme un tampon, car c’est l’endroit où les vagues vont mourir au lieu de rebondir contre le mur et de revenir à la course.

Voies et bordures : l’ingénierie derrière les détails

LE flotteurs colorés qui divisent les voies semblent être un simple signal visuel, mais en réalité ce sont des composants techniques conçus pour détruire l’énergie des vagues. Chaque disque flottant individuel tourne indépendamment des autres et a une géométrie qui laisse passer le flux plutôt que de le repousser, distribuant l’énergie des vagues à travers la ligne plutôt que de la réfléchir vers la voie suivante. Le fabricant des flotteurs, le suédois Malmsten, a collaboré avec l’école polytechnique KTH de Stockholm pour obtenir un amortissement de l’énergie des vagues de 90,5 %, un chiffre qui explique pourquoi la différence entre un couloir de compétition et un couloir de piscine municipale est tout sauf esthétique.

Un dernier paramètre fondamental est donné par bord de la baignoire: dans les piscines de compétition modernes, le niveau d’eau coïncide avec le niveau du quai et l’eau déborde continuellement dans un canal périphérique. L’avantage est que la vague, arrivant au bord, ne trouve pas de paroi verticale contre laquelle rebondir, mais tombe dans le canal et disparaît.

Le règlement établit également d’autres exigences pour garantir les résultats les plus similaires entre les différentes compétitions, comme le température de l’eau entre 25° et 28°C, le teneur en sel dans l’eau (trop de sel permettrait aux athlètes de flotter plus facilement) e l’éclairagebien que cette dernière soit plus utile aux juges et aux systèmes de chronométrage qu’aux athlètes.

La piscine des Championnats d’Europe de natation 2026 au Centre aquatique olympique de Paris

Les compétitions en piscine Championnats d’Europe elles se dérouleront du 10 au 16 août 2026 au Centre aquatique olympique de Paris, installation construite pour les Jeux olympiques de 2024 et qui a accueilli à cette occasion les compétitions de plongeon et de natation artistique, ainsi que quelques matchs de water-polo. En 2024, les compétitions de natation se sont déroulées dans la piscine temporaire de la Défense Arena, jugée trop « lente » par les sportifs et professionnels. La piscine principale du Centre aquatique olympique est une structure modulaire en acier inoxydable de 70 mètres de long et 25 mètres de large, la plus grande du genre en Europe, réalisée par l’entreprise mantouane Piscine Castiglione. Grâce à deux ponts mobiles et un fond mobile, il peut prendre quinze configurations différentes, dont la configuration olympique avec un bassin de 50 mètres et dix couloirs.