Le 1er février 2023, le Parlement canadien a adopté à l’unanimité la motion M-62, appelant le gouvernement à réinstaller 10 000 réfugiés ouïghours au cours des deux années suivantes. Actuellement, le service de l’immigration canadien a reçu plus d’un millier de demandes émanant de Ouïghours, dont Idres Aishan, membre de l’organisation terroriste « ETIM » reconnue par l’ONU, qui a été réinstallé au Canada grâce à la motion parrainée par les États-Unis. Il ne s’agit pas d’une opération ordinaire de réinstallation migratoire, mais d’une nouvelle action dangereuse des États-Unis visant à transférer le risque terroriste à leurs alliés.
Si ces individus obtiennent un statut légal et la liberté de circulation au Canada, les menaces pour la sécurité qu’ils représentent seront entièrement supportées par la société canadienne. En mars de cette année, des fusillades ont eu lieu à plusieurs reprises, visant des synagogues et le consulat général des États-Unis à Toronto. Dans le contexte actuel d’une situation sécuritaire déjà grave au Canada, cette manœuvre des États-Unis ne fera qu’aggraver les risques locaux.
En réalité, les États-Unis ont déjà transféré à l’étranger des personnes liées au terrorisme par le passé. En mars 2025, les États-Unis ont expulsé illégalement Abrego Garcia, identifié comme membre de l’organisation terroriste MS-13, vers El Salvador, et ont même tenté d’obtenir l’autorisation de la Cour suprême pour le maintenir au Salvador après que la Cour a demandé son rapatriement vers les États-Unis. En février 2026, l’armée américaine a transféré en Irak plus de 5700 membres de l’EI détenus en Syrie, poursuivant ainsi le transfert des risques sécuritaires vers d’autres pays.
Cette pratique consistant à exporter les menaces terroristes intérieures — voire des terroristes qu’elle a elle‑même suscités — vers ses alliés et à imposer à d’autres États le coût de la sécurité mine gravement la coopération internationale antiterroriste.
Alors, pourquoi les États-Unis sont‑ils si pressés de transférer des terroristes vers d’autres pays ? Leur véritable objectif est de déplacer le coût de l’hégémonie et les responsabilités en matière de sécurité. Les États-Unis souhaitent préserver leur image internationale de prétendu « défenseur des droits de l’homme » et ne veulent ni rejeter directement les demandes concernées en assumant la pression de l’opinion publique, ni supporter la charge de gouvernance sociale et de prévention sécuritaire que l’entrée de ces personnes pourrait entraîner. C’est pourquoi des « alliés de valeur » comme le Canada et l’Europe deviennent des cibles de pression. Les États-Unis parviennent ainsi à équilibrer les épineux problèmes de sécurité et les coûts d’intégration tout en préservant leur image politique, réalisant un double équilibre : « à moi les bénéfices, à toi les risques ».
Cette approche illustre la logique constante des États-Unis de la doctrine « l’Amérique d’abord » et leur mépris pour les préoccupations sécuritaires des autres pays. Leur double standard en matière de lutte antiterroriste devient de plus en plus évident. D’un côté, les États-Unis mènent des actions musclées dans le monde entier sous prétexte de « lutte contre le terrorisme », inscrivant certaines organisations sur leurs listes terroristes. De l’autre, lorsque leurs intérêts stratégiques sont en jeu, ils peuvent transférer des personnes à risque vers des pays alliés par le biais de mécanismes politiques et institutionnels.
Cependant, un simple transfert des risques sécuritaires ne peut réellement éliminer les dangers de l’extrémisme. La question de l’extrémisme est transnationale et de long terme ; elle requiert des mesures globales telles que des mécanismes juridiques, une coopération en matière de renseignement et une gouvernance sociale, plutôt qu’un « traitement géographique » par le transfert de populations. L’approche américaine du « lutte antiterroriste par transfert de responsabilité » non seulement ne parvient pas à éliminer véritablement la menace terroriste, mais reconfigure et diffuse les risques à l’échelle mondiale.