Laura Pausini, Andrea Pucci et Can Yaman : ce sera le Festival des délicats. Carlo Conti, pourquoi nous détestes-tu ?
Ne commentez pas ce Festival ! Sanremo 2026 fait chauffer les moteurs, tout comme le fandom des artistes, ou plutôt des co-animateurs que l’on verra se relayer sur la scène Ariston entre le 24 et le 28 février. Le timonier et directeur artistique Carlo Conti a commencé à annoncer qui le rejoindra lors de l’événement. En plus des presque inoffensifs Achille Lauro et Lillo, l’effrayante Triade est facile à dire : Laura Pausini pour les cinq soirées de l’événement, Can Yaman pour la première, Andrea Pucci (avec Lillo) jeudi lorsque les couvertures des Bigs de la compétition s’affronteront. De grands noms de la course, une trentaine au total, plutôt faibles sur le papier et Carlo Conti a donc dû faire face au problème d’augmenter le battage médiatique autour du Festival en faisant appel à ses côtés dans cette nouvelle aventure des personnages très appréciés sur les réseaux sociaux, mais honnêtement trop.
Sur les réseaux sociaux, on ne peut rien reprocher, par exemple, à propos de Laura Pausini. Notre même équipe a récemment répondu avec pique aux utilisateurs qui, sur Instagram, ont adressé des critiques respectueuses au chanteur pour la reprise tragique de « Due Vite », Marco Mengoni. Un ‘je n’aime pas ça’ a suffi à faire déborder les vannes : « Personne ne vous a demandé votre avis, vous l’écrivez ici pour lui déplaire ? ». Et ainsi de suite, en répondant de manière de plus en plus passive-agressive. Et inutilement féroce. Le vrai problème ici est que des commentaires comme celui-ci alimentent le feu d’une armée qui a hâte de « défendre » Paura Lausini (jeu de mots, ndlr) contre toute opinion qui ne la décrit pas comme une déesse venue sur Terre.
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L’intouchable Laura Pausini
Divers personnages célèbres peuvent compter, sciemment ou non, sur des armées de Huns, prêts à défendre leur intouchabilité sociale même face aux critiques les plus légères. L’une d’elles est certainement Laura Pausini. Alors qu’il continue la promotion de l’album de reprises ‘Io Canto 2’, un nombre toujours croissant d’utilisateurs montrent qu’ils n’aiment pas ses versions de ‘Quando Chiove’, de Pino Daniele, sans parler de la chanson qui a déclenché la vive polémique : ‘La Mia Storia Tra le Dita’, de Gianluca Grignani. Beaucoup, apparemment, trouvent que Pausini « crie » trop les mots du texte, les vidant de leur sens et se classant dans la ligue séculaire de la pollution sonore forcée. Ce ne sont là que des expressions de goûts personnels, Dieu merci, garantis par notre Constitution démocratique. Et pourtant, ce n’est pas le cas. Dès que quelqu’un ose ne pas se faire aimer sur la place publique, notamment sur Une attitude programmatique qui est malheureusement déjà une tendance, avant même le début du Festival. Tout cela est inquiétant car Sanremo, et tous ceux qui y participent à quelque titre que ce soit, ont été créés pour être commentés, pour le meilleur ou pour le pire. Il y a toujours la chanson qui ne convainc pas, la tenue hideuse, la bêtise du chef d’orchestre et même ces bizarreries rendent l’événement amusant à suivre car toute l’Italie s’excite et s’excite ensemble. Mais cette fois, nous risquons la guillotine, ensemble.
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Can Yaman passera des jours dans les tranchées
Il sera beaucoup plus difficile de profiter de Sanremo en paix, en effet des guerres, des grenades éclateront et quiconque aura quelque chose à dire, même sur le ton de la plaisanterie, passera des journées terribles dans les tranchées. Dès la première soirée avec Can Yaman, le « Sandokan » de la série à succès Rai 1 du même nom inaugurera les danses. Malheureusement, la plupart des gens qui le suivent et le vénèrent ne permettent pas la critique de leur idole. Il est bœuf (et là on est tous d’accord, ndlr) mais aussi impeccable, divin. Malheur à quiconque prétend le contraire, remarquez. Quiconque ose exprimer la moindre dissidence est déjà la cible de comptes italiens, français et même brésiliens prêts à leur donner une peau numérique. D’énormes meutes de tigres de Malaisie nous guettent, elles veulent notre sang. Parce que Yaman est diplômé en droit, disent-ils, il parle couramment quatre langues, réitèrent-ils, il n’est pas possible de lui trouver un défaut et celui qui le fait est certainement un hérétique, il doit être réduit au silence, son profil doit être ignoré. Et ils lui feront tout gâcher, il y en a beaucoup, beaucoup. Contre les Italiens moyens, stupides au point de ne pas comprendre que le bon Can, pour la première fois dans l’histoire, garantira au Festival un attrait international dont l’événement n’a jamais joui. Heureusement, jusqu’à l’année dernière, la Rai diffusait les cinq soirées de Sanremo uniquement en Molise.
Andrea Pucci est le dernier mauvais nom de Carlo Conti
Si deux indices ne le prouvent pas, voici le dernier nom sorti du chapeau maléfique de Carlo Conti : Andrea Pucci. Sur le papier, en tant qu’humoriste professionnel, il n’a jamais manqué d’afficher du ressentiment sur les réseaux sociaux envers tous ceux qui ne le trouvaient pas drôle (beaucoup de monde, ndlr). Il existe d’innombrables spectateurs impopulaires qu’il a ridiculisés en postant des photos ou des tweets sur ses histoires Instagram et en les donnant ainsi à ses millions de followers qui, aussitôt, ont hâte de le « venger » en s’armant et en partant faire vivre une semaine terrible à la victime sacrificielle du moment. Pucci, entre autres choses, divise, c’est un euphémisme, également pour d’autres contenus qu’il adore publier sur les réseaux sociaux : des tsunamis de body shaming, des clins d’œil aux anti-vax (surtout à l’ère du Covid) et des « blagues » homophobes qui, trop souvent, oublient même le contexte. Ainsi que la blague. Mais on ne peut rien lui dire, sinon il déchaînera son armée contre les dissidents.
Carlo Conti, pourquoi nous détestes-tu ?
Face à un paysage aussi splendide, une seule question : Carlo Conti, pourquoi nous détestez-vous ? Sanremo est pour tout le monde, même pour ceux qui ne la suivent pas, la Semaine Sainte, la seule période de l’année où l’on parvient à se sentir vraiment patriotes. Pendant les cinq soirées, toute l’Italie s’arrête pour se réunir, voire pour commenter, des chansons, des co-animateurs et des co-animateurs, des indices et des faux pas inévitables qui, à maintes reprises, entrent dans l’histoire de la télévision, pour le meilleur ou pour le pire. Avec l’arrivée de la Triade sur le terrain, et surtout avec les partisans bellicistes et intransigeants qu’elle entraîne avec elle, le risque non négligeable est de gâcher le divertissement de tout spectateur de bonne ou moyenne volonté. Faudra-t-il organiser des rassemblements clandestins où, comme si nous étions des carbonari, nous rirons du Festival sans être entendus ? Jamais! Vous regardez Sanremo quand c’est bien mais surtout quand c’est mauvais : le regarder, comme vous le faites avec un ami que vous avez toujours aimé, c’est un droit constitutionnel sacré pour nous tous. Et y renoncer équivaudrait à perdre une grande partie du plaisir que nous méritons, au moins une fois par an. Ce n’est pas acceptable, ni même envisageable. Ici, on ne négocie pas, dirait M. Falsissimo.
La (mauvaise) pensée, en conclusion, ne peut être qu’une et une seule : Carlo Conti, devant organiser l’événement le plus important de notre télévision tout en comptant sur un panel de grands noms franchement discrets, a peut-être pensé à tout miser, sinon sur la musique, du moins sur la polémique. Pour que le Festival soit à la pointe des tendances de société et que les différents drames qui exploseront cinquante-quatre fois par soir finissent par profiter à l’Auditel et à la diffusion en général, y compris sur les réseaux sociaux. L’animatrice l’a déjà vu lors de la dernière édition de ‘Tale e Quale Show’, en embauchant l’ancienne gieffina Antonella Fiordelisi. Vénérés par un fandom d’amoureux obsédés et obsessionnels de l’odeur du napalm matin, après-midi, soir et nuit, ces Huns ont fait de X un champ de bataille éternel. Même si la jeune fille n’avait pas les cordes vocales d’un rossignol, personne ne pouvait se permettre de le faire remarquer, à l’exception de représailles cruelles et interminables en ligne. En interceptant cela, la jurée Alessia Marcuzzi s’était ainsi retrouvée à la table des talents, défendant Fiordelisi de toutes ses forces, même lorsque cela était vraiment impossible (VIDÉO), et lançant, en guise de proclamations, des piques absurdes : « Vous la critiquez uniquement parce qu’elle est belle et puis, en tant que femmes, tout commentaire négatif ne peut naître que de l’envie que vous ressentez pour elle ». Pendant ce temps, sur les réseaux sociaux, souligner les failles de ce système était un péché mortel, susceptible d’être poursuivi en justice et peut-être même emprisonné, à chaque minute de chaque épisode.
Nous ne méritons pas un Sanremo comme celui-ci. Pourtant, sur le papier, c’est exactement ce que nous aurons. Vive Carlo Conti ?