L’approche que l’Union européenne doit adopter à l’égard d’Israël divise une fois de plus le Parlement européen, tout comme elle divise les gouvernements au sein du Conseil de l’UE. Pour la plénière de la semaine prochaine, il a été proposé d’inclure un débat sur la loi controversée en Israël qui introduit la peine de mort pour les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie accusés de terrorisme, une loi qui ne s’appliquerait pas aux Israéliens, ainsi que « sur l’escalade de la violence des colons et l’annexion de facto de la Cisjordanie occupée ».
L’idée, proposée à la Conférence des présidents par le groupe La Gauche, a également été soutenue par les socialistes, les verts et les libéraux, mais a été bloquée par le Parti populaire, qui s’est allié à la droite radicale de la Chambre pour l’arrêter : des conservateurs et réformistes, dont font partie les Frères d’Italie, aux Patriotes pour l’Europe de la Ligue, jusqu’à l’Europe des nations souveraines de l’AfD allemande.
Lutte contre l’antisémitisme
Un débat sur « la lutte contre l’antisémitisme et la nécessité de protéger les juifs en Europe » était prévu au calendrier. Les Conservateurs et Réformistes européens « sont solidaires des communautés juives à travers l’Europe et continuent de travailler pour assurer leur sécurité et leur liberté de vivre sans peur », a écrit le groupe dans un communiqué.
« Nous avons rejeté » le débat sur la peine de mort en Israël « non pas parce que nous sommes en faveur de la peine de mort, contre son application dans divers pays du monde, nous avons voté de nombreuses résolutions il y a de nombreuses années », mais parce que « mercredi aura lieu un débat de quatre heures sur la crise au Moyen-Orient, dans toutes ses facettes, c’est donc le lieu où vous pourrez dénoncer tout ce que vous voulez dénoncer », a soutenu Pedro López de Pablo, porte-parole du PPE au Parlement européen.
L’accord d’association
La gauche de la Chambre voulait soutenir le débat spécifique sur la situation en Cisjordanie et sur la peine de mort pour les Palestiniens, ainsi que pour faire pression sur les gouvernements de l’UE afin qu’ils acceptent de suspendre l’accord d’association avec Israël, une idée qui est bloquée au Conseil de l’UE par l’opposition de pays comme l’Allemagne et l’Italie.
« Plus d’un million de citoyens et plusieurs pays comme l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie et la Belgique réclament une suspension immédiate de l’accord d’association entre l’UE et Israël. En continuant à traiter Israël comme un partenaire privilégié, l’UE se rend complice du génocide en Palestine et des attentats au Liban qui ont coûté des millions de vies », a déclaré la Française Manon Aubry, leader du groupe.
Un million d’Européens signent pour demander la suspension de l’accord entre l’UE et Israël
« Nous déplorons que le Conseil des affaires étrangères de l’UE n’ait pris aucune mesure concernant la suspension de l’accord d’association UE-Israël et demandons que la question soit soumise sans plus attendre à un vote formel », a déclaré Utta Tuttlies, porte-parole du groupe S&D à l’hémicycle de Strasbourg.
Regardons les autres sujets principaux qui seront discutés et votés en plénière
Budget de l’UE 2028-2034, le Parlement se prépare à négocier
Le Parlement européen adopte mardi 28 avril son mandat de négociation sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP), ouvrant ainsi officiellement la voie aux négociations avec les gouvernements de l’UE. La proposition élaborée par la commission du budget fixe le plafond budgétaire à long terme à 1 780 milliards d’euros, soit environ 10 % de plus que la proposition avancée par la Commission. La différence, égale à plus de 175 milliards, serait allouée aux programmes clés de l’UE, sans fonds supplémentaires pour l’administration ou les agences décentralisées. Les députés demandent également que le remboursement de la dette du fonds de relance NextGenerationEu soit géré séparément, en dehors des plafonds du CFP, afin de ne pas affecter les ressources ordinaires.
Viol, l’UE cherche une définition commune
Le consentement libre, éclairé et révocable comme pierre angulaire de la définition juridique du viol au niveau européen : c’est ce que réclame une résolution que le Parlement européen est appelé à voter mardi 28 avril. Le texte, élaboré conjointement par les commissions des libertés civiles et des droits des femmes, sera discuté en plénière lundi 27. La résolution fait partie de la directive européenne de 2024 sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, que les députés appellent à renforcer davantage. Sont également sur la table l’alignement sur les normes internationales, un soutien plus solide aux victimes (accès à la justice, aux services spécialisés, aux soins de santé) et des mesures contre les violences et les stéréotypes numériques.
Moyen-Orient et énergie
Les tensions en Iran et dans la région, avec leurs répercussions sur les prix de l’énergie, arriveront en plénière mercredi 29 avril : les députés discuteront avec le Conseil et la Commission de la manière de répondre à une crise qui menace la sécurité mondiale et les budgets des familles et des entreprises. La fermeture de facto du détroit d’Ormuz, selon l’Agence internationale de l’énergie, a provoqué la plus grande perturbation de l’histoire du marché pétrolier mondial.
Sud Liban, le Parlement appelle au cessez-le-feu
Dans l’après-midi du même mercredi 29 avril, l’assemblée est retournée au sud du Liban, théâtre d’incursions de l’armée israélienne qui ont causé des centaines de morts civiles et des milliers de blessés ou de déplacés. Le débat, avec la Commission seule et sans résolution finale, servira à faire le point sur une crise humanitaire qui s’aggrave. Les députés auront pour objectif de renforcer le message déjà exprimé par l’institution : cessez-le-feu durable et accès humanitaire immédiat et sans entrave au pays.
Ukraine, le Parlement veut justice et compensation
Responsabilité des attaques contre des civils, indemnisation des victimes et risque de normalisation des relations avec Moscou : le Parlement européen consacre entre mardi et jeudi un agenda chargé à l’Ukraine et à la Russie. Le débat sur la justice pour les victimes civiles avec le Conseil et la Commission est fixé au mardi 28 avril, le vote d’une résolution au jeudi 30.
Mardi également, les députés voteront sur l’application de la procédure d’urgence à la proposition d’adhésion de l’UE à la convention établissant une Commission internationale pour les réparations pour l’Ukraine. Si le vote est positif, la question sera mise aux voix jeudi. Mercredi 29 avril après-midi, s’ajoute un débat non résolu sur le risque d’une normalisation des relations avec Moscou, déclenché par un épisode récent : aux Jeux paralympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026, la Russie a défilé avec le drapeau national, pour la première fois lors d’un événement sportif international depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022.
Droits fondamentaux dans l’UE
Le mercredi 29 avril, le Parlement européen vote un rapport sur l’état d’application de la Charte des droits fondamentaux en 2024 et 2025, discuté en plénière le mardi 28 après-midi. Le tableau qui se dessine est inquiétant : une pression croissante sur la démocratie, l’égalité et l’espace civique.
La portée thématique est large : impact des technologies numériques sur les droits, politiques migratoires et frontalières, violences de genre, droits des personnes LGBT+, racisme structurel, conditions de détention, droits sociaux et environnementaux.
Etat de droit
Le mercredi 29 avril également, le Parlement votera un rapport sur le rapport 2025 de la Commission européenne sur l’État de droit. Le résultat est critique : progrès limités par rapport aux recommandations déjà formulées, problèmes sérieux concernant l’indépendance du pouvoir judiciaire, la corruption, la liberté des médias et la sécurité des journalistes. La contraction de l’espace civique et les risques associés aux plateformes numériques et aux contenus générés par l’intelligence artificielle sont également sous surveillance.
Droits réduits pour les pays pauvres
Mardi 28 avril, le Parlement vote la réforme du Système de préférences généralisées (SPG), l’instrument qui offre depuis 1971 aux pays en développement des droits de douane réduits sur les exportations vers l’UE. L’accord avec le Conseil remonte à décembre 2025. La réforme élargit les traités que les bénéficiaires doivent ratifier : au sein de l’Accord de Paris, la Convention relative aux droits des personnes handicapées et celle relative aux droits de l’enfant. Le traitement préférentiel est également conditionné à la coopération en matière de réadmission des migrants irréguliers.
Vote par procuration pour les députés européens en congé de maternité
Le mercredi 29 avril, le Parlement vote l’introduction du vote par procuration pour les députés absents pour cause de grossesse ou de maternité. Les nouvelles règles permettent de déléguer le vote en plénière à une collègue de trois mois avant l’accouchement jusqu’à six mois après. Le texte introduit des dispositions sur la transparence, la responsabilité et l’intégrité du vote.
Chiens et chats, l’UE interdit les pratiques abusives
Mardi 28 avril, le Parlement votera définitivement les nouvelles règles européennes pour la protection des chiens et des chats. Pour la première fois, l’UE établit des normes communes en matière d’élevage, de détention, de traçabilité et d’importation.
Tous les animaux de l’UE, y compris ceux appartenant à des propriétaires privés, devront être identifiés à l’aide de puces électroniques et enregistrés dans les bases de données nationales. Les vendeurs, éleveurs et refuges auront 4 ans pour s’y conformer, tandis que pour les simples propriétaires les délais montent à 10 ans pour les chiens et 15 ans pour les chats.
Marché des émissions, le Parlement revoit le mécanisme anti-fluctuation
Mercredi 29 avril, le Parlement vote sa position sur la réserve de stabilité du marché pour Ets2, le nouveau système d’échange de quotas d’émission qui étendra à partir de 2028 la logique déjà appliquée aux industries au transport routier et à la construction : ceux qui émettent du CO₂ doivent acheter un permis, et le prix de ce permis fluctue sur le marché. La réserve est la soupape de sécurité du système, conçue pour éviter que les prix ne deviennent imprévisibles.
Les changements proposés par la commission de l’environnement signifient qu’en cas de flambée des prix, des quotas supplémentaires seront mis sur le marché plus rapidement que prévu. Les quotas inutilisés resteraient également dans la réserve après 2031, au lieu d’être annulés. Enfin, le plafond de 45 euros par tonne de Co₂ serait prolongé au-delà de 2029, de manière à continuer de protéger les consommateurs et les entreprises des prix excessifs.
Marché unique, davantage de protections contre la concurrence déloyale
Mercredi 29 avril, le Parlement vote une résolution appelant à une action européenne plus incisive contre la concurrence déloyale des opérateurs non européens. L’accent est mis sur la croissance des plateformes de commerce électronique en provenance de pays tiers et sur la diffusion de produits non conformes aux réglementations européennes en matière de sécurité, d’environnement et de travail.
Le texte appelle à des règles plus claires sur l’origine et la traçabilité des produits et à des mécanismes de protection plus solides pour les consommateurs. Les députés appellent la Commission à utiliser pleinement les instruments de défense commerciale, notamment les mesures antidumping et antisubventions, et à réduire les charges réglementaires pesant sur les entreprises européennes.
Tourisme et destinations oubliées
Mardi 28 avril, le Parlement vote une résolution sur le tourisme durable, avec des propositions pour décongestionner les destinations les plus fréquentées et valoriser les destinations moins connues : zones rurales, zones de montagne et régions périphériques. Le tourisme représente 10,5 % du PIB de l’UE et emploie environ 12,3 millions de personnes.
Parmi les mesures proposées : améliorer la connectivité des destinations émergentes, augmenter les trains de nuit transfrontaliers, encourager la location de véhicules électriques et mettre à jour le cadre juridique sur les locations à court terme. Les députés espèrent que leurs propositions seront incluses dans la future stratégie européenne pour le tourisme durable.
Finfluenceurs
Jeudi 30 avril, le Parlement votera une résolution demandant des normes européennes sur les finfluenceurs, les influenceurs financiers sur les réseaux sociaux, qui sont devenus la principale source d’informations financières pour les jeunes. Le texte a été discuté lundi 27 au soir.
Les finfluenceurs peuvent sensibiliser les marchés, mais aussi alimenter les escroqueries, la publicité cachée et les deepfakes générés par l’IA. La résolution appelle à des normes minimales pour les communications financières en ligne et une éducation financière adaptée à l’âge, en accordant une attention particulière à la culture numérique et à la cybersécurité.