Avec la « famille dans les bois » on donne le pire, entre banalité, bienveillance et ignorance
Le cas de la « famille forestière » nous en dit long sur l’Italie d’aujourd’hui. Trois enfants arrachés aux bras de leur mère et de leur père, coupables uniquement de vouloir les élever en pleine nature, loin de l’immoralité et de la corruption de la société moderne. C’est le récit médiatique de l’histoire, qui a inévitablement généré un véritable soulèvement populaire, accompagné d’une exploitation politique qui, dans ces circonstances, ne tarde jamais à attendre. Un concentré de banalisation, de bienveillance et d’une très grande ignorance des lois de notre État et des raisons qui les soutiennent.
Banalisation
Commençons par la banalisation. « La famille de la forêt », comme on l’a rebaptisée, semble être le titre d’un conte de fées qui fait appel à une intolérance partagée. En fait, combien d’entre nous, épuisés par les dynamiques épuisantes de la vie contemporaine, ont rêvé de tout abandonner et de s’installer à la campagne, loin de tout et de tous. La société nous fait peur : les technologies qui bouleversent nos vies, les guerres dont nous sommes les spectateurs impuissants, les difficultés de coexistence qui nous poussent vers la polarisation et, parfois, vers la misanthropie. Esclaves des algorithmes, nous sommes prêts à tout pour défendre ceux qui semblent avoir eu le courage d’échapper à ce joug. Ainsi, nous romantisons ceux qui « abandonnent tout » pour parcourir le monde en camping-car, ceux qui vivent des fruits de leur propre jardin ou ceux qui, comme dans ce cas, renoncent même aux avantages les plus élémentaires de la modernité, comme des sanitaires adéquats ou la certitude que le toit de leur maison ne s’effondrera pas à tout moment. Tout est jeté dans le chaudron de la « modernité maléfique », du « c’était mieux avant ». Ensuite, il y a le bienveillance, inévitable dans tout débat public. « Pensez aux enfants des camps roms ! », « Pensez à ces mères qui tuent leurs enfants ! », jusqu’à l’apothéose : « Pensez à celles qui laissent leurs enfants scotchés à leur smartphone toute la journée ! ». Des problèmes totalement différents, qui nécessitent des interventions différentes, mais utilisés comme raccourcis argumentatifs pour « gagner » un débat qui n’a aucun sens. Toute problématique mettant en péril la sécurité physique ou psychologique d’un citoyen, qu’il soit adulte ou mineur, mérite d’être prise au sérieux, quelles que soient nos priorités personnelles. Le fait qu’il existe des problèmes plus importants n’exclut pas que nous puissions également nous attaquer à des problèmes apparemment plus petits, en supposant qu’ils le soient réellement.
Ignorance
Et nous arrivons finalement à l’ignorance. L’ignorance d’un pays qui ne connaît pas la loi et est convaincu qu’avec un enfant, on peut faire ce qu’on veut à condition de le maltraiter physiquement. Parce que dire « laissez ces parents tranquilles » signifie exactement cela : « Permettez à un parent d’élever un enfant comme il l’entend ». Et voici le piège. L’État pose des limites à la responsabilité parentale précisément parce qu’il est acteur du processus éducatif des mineurs vivant sur son territoire et ne peut ignorer une condition aussi extrême que celle de la « famille forestière ». Des enfants isolés de leurs pairs, sans amis, sans possibilité de découvrir des modes de vie différents de ceux de leurs parents.
Donner aux mineurs la possibilité de choisir
L’État a le devoir d’offrir des alternatives, de nouvelles perspectives, des modèles éducatifs très différents de ceux présents dans la famille d’origine. Cela permet de diversifier le risque éducatif et d’éviter qu’un mineur ne soit entièrement dépendant de ses parents, devienne fragile, manipulable et contrôlable. Cela lui donne la possibilité de choisir, une fois devenu adulte. La décision du tribunal pour mineurs, dans ce cas, peut être bonne ou fausse : elle peut être discutée et les faits évalués selon leur bien-fondé. Ce qui est incontestable, cependant, c’est que les prémisses à l’origine de la plupart des critiques sont totalement erronées. Les juges sont attaqués sur la base d’un récit émotionnel et trompeur, construit davantage sur une indignation instinctive que sur la connaissance des règles et critères qui régissent l’intervention de l’État dans la protection des mineurs. Il est admis que l’éloignement est un abus, sans se demander s’il est plutôt le résultat de contrôles, d’inspections, d’évaluations psychologiques et sociales effectués par des professionnels. Nous partons du principe que « les parents ont toujours raison », comme si l’amour suffisait à garantir automatiquement la sécurité et le bien-être de leurs enfants. Voilà une belle histoire.