Qu’est-ce que la brune, le séduisant masque vénitien sans bouche : parce qu’elle était muette

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Nous associons tous février à Carnavalune fête encore très ressentie dans toute la péninsule. Cependant, il existe certaines villes dans lesquelles cet anniversaire devient une célébration évocatrice : c’est le cas du Carnaval de Venise. La ville regorge de crêpes, de costumes et surtout masques. Les masques sont une tradition de l’artisanat vénitien et il en existe de nombreux types, parmi lesquels se distingue celui qui, bien que moins somptueux que d’autres, est l’un des plus intrigants par ce qu’il peut raconter : le Moretteservante silencieuse ou silencieuse est un petit masque vénitien féminin de forme ovale, en velours noir, sans bouche coupée et porté principalement entre le XVIIe et le XVIIIe siècle.

Morette c’est un masque énigmatique et fascinant, symbole de séduction et de mystère dans carnaval de la Sérénissime du passé, emblème suggestif d’une époque où le vêtement représentait un monde de codes sociale. La Moretta, également connue sous le nom de serviteur muetse caractérise par une forme ovale et élégamment couvert de velours noir. Il se distingue immédiatement des autres masques vénitiens par sa sobriété et par le fait qu’il était maintenu près du visage non pas par des rubans ou des lacets, mais par mordre un petit bouton tenu entre ses dentsrendant ainsi le porteur incapable de parler. Son usage était réservé aux femmes.

Morette

Mais pourquoi Le porteur aurait-il dû être condamné au mutisme ? Ce n’était pas une simple bizarrerie esthétique, le mutisme lui donnait une signification symbolique et relationnelle. La Moretta, en effet, est née en France au XVIe siècle, où le visièreun masque de velours noir, porté dans le but principal de protéger la peau du soleil et d’entretenir la pâleur (signe de noblesse et de bienséance). À Venise, cependant, il est devenu un accessoire apprécié des femmes de grande classe, nobles ou riches, qui voulaient en même temps cacher leur identité et faire la communication non verbale est plus intenseà travers les yeux et la posture.

La décision d’empêcher le porteur de parler accentuait le regard, transformant les yeux et les gestes en de puissants moyens de communication lors des cérémonies et des rencontres mondaines. À une époque où le corps et la voix féminins étaient souvent soumis à des normes de comportement rigides, Moretta a présenté une paradoxe culturel car si d’un côté il semblait lui enlever le pouvoir, de l’autre il en était le porte-parole, faisant de la femme la protagoniste silencieuse d’un langage fait de proxémiques, de gestes et de mouvements.

La Morette

La fabrication de la Moretta faisait partie de la riche tradition artisanale vénitienne de production de masques : je mascarateurs ils le fabriquaient dans leurs ateliers dès le XVIIIe siècle, souvent avec d’autres costumes et tissus raffinés. Comme beaucoup d’autres masques vénitiens – par exemple Bauta Et Gnaga – Aussi son utilisation ne se limitait pas au Carnavalmais il a également été utilisé pendant événements publics et privésqui prévoyait une certaine forme de socialisation parmi les classes riches. Dans ces contextes, le masque permettait aux femmes de se déplacer dans des espaces masqués avec une certaine autonomie et protection symbolique.

Le fait que la Moretta rende muet celui qui la porte peut être lu comme une privation, mais elle a aussi la particularité de maintenir silencieusement sa présence dans un contexte dans lequel le mot – faux – pourrait être un élément de vulnérabilité ou d’attaque. Aujourd’hui encore, la Moretta fascine non seulement par sa forme, mais aussi par sa capacité à évoquer une dimension historique dans laquelle l’identité et la communication ont été façonnées autant par l’apparence que par le silence et représente l’un des fruits les plus intéressants et les moins célébrés de la tradition des mascarades vénitiennes.