12 cratères géants découverts à 500 m au fond de la mer Tyrrhénienne nord : l’étude sur les méga-pockmarks

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Dans le Mer Tyrrhénienne Nord ont été identifiés pour la première fois douze méga-pockmark, d’énormes dépressions sous-marines réparties le long des pentes du Mont Etruschi et dans les zones environnantes. La découverte est décrite dans une étude récente coordonnée par un groupe de chercheurs de l’Université Sapienza de Rome et publiée dans la revue scientifique Géomorphologie. Imaginez pouvoir assécher cette étendue de mer : à la place de l’eau, vous vous retrouveriez face à un scénario presque de science-fiction, une étendue parsemée de gouffres de plusieurs dizaines de mètres de profondeur et aussi larges que des stades de football. En géologie marine, ces structures sont appelées marque de petite vérolelittéralement « marques de variole » : ce sont des cicatrices produites par la fuite de gaz et de fluides qui, s’accumulant sous les fonds marins, exercent une pression telle qu’ils traversent et déforment les couches de sédiments. Lorsqu’ils atteignent des dimensions colossales, les géologues parlent de méga-pockmark.

Comment ils ont été formés méga-pockmark dans la mer Tyrrhénienne

Grâce à balayages sonar très haute technologie (Multifaisceau), les scientifiques ont cartographié 12 méga-poches se concentrer sur bassin tyrrhénien nord. Il s’agit d’une zone soumise à de fortes forces d’extension de la croûte terrestre, où d’épaisses couches de sédiments argileux scellent d’énormes réserves de méthane sous pression. Les cratères sont concentrés sur les côtés du Montagne sous-marine étrusque (Mont sous-marin étrusque) e Gaufresimposantes structures tectoniques sous-marines avec des parois abruptes et des pentes supérieures à 10ème.

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Ces cratères sous-marins ne sont pas simplement des bols symétriques, mais ils comportent formes allongées et asymétriques. Cela est dû à un effort d’équipe entre trois forces: d’une part le failles tectoniquesdes fractures profondes qui fonctionnent comme des autoroutes, canalisant le gaz et le poussant violemment vers la surface ; de l’autre le LIW (Eau Intermédiaire Levantine), c’est-à-dire le courant sous-marin dominant qui s’écoule profondément vers le nord, chevauchant les flancs du Mont Etruschi à des vitesses comprises entre 10 cm/s et 40 cm/s. Une fois que le gaz éclate, créant le gouffre, le LIW érode le côté exposé au flux. Ils interviennent pour terminer les travaux effondrements gravitationnels et petits glissements de terrain sous-marins le long des bords instables du cratère, qui laissent des sillons d’érosion nets et allongent sa forme dans le sens du courant.

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Pourquoi étudier est important

Ce phénomène est étroitement lié à la notion de géorisque (risque géologique). En effet, la libération soudaine de gaz peut liquéfier les sédiments environnants, déclenchant des glissements de terrain sous-marins capables de générer tsunamis localisés. De plus, le méthane est un puissant gaz à effet de serre : bien qu’une grande partie se dissolve dans l’eau, de fortes éruptions peuvent le rejeter directement dans l’atmosphère, accélérant ainsi le réchauffement climatique. Enfin, il existe une menace technologique : les fonds marins de la mer Tyrrhénienne sont traversés par un réseau dense d’infrastructures critiques, comme les câbles à fibres optiques qui garantissent nos connexions Internet et nos gazoducs énergétiques. Une éruption de gaz ou un glissement de terrain sous-marin juste sous l’une de ces lignes pourrait littéralement isoler des régions entières ou perturber les flux d’énergie. L’étude de ces géants silencieux ne relève donc pas seulement de la géologie théorique, mais d’une nécessité pour protéger notre société hyper-connectée, comme l’explique Dr. Daniele Spatolapremier auteur de la recherche à l’Université La Sapienza de Rome :

Jusqu’à présent, les méga-pockmarks étaient connus dans les grands bassins océaniques. En avoir reconnu 12 sur les monts sous-marins étrusques et Cialdi démontre que même un bassin petit et semi-fermé comme la mer Tyrrhénienne peut accueillir des formes kilométriques générées par la remontée de fluides le long de failles et de fractures. Cette découverte élargit les connaissances sur les processus qui influencent la stabilité des fonds marins, en particulier là où passent les câbles et pipelines sous-marins. Les pustules sont également des points chauds potentiels de biodiversité : pour cette raison, les systèmes de fuites de fluides devraient être inclus dans les cadres d’évaluation des risques géologiques, où ils sont encore peu pris en compte.