Imaginez un instant : 23 conteneurs bourrés de poussière de zinc légèrement radioactive qui errent au large des Philippines comme des touristes indésirables sur une plage bondée. Si l’image vous fait sourire – ou grimacer – sachez qu’elle colle parfaitement à la réalité de cette semaine mouvementée dans la baie de Manille… et que le happy end n’est pas encore écrit.
Pourquoi ces conteneurs sont-ils coincés aux Philippines ?
Tout commence avec une cargaison pas comme les autres. Plus de 20 conteneurs, bourrés de poussière de zinc soupçonnée radioactive, se retrouvent soudainement bloqués au large des côtes philippines. Depuis plus d’une semaine, ils attendent qu’une âme charitable les prenne en charge, mais personne n’est vraiment partant pour ouvrir grand les bras – ni d’ailleurs les portes de ses ports.
Le hic ? Des traces de césium 137 – ce petit isotope radioactif qui fait frissonner les experts – ont été détectées dans ces 23 conteneurs alors qu’ils transitaient par l’Indonésie. Ni une ni deux, les autorités indonésiennes les ont catégoriquement rejetés et réexportés vers les Philippines, leur point d’origine. Résultat : escale forcée dans la baie de Manille depuis le 20 octobre, au grand dam des autorités, perplexes devant ce « casse-tête » logistique et sanitaire.
Qui est responsable de ce voyage… radioactif ?
On ne va pas se mentir, l’affaire sent légèrement le soufre (ou le zinc, dans ce cas précis). Selon un responsable à Jakarta, la poussière de zinc incriminée est un sous-produit de la production d’acier. Elle a été exportée par la société Zannwann International Trading Corp, qui aurait obtenu la fameuse cargaison auprès du recycleur Steel Asia. Mais là où ça coince, c’est qu’aujourd’hui tout le monde se renvoie la balle avec la vigueur d’un match de ping-pong sous tension.
Steel Asia, clairement énervée par la tournure des événements, a décidé de suspendre temporairement les opérations de son usine de recyclage de ferraille. Elle ne fait toutefois pas dans la demi-mesure quand il s’agit de se défendre : la société dénonçe les conclusions du Philippine Nuclear Research Institute (PNRI) comme « infondées et non scientifiques » et assure que les conteneurs soupçonnés ne sont absolument pas les siens. Du côté de Zannwann International Trading Corp, silence radio : l’AFP dit avoir tenté de les joindre, mais en vain.
La peur du césium 137 et le contexte régional
Pourquoi tant de suspicion autour de ces conteneurs ? L’Indonésie n’en est pas à sa première alerte : elle vient tout juste de faire face à un scandale lié à la contamination radioactive de plusieurs produits alimentaires. Soupçon logique pour les autorités : et si certaines importations de ferraille étaient responsables de cette pollution préoccupante ? Prudence est donc le maître-mot : tant qu’on ne sait pas quoi faire des conteneurs douteux, on les relègue… ailleurs.
- Des crevettes surgelées et des clous de girofle importés d’Indonésie ont été rappelés suite à la détection de césium 137, selon la FDA, l’administration sanitaire américaine.
- Le césium 137, utilisé dans le domaine médical ou industriel, n’est pas qu’un invité indésirable : la FDA rappelle qu’une exposition prolongée même à faible dose peut accroître le risque de cancer.
Ni urgence nationale, ni dossier refermé
Si tout cela ressemble à un puzzle dont il manquerait les instructions, les autorités philippines veulent rassurer : selon un responsable nucléaire local, les niveaux de radiation détectés dans les conteneurs ne sont « pas très importants ». « Ce n’est pas une urgence nationale. C’est un problème qui est peut-être résolu », martèle-t-il, histoire de garder la tête froide.
Mais pour l’instant, la solution n’est toujours pas en vue. Qui des Philippines ou de l’Indonésie assumera la tâche, et qui de Steel Asia ou de Zannwann International Trading Corp devra répondre du contenu indésirable ? Mystère et boule de poussière radioactive…
Conseil d’ami : la prochaine fois que vous regarderez un cargo à l’horizon, souvenez-vous que parfois, mieux vaut ne pas savoir ce qu’il transporte. Surtout quand il est question de césium…