Les salaires des enseignants italiens sont parmi les plus bas d’Europe, selon les données d’Eurydice sur l’Italie

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le thème des salaires et des disparités salariales en Italie est toujours au centre du débat, mais dans peu de secteurs comme celui-là à l’école, l’écart salarial est si marqué: pour un même diplôme et des heures de cours, un enseignant peut en effet gagner des montants très différents selon le pays dans lequel il se trouve. Mesurer ces différences est la Données Eurydice, réseau de la Commission européenne qui surveille les systèmes éducatifs, mis à jour pour l’année scolaire 2024/2025. Il en ressort un tableau très clair qui voit les salaires des professeurs italiens placés dans la partie inférieure du classement continental, avec environ 26 000 euros brut par an au début de sa carrièreet avec l’écart avec les pays leaders qui ne diminue pas même au fil des années de service.

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Le classement européen : qui rémunère le mieux ses professeurs

En tête du classement on retrouve le Luxembourgdans lequel un enseignant en début de carrière perçoit entre 52 000 et 62 000 euros ; les chiffres changent également par rapport au niveau scolaire de référence, avec un salaire qui peut atteindre 107 000 euros au sommet de la carrière professionnelle.

Derrière le Luxembourg se trouvent la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne qui sont encore bien supérieurs aux niveaux italiens. La donnée la plus significative, outre l’écart factuel important avec le salaire d’entrée, est surtout la différence avec l’évolution de carrière. En Italie, un enseignant passe des 26 000 euros initiaux à 37 000 euros du tableau maximumune augmentation qui s’accumule lentement, sur 35 années de service. Selon Eurydice, le salaire d’un enseignant aux Pays-Bas peut plus que doubler en seulement 12 ans, tandis qu’au Danemark et à Malte, le plafond salarial est atteint tout aussi rapidement. En Allemagne, vous démarrez déjà au-dessus de 55 000 euros bruts et approchez les 85 000 en fin de carrière.

Horaires de travail et heures non rémunérées des enseignants

Malheureusement, il existe un cliché qui a toujours accompagné le débat sur les salaires des professeurs italiens, à savoir qu’ils travailleraient à des horaires réduits et auraient accès à de longues vacances d’été. Une rhétorique contredite par les données européennes, qui racontent une autre histoire. En fait le 18 heures par semaine de cours frontaux dans les écoles secondaires et 22 heures dans les écoles primaires, qui par contrat devient 24, avec les 2 heures obligatoires par semaine de programmation éducative prévue par l’art. 28 du CCNL, sont parfaitement en ligne avec la moyenne continentale, et très similaires par exemple à celles françaises. La différence réside ailleurs, dans les activités hors classe, donc la préparation des cours, la correction des devoirs et des tests, les rencontres, les entretiens avec les familles, qui dans d’autres systèmes scolaires sont reconnus et rémunérés de manière structurée.

Le renouvellement du contrat : une avancée qui ne change pas le classement

Du point de vue salarial, quelque chose bouge sur le front italien. En effet, avec le bulletin de paie d’août 2026, NoiPA applique les augmentations prévues par le renouvellement de la convention collective nationale du secteur « Éducation et Recherche » pour la période triennale 2025-2027, signés à l’ARAN le 1er juillet, qui prévoient en moyenne environ 143 euros bruts par mois de plus pour les enseignants et 107 pour le personnel de l’ATAavec le paiement simultané des arriérés. Il s’agit d’un ajustement attendu, qui arrive directement sur votre chèque de paie sans qu’il soit nécessaire de poser des questions. Si l’on regarde les chiffres de la comparaison continentale, c’est une augmentation qui rapproche l’Italie de la moyenne européenne, sans toutefois modifier substantiellement sa position dans le classement.

Le vrai problème, comme le révèlent les données d’Eurydice elles-mêmes, est l’architecture du système de rémunération, avec des augmentations dépendant exclusivement de l’ancienneté : en effet, il faut 35 ans pour atteindre le tableau maximum et les véritables parcours professionnels, ceux qui dans de nombreux pays européens récompensent la responsabilité et les compétences, sont effectivement absents en Italie. Alors que les données de l’OCDE de Regards sur l’éducation 2025 expliquent comment dEn 2015, les salaires moyens effectifs des enseignants du primaire ont augmenté en termes réels de 14,6 % en moyenne dans tous les pays de l’OCDE, tandis qu’en 2024, ils ont diminué de 4,4 % en Italie.et aujourd’hui, un enseignant du primaire gagne 33 % de moins qu’un diplômé à temps plein, contre un écart moyen de 17 % dans l’OCDE.

Dans le même temps, les chiffres de l’enquête TALIS 2024 de l’OCDE, la plus grande enquête internationale auprès des enseignants et des chefs d’établissement, expliquent que seuls 3 % des enseignants italiens ont moins de 30 ans, contre une moyenne de 10 % dans l’OCDE, tandis que près de la moitié, 49 %, ont plus de 50 ans. 49 % des enseignants débutants déclarent que l’enseignement était leur premier choix de carrière (un chiffre inférieur à la moyenne de l’OCDE : 58 %). De plus, seuls 23 % des enseignants italiens se disent satisfaits de leur salaire, soit un peu plus de la moitié de la moyenne internationale.