L’UE contre les abus dans la chaîne d’approvisionnement agricole : mettre fin aux retards de paiement et aux annulations de commandes

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

L’Union européenne veut lutter contre les pratiques commerciales déloyales transfrontalières dans la chaîne d’approvisionnement agricole et alimentaire. Il s’agit de pratiques de plus en plus répandues sur un marché qui intègre de plus en plus les chaînes d’approvisionnement et dans lequel environ 20 pour cent des produits agricoles et alimentaires consommés dans un État membre proviennent d’un autre pays de l’Union.

Le feu vert

Le Parlement européen a définitivement approuvé la semaine dernière la mise à jour du règlement en la matière qui prévoit que les États membres pourront désormais intervenir contre les pratiques déloyales même sans plainte formelle des agriculteurs, les autorités nationales étant obligées de coopérer entre elles.

Par souci d’équité, les lacunes qui permettaient jusqu’à présent à certains grands acheteurs d’échapper aux contrôles en transférant leurs activités au-delà des frontières seront également comblées. Le système vise à rendre effective la protection déjà prévue dans le règlement de 2019, en transformant un système fragmenté en un mécanisme européen coordonné.

« Nous avons transformé ce qui aurait pu être un simple document administratif en un puissant acte de justice économique et sociale. Nous envoyons donc un message clair : les agriculteurs ne seront plus obligés de se soumettre aux demandes et aux comportements injustes des grands acheteurs et commerçants », a déclaré le président de la Chambre, Stefano Bonaccini, du Parti démocrate.

« Aujourd’hui, l’Europe démontre qu’elle sait écouter et agir. Nous sommes aux côtés de ceux qui ont le plus besoin de soutien, en renforçant la protection des petits producteurs et en garantissant une chaîne d’approvisionnement agroalimentaire équitable, transparente et sans exploitation », a-t-il ajouté.

Pratiques déloyales

Le terme pratiques commerciales déloyales fait référence à une série de comportements par lesquels les grands acheteurs, tels que les chaînes de distribution ou les entreprises de transformation, exploitent leur pouvoir de négociation pour imposer des conditions désavantageuses aux fournisseurs agricoles. Les cas les plus fréquents sont les retards de paiement systématiques, qui transfèrent la charge financière des ventes sur les agriculteurs, en particulier pour les produits périssables qui devraient être payés dans des délais très courts.

Une autre pratique courante est l’annulation des commandes sans préavis, lorsque les marchandises sont déjà prêtes à être livrées et que les coûts de production ont déjà été engagés. Les modifications unilatérales des contrats, telles que l’imposition soudaine de nouveaux prix, de quantités différentes ou de normes de qualité plus strictes sans le consentement du fournisseur, sont également considérées comme injustes. A cela s’ajoutent des demandes de versements complémentaires pour accéder aux rayons, financer des promotions ou couvrir des pertes qui ne dépendent pas du producteur, ainsi que le transfert des risques commerciaux, par exemple en obligeant l’agriculteur à prendre en charge les produits invendus ou détériorés.

Lorsque ces comportements se produisent entre des entreprises établies dans différents pays de l’Union, ils deviennent des pratiques transfrontalières déloyales, précisément celles que le nouveau règlement vise à cibler avec des outils de contrôle et de sanctions plus rapides et plus efficaces.

Interventions en cabinet

L’une des principales innovations concerne la possibilité pour les autorités nationales d’agir de leur propre initiative dans les affaires transfrontalières. D’un point de vue juridique, cela signifie que l’ouverture d’une enquête ne dépend plus nécessairement d’une plainte du fournisseur. Les administrations peuvent intervenir automatiquement lorsque des éléments suffisants apparaissent.

Pour les producteurs, souvent réticents à s’exposer par crainte de représailles commerciales, il s’agit d’un changement important : la protection n’est plus liée à leur initiative personnelle.

Coopération obligatoire entre les États

Le règlement établit un mécanisme structuré d’assistance mutuelle entre les autorités répressives. Les États pourront échanger des informations, demander que des enquêtes soient menées sur le territoire d’un autre pays, coordonner les actions exécutives et notifier les décisions prises. Il existe des délais de réponse précis, des règles de couverture des coûts et des garanties sur la confidentialité des informations.

La logique est de dépasser les limites du principe de territorialité : jusqu’à présent, lorsque l’acheteur était établi dans un autre État membre, les autorités rencontraient des difficultés concrètes pour rassembler des preuves ou faire appliquer des sanctions.

Pour les cas impliquant au moins trois États membres, un mécanisme d’action coordonnée est mis en place. Les autorités concernées peuvent lancer une enquête commune, désigner un coordinateur et prendre des mesures coercitives simultanément dans les différents pays concernés.

Sur le plan technique, le coordinateur assure l’échange d’informations, le suivi des enquêtes et la cohérence des décisions. Cela nous permet d’éviter des réponses mal alignées face à des comportements identiques mis en œuvre sur plusieurs marchés nationaux.

Obligations également pour les acheteurs hors UE

Un chapitre spécifique concerne les opérateurs établis hors de l’Union qui achètent des produits agricoles et alimentaires sur le marché européen.

Le règlement prévoit que ces acheteurs doivent désigner un point de contact dans l’UE, chargé de la coopération avec les autorités de contrôle. En cas de manque de coopération, les autorités peuvent activer les mécanismes de coopération prévus entre les États membres.

Il s’agit d’une réponse à un phénomène croissant : le recours aux structures juridiques des pays tiers pour rendre les actions de contrôle plus complexes.

Règles de fonctionnement

Le texte réglemente également des aspects techniques déterminants pour l’efficacité du système : délais de demande d’assistance, critères de refus motivé d’une demande, modalités linguistiques, couverture des coûts et protection des données confidentielles.

Il est également prévu que des sanctions financières puissent être appliquées dans un autre État membre si l’acheteur ne dispose pas de suffisamment d’actifs dans le pays qui a adopté la décision.

L’objectif est d’éviter que des divergences procédurales ou des obstacles administratifs privent les décisions adoptées de leur contenu.