Le dernier album de Laura Pausini est une occasion manquée
Clarifions. je chante 2 de Laura Pausini – le deuxième chapitre de la saga, vingt ans après le premier, qui a été un succès – est une énorme opération, publiée simultanément avec la prestation du même chanteur romagnol lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver et avec l’idée de le lancer dans le monde entier, en premier lieu dans les pays latins, avec une version espagnole en mars et une tournée mondiale entre 2026 et 2027. Après tout, le CV record de Pausini et les précédents internationaux ils valent le détour. Et aussi la formule elle-même, très réussie à l’époque : un album de reprises – d’abord uniquement italiennes, aujourd’hui en partie étrangères (il y a La bonne île de Madonna, entre autres) – pour l’affronter de front et pausiniser des grands classiques de la musique des temps récents ou même très récents (le plus difficile, le fantôme des originaux est plus proche), ce qui signifie prêter à ces morceaux la grande voix, la détermination et l’aura super-pop de leur nouveau protagoniste. Potentiellement, nous pourrions amener beaucoup de belle musique italienne partout dans le monde avec un disque comme celui-ci. Alors, tout va bien ? Non.
Le secret d’une bonne couverture
C’est facile à dire, mais pas à faire. Et pas seulement pour la polémique avec Gianluca Grignani, avec le litige juridique bien connu qui y est lié pour avoir modifié un vers de Mon histoire entre tes doigtsselon l’auteur-compositeur-interprète, en déformant le sens (en cas de doute, il est exclu de la tracklist officielle et disponible uniquement en version numérique). Bien. C’est peut-être parce que la première fois il y a eu une sorte d’effet de surprise, peut-être parce que cette fois les attentes sont forcément grandes vu le succès de l’original, peut-être parce que moins de musique est sortie alors et les reprises étaient plus rares et plus précieuses, alors qu’entre temps elles se sont imposées Facteur X et la soirée des duos de Sanremo (où Pausini sera co-animateur, cela fait partie d’un grand projet, pour montrer jusqu’où nous visons), le fait est qu’en 2026 le terrain est plus accidenté qu’en 2006. Et Je chante 2 en partie, ça trébuche.
Allons-y dans l’ordre. Qu’est-ce qui fait une couverture une superbe couverture? Grosso modo, il y a deux manières : soit vous récupérez une chanson presque oubliée, comme ce fut le cas pour la même je chante à l’époque, une pièce de Riccardo Cocciante de 1978 que l’auteur lui-même n’adorait pas, mais à laquelle Pausini donnait une nouvelle énergie ; soit on se tourne directement vers un autre championnat, en déformant l’original de manière à ne pas l’effacer, bien sûr, mais à pouvoir se tenir à ses côtés comme chanson autonome. Les exemples, en ce sens, sont nombreux, depuis l’Amandoti à feuilles persistantes de CCCP (d’abord Gianna Nannini, puis Måneskin) jusqu’à un Si en appelant de Nek (2015), auquel l’auteur-compositeur-interprète émilien avait donné une touche contemporaine et strictement pop. Ici aussi, je chante c’était un maître, avec un beau travail sur l’écriture de chansons (alors) moderne, comme Sapccacuore de Samuele Bersani, que Pausini avait transformé en ballade à succès.
Est-ce une question de mauvais choix ?
je chante 2Soyons réalistes, mettons de côté les trésors engloutis Tu m’as choisi de Sugar, mais dans une version similaire à l’original. Il met plutôt la main sur des monstres sacrés, comme on le voit notamment sur Madonna elle-même. Le schéma est le même pour toutes les reprises : interprétation pausinienne, comme mentionné, arrangements go-go et power-pop. Les quelques exceptions sont pour la plupart difficiles à déchiffrer, car Mais comme il fait froid dans un style reggaeton avec Annalisa, les deux apportant également une interprétation convaincante, mais avec une apparence qui ne met pas en valeur l’âme douloureuse du classique de Nada. Le single de lancement fonctionne de la même manière je reviens à l’amourreprise de Biagio Antonacci, un artiste proche d’elle et en effet l’affinité se fait sentir, tout comme cela ne semble pas être un pari téméraire Bonheur en duo virtuel avec Lucio Dalla (il faut cependant dire que Cesare Cremonini l’a fait il y a trois ans), même si l’utilisation de la voix vintage de l’auteur-compositeur-interprète bolognais valait au moins le risque d’un tour. Au contraire, 16 mars avec Achille Lauro, sous une forme inévitablement proche de l’original également pour des raisons temporelles, il n’a que très peu à dire au-delà du beau duo. Bref, compte tenu des lieux, on est raisonnablement en droit d’attendre davantage
Et cela n’existe malheureusement pas davantage. Surtout, il n’y a pas d’idée sous-jacente, allant de reprises ultra-pop internationales comme la même La bonne île, dont le sens ne peut être compris qu’au vu du lancement aux États-Unis de pièces d’auteurs italiens, diamétralement opposés à ceux-ci et en tout cas bien connus. L’étincelle, en ce sens, manque, l’intuition qui était aussi celle du premier je chante. Et puis, si l’interprétation énergique de Pausini tient souvent la route, on manque souvent de goût pour les arrangements, trop emphatiques, qui passent sur l’intimité et la douceur des originaux (on parle d’une belle écriture, encore une fois) comme un rouleau compresseur, aplatissant les ambitions non strictement radio-friendly qui resteraient encore en jeu, de je ne suis pas une petite dame marche pop-rock (avec des tambours martelants et, disons, dérangeants) jusqu’à Un sentiment Et Quand la clé vidés, encore une fois, de leur mélancolie. C’est encore une fois dommage, car le précédent et le potentiel étaient toujours là, tout comme la puissance de feu pour faire voyager certaines chansons italiennes dans le monde entier. Et au contraire, au final, c’est un peu une occasion manquée pour l’ensemble de notre musique, ce qui rendra peut-être service à Pausini, et c’est bien, mais beaucoup moins pour les originaux.