L’UE versera 1 milliard d’euros à la Turquie pour gérer les migrants en provenance de Syrie

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

L’Union européenne versera un milliard d’euros supplémentaire à la Turquie en 2024 pour soutenir les soins de santé et l’éducation des réfugiés syriens dans le pays. C’est ce qu’a annoncé aujourd’hui la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen depuis Ankara, où elle s’est envolée pour rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdogan, revenu avec force au centre du jeu après la prise de contrôle de la Syrie par des milices sunnites telles que le Hayat Tahrir al-Sham (HTS).

Ankara reçoit depuis 13 ans de l’argent de Bruxelles pour la gestion des migrants

Le nouveau soutien économique européen servira à contribuer à la gestion des migrations et des frontières, y compris le rapatriement volontaire des réfugiés syriens, a expliqué le président de la Commission européenne. « La Turquie continue d’être un partenaire fondamental dans la gestion des migrations le long de la route de la Méditerranée orientale », a précisé le président de la Commission, soulignant comment Ankara a joué un rôle de premier plan dans la gestion des migrants syriens. Les mêmes qui étaient au centre d’un accord entre Ankara et Bruxelles, cette dernière ayant versé près de 10 milliards d’euros au gouvernement turc pour la gestion des réfugiés syriens au cours des 13 dernières années. En vertu de cet accord, la Turquie a pris en charge les réfugiés venus de Syrie voisine.

Alors le sultan Erdogan prend la Syrie « libre »

Fin mai déjà, la Commission européenne avait indiqué, à l’occasion de la huitième édition de la conférence sur le soutien à l’avenir de la Syrie et de la région, que l’UE avait promis 2,12 milliards d’euros pour 2024 et 2025. Nous aidons à la fois les Syriens en Syrie et ceux des pays voisins, ainsi que leurs communautés d’accueil en Turquie, au Liban, en Jordanie et en Irak. Parmi les promesses, indique une note communautaire, figurait également « un milliard d’euros pour soutenir les réfugiés syriens et les communautés d’accueil vulnérables en Turquie ». Une promesse désormais tenue.

Le gouvernement turc souhaite que l’Union européenne participe activement à la reconstruction de la Syrie, condition cruciale pour accélérer le retour des réfugiés. Selon le HCR, la Turquie accueille 3,2 millions de réfugiés syriens bénéficiant d’une protection temporaire, qui ne prévoit toutefois pas de voie définie pour obtenir la citoyenneté turque. La plupart d’entre eux sont arrivés depuis le début du conflit en Syrie en 2011 et n’ont dû s’inscrire que dans une seule province pour accéder à l’aide, aux services et chercher du travail.

Erdogan plaide pour l’adhésion à l’UE

Lors de leur poignée de main, von der Leyen a souligné le rôle essentiel que jouent la Turquie et Erdogan dans la stabilisation de la région voisine de la Syrie. Mais pour le dirigeant turc, la priorité est la défense de l’intégrité territoriale de la nouvelle Syrie, un pays qui doit être libéré de la menace terroriste « à la fois de l’EI et du Ypg/Pkk ».

Les propos d’Erdogan doivent être lus comme un message. Un message clair adressé à von der Leyen et à plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, qui ont fait preuve à plusieurs reprises de proximité et de solidarité envers les séparatistes kurdes. Une circonstance inacceptable pour le sultan, qui considère catégoriquement les terroristes du YPG/PKK pour lesquels il n’y a pas d’avenir en Syrie. Erdogan a profité de l’occasion pour demander à l’UE de « soutenir un système politique inclusif » dans le nouveau gouvernement de Damas et a poussé à une collaboration avec Bruxelles différente de celle de 2016, sur la maîtrise des flux migratoires.

Le rôle central assumé par la Turquie d’Erdogan en Syrie lui permet, aujourd’hui comme en 2016, de reprendre sa place et de relancer la candidature de son pays à l’Union européenne. Pour la Turquie, devenir membre « reste un objectif stratégique ». Une éventuelle adhésion « apportera des contributions et des avantages significatifs » tant à Bruxelles qu’à Ankara. Mais si l’adhésion à l’UE semble être un rêve lointain, c’est celui sur lequel Erdogan se concentre le plus de manière réaliste. Il s’agit de la mise à jour des accords douaniers et de la libéralisation des visas pour les citoyens turcs souhaitant visiter les pays européens.