Comment la Bulgarie et la Roumanie veulent protéger les raffineries russes des sanctions internationales

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Les sanctions imposées par l’administration Trump contre les géants pétroliers russes Rosneft et Lukoil créent des problèmes non seulement à Moscou, mais aussi à plusieurs centrales énergétiques européennes en contact ou avec la participation des géants russes. Avant l’entrée en vigueur des sanctions le 21 novembre, la Roumanie et la Bulgarie prennent des mesures pour éviter la fermeture des raffineries de pétrole des deux principales sociétés russes. Bucarest et Sofia mettent en place des mécanismes juridiques pour transférer temporairement les activités sous le contrôle d’entités nationales.

Les craintes de la Bulgarie face aux sanctions de Trump

Commençons par la Bulgarie, où la situation est techniquement complexe. Le pays a cessé d’importer du pétrole brut russe en mars 2024, se tournant vers des sources alternatives. L’unique raffinerie du pays, Lukoil Neftochim Burgas, et le détaillant Lukoil Bulgarie tombent cependant directement sous le coup des sanctions imposées par Trump. Dans l’usine de Bourgas, la plus grande des Balkans, 190 000 barils sont raffinés chaque jour, grâce à un réseau de plus de 200 stations-service et infrastructures logistiques dans tout le pays. Les autorités bulgares ont adopté une série de mesures préventives pour faire face aux éventuelles conséquences des sanctions américaines contre Lukoil.

Le gouvernement de Sofia a veillé à ce que l’approvisionnement en carburant reste garanti jusqu’à la fin de l’année et a introduit des modifications législatives exigeant l’approbation de l’État pour la vente des actifs de l’entreprise russe dans le pays. Une éventuelle fermeture de la raffinerie de Bourgas, qui couvre environ 80 pour cent des besoins nationaux en carburant, aurait des conséquences importantes pour l’économie bulgare. Les sanctions représentent en effet un risque pour la continuité opérationnelle de la centrale et pour la stabilité du marché intérieur de l’énergie, malgré les assurances du gouvernement sur le maintien des approvisionnements.

Mesures juridiques de Sofia : achat et vente d’actions de raffinerie

C’est dans cette perspective qu’il faut lire les récentes mesures prises par Sofia, notamment la loi qui permet au gouvernement de nommer la direction de la raffinerie de Bourgas. Selon la chaîne de télévision bulgare Mediapool, cette mesure prive les actionnaires de l’entreprise de leurs droits de vote et de disposition, permettant ainsi à l’administrateur nommé par l’État d’approuver ou même de vendre des actions dans la plus grande raffinerie du pays. Il s’agit de la deuxième loi d’urgence adoptée en sept semaines pour faire face à la crise des raffineries, qui s’est aggravée après les sanctions américaines contre la société russe Lukoil dans le contexte de la guerre en Ukraine. En octobre dernier, la Bulgarie avait suspendu ses exportations de produits pétroliers raffinés, dont le diesel. Selon Martin Vladimirov, directeur de l’énergie et du climat au Centre d’étude de la démocratie, basé en Bulgarie, la nomination d’un directeur spécial pour prendre temporairement le contrôle opérationnel des activités de Lukoil en Bulgarie « garantirait la sécurité énergétique, éviterait une crise d’approvisionnement et atténuerait de manière proactive le risque de sanctions futures ou secondaires ».

Enfin, parmi les options étudiées par la Roumanie, il y a aussi la possibilité d’une nationalisation complète de l’usine. Avant d’adopter ces mesures techniquement compliquées, Sofia réfléchit à la possibilité de demander une exemption des sanctions.

La Roumanie veut alléger les sanctions

La situation de la Roumanie est très différente : comme son voisin, elle veut d’abord suivre la voie d’une demande d’assouplissement des sanctions. Toutefois, la Roumanie, où se trouve la raffinerie Petrotel de Lukoil, n’a pas encore pris de décision formelle. La nationalisation est considérée comme une « dernière option » à Bucarest. Le ministre roumain de l’Energie, Ivan Bogdan-Gruia, a déclaré que son pays était prêt à faire face à plusieurs scénarios, notamment la gestion opérationnelle de la raffinerie pour sécuriser les achats de pétrole russe.

Le plan du gouvernement de Bucarest visera à préserver « l’activité économique de la Roumanie, mais en même temps à cesser de financer la Fédération de Russie », a ajouté le ministre. L’usine roumaine couvre environ 20 pour cent des besoins nationaux en carburant et sa fermeture éventuelle pourrait entraîner de légères hausses de prix. Outre l’impact interne, un éventuel blocus de la raffinerie en Roumanie risquerait de compromettre les exportations vers la Moldavie voisine, avec d’éventuelles répercussions sur le marché régional.