L’UE vers une interdiction des réseaux sociaux pour les enfants de moins de 3 ans et de nouvelles règles pour les moins de 13 ans : la proposition de Von der Leyen

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Interdire complètement les écrans et les plateformes numériques aux enfants de moins de trois ans et autoriser l’utilisation des médias sociaux aux moins de 13 ans uniquement pendant une durée limitée et sous la stricte surveillance d’un adulte. C’est le tournant historique auquel l’UE est confrontée. La Commission européenne travaille sur un proposition visant à introduire des limites d’âge plus strictes pour l’utilisation des médias sociaux. Cette proposition sera présentée aux États membres immédiatement après l’été. Le président de la Commission européenne, Ursula von der Leyena émis un avertissement très clair et a déclaré clairement que «les réseaux sociaux ne sont pas un jouet» ajoutant que «le statu quo, un monde dans lequel nous continuons à permettre aux grandes entreprises technologiques un accès sans entrave à nos enfants, ne fera que condamner une autre génération à davantage de troubles mentaux, de dépendance et de misère.».

Le projet de l’UE et l’arrêt des réseaux sociaux : les nouvelles règles pour les moins de 13 ans

Le plan comprend un approche progressive par tranches d’âge. En dessous de trois ans, il devrait y avoir un arrêt total des écrans. Entre trois et treize ans, la concession partielle entrerait en vigueur sous le contrôle des parents ou des enseignants. Cependant, à partir de 13 ans, un accès autonome mais progressif sera évalué, qui dépendra strictement des preuves réelles que les réseaux sociaux sont capables d’apporter sur leur niveau réel de sécurité. Les experts du comité scientifique, dont le Dr Maria Melcior et le Professeur Jörg Fegertils ont pointé du doigt ce qu’ils définissaient dans leur document comme « réseaux sociaux+ ». Avec ce terme, les chercheurs définissent les plateformes dotées de fonctionnalités inappropriées pour l’âge et spécialement conçues pour capter l’attention de manière agressive, comme le défilement infini (le mécanisme qui permet de faire défiler le contenu sans jamais atteindre la fin), la lecture vidéo automatique et les notifications continues qui créent un état d’alerte constant.

L’objectif de l’UE est d’harmoniser les règles au niveau communautaire, en introduisant une limite d’âge claire pour l’accès à ces systèmes, mais surtout en renversant les responsabilités. À ce jour, le fardeau de la sécurité repose presque entièrement sur les épaules des utilisateurs individuels et des parents. Le changement proposé repose sur l’obligation légale et morale pour les entreprises technologiques de garantir que leurs espaces virtuels sont sécurisés à la source. Tout comme un constructeur automobile doit concevoir des véhicules sûrs, équipés d’airbags et de ceintures de sécurité, sans attendre des parents qu’ils les installent eux-mêmes, de la même manière les géants de la technologie doivent assumer la responsabilité de la sécurité de leurs produits.

Pourquoi Von Der Leyen veut les limiter : de plus en plus de jeunes accros aux réseaux sociaux

Les données scientifiques recueillies par le Groupe Spécial sur la Sécurité des Enfants en ligne sont claires et nous font réfléchir : les jeunes dépensent en moyenne entre quatre à six heures par jour devant un écranet presque le 60% des enfants plus petit a déjà vécu problèmes émotionnels ou psychosociaux imputable au monde virtuel dans lequel ils passent de plus en plus de temps. L’objectif du débat, comme l’ont souligné les dirigeants européens, n’est pas de savoir si les enfants devraient ou non utiliser la technologie, mais d’établir «si et quand les réseaux sociaux pourront accéder à nos enfants», pour citer encore le président de la Commission européenne. Pour ce faire, nous visons une utilisation beaucoup plus répandue et rigoureuse de la technologie de vérification de l’âge.

Ce changement radical de paradigme répond cependant à une dérive qui a effectivement commencé il y a de nombreuses années. Lorsque le bouton « J’aime » est apparu sur Facebook : l’impact a été énorme et, pour reprendre les mots de Professeur Cal Newport (expert des questions numériques), avec ce changement «la trajectoire des médias sociaux a changé pour toujours». Ce coup de pouce apparemment inoffensif a en fait commencé à donner pour instruction aux algorithmes (les calculs mathématiques complexes qui décident quelles publications montrer à l’utilisateur) de promouvoir un contenu capable d’accumuler l’approbation la plus rapide. Le résultat ? Une poussée vers la polarisation, où les contenus les plus simples et les plus clivants l’emportent haut la main sur les contenus complexes et nuancés, pénalisant l’information approfondie et récompensant la recherche d’un consensus facile. Aujourd’hui, face aux énormes dangers qui s’ajoutent aux extraordinaires opportunités technologiques dont nous disposons, l’Europe a compris que l’enfance ne peut pas attendre. Il faut agir immédiatement pour remédier à une situation qui risque de se transformer en un véritable problème social.