C’est écrit Conseil européen, ça lit élections françaises. Le vote en France tombe comme prévu dans la semaine précédant le nouveau sommet de Bruxelles (27 et 28 juin) et qui pourrait être décisif pour les nominations à la tête des institutions européennes. Les négociations entre les capitales du bloc et les partis européens s’intensifient, et beaucoup espèrent pouvoir clôturer le jeu dit des « meilleurs emplois » d’ici vendredi. Mais surtout par l’ouverture des élections transalpines (30 juin), dont l’issue risquerait de compliquer les rapports de force déjà complexes en Europe.
Où en sommes-nous ?
Les négociations européennes semblent reprendre là où elles s’étaient arrêtées lundi dernier, lorsque les dirigeants de l’UE se sont réunis pour un premier sommet informel à Bruxelles : en pole position pour les premières places se trouvent la populaire Ursula von der Leyen (PPE) à la Commission, le socialiste Antonio Costa (PSE) au Conseil et la libérale Kaja Kallas (Renew) au poste de Haut Représentant, l’autre représentant du Parti populaire Roberto Metsola devant être reconfirmé au Parlement. La solution, selon ce qui est apparu en marge du sommet, n’a pas été trouvée tant en termes de noms et de répartition des positions, mais plutôt grâce à l’insistance du PPE à réduire la durée de la présidence du Conseil par rapport à la durée habituelle 5 ans à deux ans et demi, pour pouvoir placer un de ses propres représentants à ce siège en 2026. Une demande qui n’a pas été bien accueillie par les socialistes.
Apparemment, le Parti populaire serait désormais disposé à reporter à l’avenir la bataille pour le Conseil, afin d’éviter de nouveaux retards dans la clôture de la course à l’investiture. Au sein du PPE, mais aussi (sinon surtout) dans les rangs du PSE et de Renew, certains craignent que le vote en France, avec la victoire potentielle des souverainistes du Rassemblement national de Marine Le Pen, puisse ébranler la majorité parmi les populaire, socialiste et libéral, et avec lui celui sur les nominations aux dirigeants de l’UE.
Le fantôme de Le Pen
Mais il est également vrai qu’au sein du PPE, certains font pression pour que ce scénario se réalise : on sait qu’une partie du parti populaire veut renforcer les liens avec la droite, en particulier avec les conservateurs du ECR. dirigé par Giorgia Meloni. La semaine dernière au Parlement européen, la « campagne acquise » des députés non encore affiliés à un groupe a permis au groupe ECR de remonter à 83 sièges et de dépasser les libéraux, tombés à 74. Un dépassement que les conservateurs pourraient utiliser pour revendiquer ne serait-ce qu’un lieu entre meilleurs emplois.
Pour l’obtenir, il leur faudrait toutefois entrer formellement en majorité avec les socialistes, une éventualité niée d’emblée tant par l’ECR que par le PSE. D’un autre côté, s’il est vrai que sans les socialistes, le Parti populaire ne parviendrait pas à trouver un accord de gouvernement stable pour les 5 prochaines années, il faut aussi dire que sans les voix des députés européens conservateurs (ou d’une partie d’entre eux), l’éventuelle reconfirmation de von der Leyen serait mise en danger à la Chambre européenne par les tireurs d’élite de la majorité actuelle (comme cela s’est déjà produit en 2019). En d’autres termes, pour le PPE, il est nécessaire de trouver une forme de pacte avec le REC, même sous la table.
Le rôle de Meloni
Meloni, dans tout cela, se retrouve au milieu du gué. Lors du dernier sommet de l’UE, le Premier ministre a été tenu à l’écart du mini-sommet entre les principaux dirigeants du bloc sur la répartition des positions. La raison de l’absence d’invitation est que les chefs d’État et de gouvernement appartenant aux partis européens de la majorité actuelle étaient assis à la table. Mais Meloni n’aurait pas aimé l’isolement, qui l’aurait vécu comme un affront politique et diplomatique, c’est-à-dire un manque de respect non seulement envers lui-même, mais plus généralement envers l’Italie.
Les candidats de Meloni à la Commission
La Première ministre, comme son entourage l’a clairement fait savoir, vise à avoir un commissaire puissant au sein du nouvel exécutif, encore mieux s’il s’agit d’un vice-président. Il a deux voies devant lui : l’une conduit à soutenir von der Leyen par le biais d’un soutien extérieur au Parlement européen. Dans cette hypothèse, Meloni s’appuierait sur le « bridgeman » Antonio Tajani (éminent membre du PPE) et pourrait se concentrer sur le ministre Raffaele Fitto, qui a une longue histoire avec le Parti populaire.
L’unité de la droite
L’autre voie verrait la direction d’une sorte de bloc unitaire de droite, hypothèse sur laquelle travaille le Premier ministre hongrois Viktor Orban, en ce moment à Rome pour rencontrer le Premier ministre. Cette seconde voie serait renforcée par un éventuel succès de Le Pen en France : les derniers sondages donnent le Rassemblement national nettement en tête, et même les calculs sur les sièges à l’Assemblée nationale transalpine (vote uninominal) donnent le parti souverainiste. sur les boucliers, même s’il n’est pas encore au point de convaincre la majorité des parlementaires.
Le président Emmanuel Macron, qui a misé sur des élections anticipées pour résister à l’Elysée jusqu’à la fin de son mandat, pourrait se voir contraint de confier les clés du gouvernement à Le Pen (et son bras droit Jordan Bardella). Ou alors, cela pourrait continuer comme cela a été le cas jusqu’à présent, c’est-à-dire avec un exécutif minoritaire face à un Parlement balkanisé. La première hypothèse est celle qui pourrait avoir de plus grandes répercussions sur la structure du pouvoir dans l’UE : si lors du sommet de jeudi et vendredi, les dirigeants du bloc ne trouvent pas d’accord sur les meilleurs emplois, un éventuel gouvernement parisien dirigé par le RN aurait l’occasion de se prononcer sur les nominations européennes. Réouverture de la boîte de Pandore. Et c’est ici que Meloni pourrait changer d’attitude : d’une « colombe » prête à soutenir der Leyen, à un « faucon » déterminé à brandir le drapeau de la droite unie à Bruxelles.