L’atroce histoire de la petite Béatrice est bien plus courante qu’on pourrait le penser
Béatrice, la petite fille de deux ans décédée le 9 février dernier à Bordighera (Imperia), pourrait avoir subi de graves abus physiques et psychologiques de la part de sa mère et de son compagnon, Manuel Iannuzzi, également arrêté. Les enquêteurs ont même retrouvé sur le téléphone portable de l’homme des photographies, prises immédiatement après les coups présumés, où Béatrice apparaît pleine de bleus. Dans une vidéo, les parents l’auraient également forcée à fumer, se moquant d’elle lorsque la petite fille se mettait à pleurer.
Une image plus courante que vous ne le pensez
Les deux autres filles de la femme, âgées respectivement de sept et neuf ans, auraient souvent également été témoins de tout cela. Un tableau dramatique qui a, à juste titre, indigné l’opinion publique, mais qui est malheureusement bien plus fréquent qu’on pourrait le penser. Selon l’enquête publiée en juin 2025 par l’Autorité garante de l’enfance et de l’adolescence, en collaboration avec Terre des Hommes et CISMAI, en Italie, il y a environ 100 000 mineurs pris en charge par les services sociaux pour avoir subi des mauvais traitements dans leur famille (sur près de 114 000 cas au total). Par rapport au précédent rapport de 2018, l’augmentation des cas était de +58% au niveau national. Derrière cette augmentation drastique, il y a certainement aussi une plus grande capacité des services locaux à intercepter les dynamiques abusives ; Pourtant, supposer que c’est le seul facteur serait trop optimiste.
Le malaise après le Covid
En fait, comme le soulignent également les chercheurs eux-mêmes, ces données reflètent une exacerbation inquiétante de la détresse familiale, exacerbée par l’effet à long terme du Covid-19, mais qui reflète aussi une détérioration générale de la santé socio-émotionnelle de notre société. L’un des facteurs de cette détérioration peut certainement être identifié dans la crise économique et du travail dont nous avons du mal à sortir. Selon les rapports de la Fondation CESVI, il existe en effet une corrélation directe entre l’augmentation de la précarité de l’emploi et l’explosion de la violence domestique, y compris celle contre les mineurs.
« Violences assistées »
Cependant, le problème n’est pas seulement lié aux abus directs, mais réside également dans ce qu’on appelle la « violence assistée », c’est-à-dire lorsque les garçons et les filles sont obligés de vivre dans un environnement plein de conflits entre les adultes dont ils s’occupent. La abondante littérature scientifique sur ce sujet s’accorde pour considérer cette forme de violence comme extrêmement dangereuse pour la santé mentale des mineurs, au même titre que la violence directe. Aussi parce que la violence psychologique, qui inclut la violence observée, est beaucoup plus difficile à intercepter et à prouver que la violence physique, qui laisse des traces tangibles sur le corps.
Solitude
Derrière la maltraitance des mineurs au sein de la famille peut donc se cacher une image de solitude, de peur, voire de dépression, mais cela ne doit pas conduire à minimiser les fautes des parents, ni même à penser que le phénomène de violence contre les enfants est exclusivement le reflet d’une crise sociale et professionnelle. Parfois, comme cela semble être le cas dans le cas de Béatrice, nous pouvons simplement nous retrouver face à des parents sadiques ou sociopathes, qui aiment infliger de la douleur ou qui se révèlent totalement et pathologiquement incapables de reconnaître et de sympathiser avec la souffrance des autres, y compris celle de leurs propres enfants. C’est pourquoi il est nécessaire de sensibiliser et de former la société et les adultes, en particulier les pédiatres et les enseignants, à reconnaître précocement les signes « invisibles » de la violence psychologique.