quels changements avec la loi sur lesquels Crosetto travaille et à qui il s’adresse

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Dans le sillage des stratégies déjà développées par la France et l’Allemagne – et dans un contexte européen où l’attention grandit sur la nécessité de renforcer les capacités de défense pour des raisons de sécurité – le ministre de la Défense Guido Crosetto a annoncé qu’il travaillait sur un loi qui réintroduira le service militaire à partir de 2026. Mais il ne s’agira pas d’un « naja », c’est-à-dire du service obligatoire classique effectué jusqu’à fin 2004 : la conscription prévue sera exclusivement sur une base volontaire. Le besoin du ministre de la Défense était déjà connu, puisqu’il avait déclaré que la loi 244 – qui fixe la limite du personnel de défense à 170 000 unités – devait être révisée en l’augmentant d’au moins 10 à 15 000 unités. Ces nouvelles recrues devraient notamment être sensibilisées aux nouvelles technologies de guerre, de plus en plus liées à l’intelligence artificielle.

La proposition de Crosetto répond à un besoin précis, à savoir celui de se préparer au mieux face à scénarios d’urgence possibles: cela signifie aussi, selon le ministre, créer un réserve auxiliaire de l’Etat qui peut soutenir les forces armées en cas de besoin. Cependant, d’après ce que nous pouvons voir jusqu’à présent, la réserve ne serait pas en première ligne, mais plutôt soutien: il s’occuperait exclusivement des « cas très graves », pour reprendre les mots du ministre (guerres, catastrophes et crises internationales graves).

Pour mieux comprendre le problème, nous avons interviewé leAndrea Gaspardo, analyste géopolitique frioulan.

Comment serait structuré le projet de Crosetto ?

Le projet de Crosetto doit être pris avec des pincettes : jusqu’à présent, il y a quelques rumeurs, mais il faut consulter la documentation officielle. Selon les rumeurs, l’intention serait de créer une réserve auxiliaire pour les forces armées d’environ 10 mille unités.

Cette réserve s’adresserait en partie aux jeunes, mais aussi en partie aux personnes plus âgées (environ 60 ans) qui possèdent une série d’exigences techniques et de compétences qui pourraient s’avérer fondamentales en cas de crise. On parle notamment de professionnels, de militaires à la retraite, d’anciens agents de sécurité et médecins à la retraite, d’ingénieurs, d’experts en cybersécurité, etc.

Pourquoi certains pays européens se mobilisent-ils en ce sens et dans quelle mesure la menace d’une crise diplomatique qui aggraverait le contexte international est-elle concrète ?

La raison pour laquelle plusieurs pays européens parlent d’introduire la conscription, de créer d’importantes forces de réserve ou d’encourager l’enrôlement dans les armées, est qu’il existe une perception désormais largement répandue selon laquelle l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février 2022 a servi de catalyseur pour le début d’une nouvelle ère historique dans laquelle les conditions de paix qui prévalaient en Europe au cours des dernières décennies ne sont plus valables. En prévision d’un éventuel retour des conflits, les pays lèvent la main et discutent de la possibilité de réarmer et d’élargir leurs forces armées.

Pourquoi les forces armées ne suffisent-elles pas ? L’augmentation des dépenses militaires ne pourrait-elle pas couvrir, au moins en partie, le service militaire obligatoire ?

À l’heure actuelle, sur le continent européen, aucun pays – en dehors de la Russie et de l’Ukraine – ne dispose de forces armées numériquement suffisantes pour mener une guerre à grande échelle et à long terme.

L’expérience dans le domaine de la guerre russo-ukrainienne a montré que malgré la forte croissance technologique qu’ont connue les outils technologiques, depuis la guerre froide jusqu’à aujourd’hui (pensez aux drones, par exemple), la nécessité demeure, pour les pays combattant ce type de guerre, de disposer de forces armées numériquement très importantes.

Pour obtenir les effectifs, il faut recourir à une combinaison d’incitations à l’enrôlement volontaire et à l’enregistrement obligatoire : il n’existe pas d’autres moyens d’obtenir le niveau de personnel souhaité. Certains pays européens avancent plus rapidement dans la phase de réarmement et d’expansion de leurs forces armées (Pologne, Roumanie, Hongrie), mais d’autres pays ne le font pas. Sur le continent européen, la situation est donc inégale.

Au-delà du nombre de soldats lui-même, comment le système de conscription italien pourrait-il s’adapter au contexte géopolitique actuel, en termes d’organisation, d’équipement et de réglementation ?

Très difficile de répondre à cette question. Pour y répondre, il est nécessaire que les dirigeants politiques et militaires aient une compréhension claire de la crise et des scénarios hypothétiques pour l’utilisation future de nos forces armées. Jusqu’à ce que cela soit clarifié, c’est comme discuter du sexe des anges.

Pendant la guerre froide, il n’y avait qu’une seule menace : les armées de l’URSS et de ses alliés satellites du Pacte de Varsovie. Les forces armées italiennes devaient donc former chaque année plusieurs centaines de milliers d’hommes qui étaient remplacés chaque année par de nouvelles vagues de conscrits. De plus, étant donné une époque de démographie florissante – avec un indice synthétique de fécondité supérieur à 2 enfants par femme – le pays pourrait se permettre de disposer d’une importante armée de conscrits, qu’il aurait désormais du mal à déployer, car il n’y a plus assez de jeunes. Les nouvelles classes de jeunes sont nettement moins nombreuses que celles du passé, de sorte que même le rétablissement de la conscription sans discrimination pour tous ne comblerait pas complètement le manque de soldats.

En plus de rétablir le service militaire obligatoire, le gouvernement devrait aussi inventer des outils pour permettre à notre pays de pêcher dans le bassin entre hommes adultes âgés de 30 à 60 ans, exactement comme le font les Russes et les Ukrainiens.

Sans préjudice du fait qu’il faudrait alors comprendre les scénarios hypothétiques d’emploi, pour résoudre le problème du manque de personnel, outre le rétablissement de l’enrôlement, il faut se concentrer sur les incitations à l’enrôlement de personnel mature (à condition que leur physique le permette).

Il ne faut pas finir par croire que l’évolution technologique nous protège du besoin de personnes physiques : on ne peut pas suppléer au manque de soldats, pour faire la guerre il faut des armes, et en grande quantité.

Les hypothèses d’un réarmement européen commun se sont-elles enfin évanouies après l’enthousiasme des derniers mois ?

Difficile à dire. Déjà, lorsque nous parlions du réarmement européen, il était précisé que chaque pays adopterait ensuite les stratégies qu’il jugerait nécessaires pour le mener à bien. Le réarmement aura lieu, mais le faire dans un ordre aléatoire ne contribuera certainement pas à la formulation d’une stratégie européenne commune cohérente.