Non, ce n’est pas le vrai « Millionaire »
Un événement est appelé une situation exceptionnelle qui ne se produit pas fréquemment et qui, pour ces raisons, reste gravée dans la mémoire collective. Et depuis plus de vingt ans, les victoires sur « Qui veut gagner des millions » sont si grandes qu’elles se comptent sur les doigts d’une main, voire moins.
Précisément quatre, dont la première, qui a eu lieu le 18 mars 2001, comprenait toujours l’argent du prix en lires. Celle qui a récolté le milliard était Francesca Cinelli de Pistoia, qui a lu la quinzième question et a donné la bonne réponse.
Il a fallu quatre ans pour obtenir un rappel. En octobre 2004, c’est Davide Pavesi du Cerro al Lambro qui a gagné, inaugurant cette fois le gain d’un million d’euros, auquel se sont joints Michela De Paoli le 27 janvier 2011 et Enrico Remigio le 29 janvier 2020.
Des personnages dont on se souvient des visages, des expressions, des raisonnements et parfois même des questions posées par Gerry Scotti, justement parce que notre esprit catalogue certaines situations dans des dossiers à conserver. Et ces secondes décisives, si on les revoit, provoquent aussitôt des frissons et la chair de poule.
Quatre triomphes en autant de décennies, disions-nous. Une tendance qui détonne avec l’exploit réalisé dimanche dernier, dans le deuxième épisode, avec un autre concurrent arrivant le soir même pour lire la question finale. Cette fois, ce n’est pas le quinzième, mais le dixième, car il s’agit d’un autre « Millionnaire », transformé en tournoi.
Il faut partir d’un postulat : la métamorphose adoptée par Canale 5 apparaît plus que jamais appropriée. La phase de qualification et les trois manches parallèles ont donné de la vivacité et du dynamisme à un jeu par ailleurs trop lent pour cette époque. En 2025, alors que les Italiens vivent avec un smartphone à la main, il est en effet impensable d’attendre ne serait-ce que cinq ou dix minutes pour une réponse qu’ils ont déjà recherchée et consultée chez eux.
En cela le « Millionnaire » sait être un parfait témoin de son époque. Si au début des années 2000 tout était axé sur une attente épuisante pour créer du pathos, après un quart de siècle le mot d’ordre est « rapidité », en raison d’une capacité d’attention qui s’est effondrée de façon spectaculaire. Une certaine frénésie est donc la bienvenue, parfaitement immortalisée par le ‘switch’, une aide qui permet, en cas de difficulté, de changer de question et de ne pas trop y réfléchir.
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Malheur à vous si vous comparez Vittoria Licari aux anciens vainqueurs
Mais attention à ne pas comparer cette solution au véritable « Millionnaire ». Tout comme il faudrait éviter la comparaison entre ces quatre gagnants et Vittoria Licari, qui, le 14 décembre, a mis dans sa poche le chèque le plus convoité.
« Qui veut gagner des millions », bien qu’anachronique, a toujours été conçu comme un jeu de solitude, de silences, de réflexions et de raisonnements éternels durant même cinquante minutes, comme cela s’est produit en 2020, lorsque Remigio a pris tout le temps nécessaire pour comprendre ce que Gene Cernan, le dernier astronaute à avoir foulé le sol lunaire, avait laissé écrit sur le sol lunaire.
Pas aujourd’hui. Cinquante minutes d’attente feraient fuir les spectateurs. En revanche, c’est justement cette tension qui manque, mêlée à la volonté d’oser, d’avancer, de défier le destin, avec le risque de tout perdre ou presque.
Malgré le degré de difficulté du dernier rocher, l’élan de Vittoria Licari n’a jamais donné au public la perception de la montagne à gravir. Et surtout, sa revendication était paralysée par un règlement qui l’obligeait à attendre le résultat de la course de sa rivale. C’est pourquoi son couronnement n’a pas redonné des émotions, ni défini le sens de l’entreprise.
Oui, Vittoria a gagné le million au « Millionaire ». Mais ce n’est pas ce « millionnaire ».