La « théorie » d’Avi Loeb.

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

L’astrophysicien Avi Loeb a mis en évidence une nouvelle coïncidence de comète 3I/ATLASle troisième objet interstellaire découvert dans notre système solaire. Et encore une fois, malheureusement, il l’utilise pour réitérer son hypothèse selon laquelle il pourrait s’agir d’un artefact extraterrestre.

La coïncidence est la suivante : le 16 mars 2026 la comète atteindra sa plus grande proximité avec Jupiter à une distance d’environ 53,5 millions de kilomètres de la géante gazeuse. Quelle est la particularité de cette distance ? Elle est sensiblement identique à ce que sera la valeur du soi-disant à cette date Rayon de colline de Jupiter, c’est-à-dire le rayon dans lequel leinfluence gravitationnelle de la planète dépasse celle du Soleil. En pratique, selon Loeb, cette coïncidence laisserait penser que cette distance minimale est en quelque sorte souhaitée par quelqu’un qui, avec une manœuvre précise, aurait « envoyé » 3I/ATLAS dans le système solaire, afin de lâcher des sondes pour étudier la planète.

Loeb soutient que cette coïncidence est rendue possible par le fait que la comète a montré, près de son point de proximité maximale avec le Soleil, une accélération non gravitationnelle ce qui – selon l’astrophysicien de Harvard – aurait eu la valeur exacte pour permettre d’atteindre avec précision le rayon de Hill de Jupiter.

Pourquoi ce raisonnement échoue-t-il ? Tout simplement parce que si on veut parler réglage fin (c’est-à-dire une régulation précise) de l’accélération non gravitationnelle, il faudrait au moins connaître précisément la valeur de cette accélération. Mais nous ne connaissons pas précisément cette valeur.

Dans son discours sur MoyenLoeb utilise la valeur de pour l’accélération 5 · 10–7 unités astronomiques par jour carré, en indiquant comme source la base de données sur les petits corps du Jet Propulsion Laboratory de la NASA. Cette valeur n’est cependant pas claire, car elle ne correspond pas aux données fournies par le JPL lui-même. En faisant les calculs, l’accélération non gravitationnelle totale est en fait inférieure d’un ordre de grandeur (8.22 · 10–8 unités astronomiques par jour carré). La valeur 5 · 10–7 apparaît (mais en mètres par seconde carrée) dans une étude récemment publiée sur arXiv. Étude qui, incidemment, affirmait que l’accélération non gravitationnelle de 3I/ATLAS s’explique entièrement par sa perte de matières volatilesréfutant ainsi l’hypothèse selon laquelle la comète accélérait grâce à l’action de présumés propulseurs. Entre autres choses, près du Soleil, la comète a montré plusieurs jets dirigés simultanément dans différentes directions, et il n’est absolument pas clair comment ce comportement pourrait être un moyen efficace pour un supposé vaisseau spatial de modifier de manière ultraprécise sa trajectoire.

On se souvient également – comme le rapporte le JPL – que les estimations de l’accélération non gravitationnelle existent toujours des marges d’incertitude considérablesau dessus de 30% : bref, nous n’avons pas de chiffres assez précis pour pouvoir en parler réglage fin.

On peut alors dire que, quelle que soit cette valeur, elle rend en tout cas possible la coïncidence entre la distance minimale de Jupiter et le rayon de colline de Jupiter à cette date. Mais c’est de cela qu’il s’agit : un coïncidence. Ce qui vient non seulement de l’accélération non gravitationnelle, qui est extrêmement faible, mais surtout de celle gravitationnel – et les technologies extraterrestres n’ont rien à voir avec cela – et depuis la trajectoire d’entrée de 3I/ATLAS dans le système solaire. Bref, une coïncidence très intéressante mais il n’y a pas de marge, pour le moment, pour l’interpréter comme le souhaiterait Loeb.