Je vais vous parler des « gens intelligents » dans le domaine de la santé qui allongent les listes d’attente
L’Organisation Mondiale de la Santé le dit clairement : la fraude, les abus et la corruption ne sont pas de simples anomalies bureaucratiques, mais des phénomènes qui impactent la pérennité des systèmes de santé. En Italie, l’intersection entre un volume financier massif et une complexité structurelle fait du système national de santé un terrain exposé à l’illégalité, à l’inefficacité et aux zones grises éthiques. Les dépenses publiques annuelles de santé dépassent 140 milliards d’euros : une masse financière énorme, qui nécessite des contrôles efficaces et de la transparence.
« Précisément parce que le monde de la santé est si essentiel et lié à la vie des gens, lorsque la corruption se produit dans ce secteur, elle fait plus de mal : elle porte atteinte aux droits fondamentaux, porte atteinte au principe d’égalité et surtout provoque le gaspillage de ressources toujours rares par rapport aux besoins », a déclaré Giuseppe Busia, président de l’Autorité Nationale Anti-Corruption, lors de l’événement « Fraude et abus dans le domaine de la santé », organisé par la Fondation Gimbe.
La récente aggravation des indices de perception de la corruption dans notre pays tire la sonnette d’alarme qui ne peut être ignorée par les hommes politiques et les institutions. C’est dans ce scénario que s’insèrent le protocole d’accord et la discussion stratégique entre l’Anac et la Fondation Gimbe. L’objectif est de tracer une taxonomie scientifique de la fraude et des abus, de cartographier les risques et de structurer des défenses plus efficaces pour protéger le bien public le plus précieux : la santé.
Le virus qui afflige les soins de santé
- La gestion des soins de santé est répartie entre les Régions et les ASL locales. Cette fragmentation fait des contrôles un véritable cauchemar.
- Il existe un abîme de connaissances entre ceux qui achètent les machines, ceux qui décident des traitements et le citoyen ordinaire. Ceux qui doivent vérifier ne disposent souvent pas des outils techniques nécessaires pour le faire.
- Ceux qui gèrent les budgets des médicaments ou des achats disposent d’un immense pouvoir de décision.
- Il existe souvent une tolérance dangereuse à l’égard des petits abus quotidiens, accompagnée du silence de ceux qui préfèrent détourner le regard.
- Les grandes entreprises et les groupes de pression s’efforcent d’orienter les choix en matière de soins de santé vers des intérêts privés plutôt que publics.
Facteurs de vulnérabilité
Comme le souligne l’analyse de la Fondation Gimbe, les raisons pour lesquelles les soins de santé sont structurellement exposés aux phénomènes de corruption et aux conflits d’intérêts résident dans certaines caractéristiques organisationnelles et contextuelles.
Le premier est la fragmentation du système : la responsabilité de gestion répartie sur une base régionale et locale rend les contrôles uniformes plus complexes. La seconde est l’asymétrie de l’information, c’est-à-dire la disparité des connaissances entre ceux qui fournissent des services, ceux qui produisent des technologies et ceux qui doivent gouverner ou recevoir des soins. À cela s’ajoute la grande discrétion décisionnelle qui caractérise les choix cliniques, d’achat et réglementaires.
Ensuite, il y a la normalisation sociale des petits abus quotidiens, souvent accompagnée du silence de ceux qui devraient les dénoncer, et les pressions politiques et commerciales, qui peuvent fausser la gouvernance du système en faveur des intérêts privés.
De la logique punitive à la prévention
L’approche du phénomène a évolué au fil du temps. Avant les années 1980, la corruption était souvent réduite à un problème de non-respect des règles, à traiter avant tout par des sanctions pénales. Dans les années 2000, un changement de paradigme s’opère cependant : aujourd’hui, la corruption est reconnue comme une pathologie systémique liée au contexte.
La pandémie a ensuite mis en lumière les fragilités de la gouvernance mondiale, démontrant que la seule stratégie durable ne peut pas être une seule intervention ex post. Nous avons besoin d’une culture de prévention, basée sur la transparence, la traçabilité et des contrôles rapides.
Les catégories de risques
Le travail de la Fondation Gimbe a identifié 65 types de fraude et d’abus : des délits criminels aux infractions administratives, en passant par des comportements éthiquement répréhensibles mais pas toujours formellement illégaux. Il ne s’agit pas de rechercher chaque écart, mais de comprendre son impact global. Même des phénomènes ayant un faible impact économique, s’ils sont très fréquents, peuvent éroder le système autant que de grands scandales isolés.
Le risque de corruption et de mauvaise gestion peut s’infiltrer à tous les niveaux du système de santé. Cela commence aux plus hauts niveaux de gouvernance et de réglementation, où des lobbies agressifs peuvent influencer les politiques de santé publique ou les processus d’approbation et de remboursement des médicaments. Cela se poursuit dans la recherche clinique et le marketing, où des fonds mal gérés, des données falsifiées et des conflits d’intérêts peuvent fausser la production scientifique et la formation professionnelle.
Sur le plan opérationnel, les zones d’ombre concernent la gestion économique et logistique : appels d’offres truqués, anomalies dans les entrepôts, budgets flous. Enfin, la dégradation éthique peut s’étendre aux relations directes avec les citoyens et le personnel soignant : recrutement sur recommandation, manipulation des listes d’attente, utilisation inappropriée de l’activité privée à l’hôpital et falsification de documents cliniques pour obtenir des remboursements plus élevés.
L’impact sur les citoyens
Les conséquences de ces comportements ne se mesurent pas uniquement en euros soustraits aux caisses publiques. Les estimations diffusées parlent de 7 milliards par an, mais les experts eux-mêmes invitent à considérer ces chiffres comme un ordre de grandeur, et non comme une mesure précise. Les dommages les plus graves concernent la qualité des soins, l’équité d’accès et la confiance des citoyens.
L’impact est divisé en quatre directions. Le premier concerne la santé publique : la fraude et les abus peuvent réduire la qualité des soins, favoriser des produits ou des services inadéquats et accroître les délais et les inégalités. Le deuxième concerne les finances publiques : l’érosion des ressources prive le système des fonds nécessaires à l’innovation, du personnel et des niveaux d’assistance essentiels.
La troisième ligne directrice est l’équité d’accès. Des listes d’attente manipulées et des raccourcis inappropriés poussent les citoyens vers le secteur privé ou vers l’abandon de soins, creusant ainsi les inégalités sociales. Le quatrième est la confiance dans les institutions : lorsque le pacte de soins est trahi, la relation entre les citoyens, les professionnels de santé et l’État se rompt.
Les outils du changement
La réponse institutionnelle ne peut pas être uniquement répressive. Elle doit s’appuyer sur des outils de gestion avancés, des contrôles intégrés et une plus grande capacité de prévention. La centralisation des achats et le renforcement des plateformes numériques peuvent accroître la transparence des appels d’offres et garantir un marché plus ouvert et contrôlable.
Parallèlement, la protection des lanceurs d’alerte – le signalement de délits, de fraudes ou d’irrégularités par des employés, collaborateurs ou fournisseurs – reste un outil essentiel pour briser le silence au sein des établissements de santé et protéger ceux qui choisissent la voie de l’intégrité.
Le défi lancé par Anac et Gimbe nous rappelle que défendre le Service National de Santé contre la fraude signifie défendre la démocratie, l’équité et le droit constitutionnel à la santé. L’heure n’est plus aux ajournements : la transparence doit devenir la première thérapie structurelle de notre NHS.