L’étiquette énergétique obligatoire arrivera sur les centres de données de l’UE à partir de 2027 pour lire la consommation

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Bruxelles met les centres de données sous observation avec le Data Center Energy Efficiency Package, l’ensemble de règles avec lequel la Commission européenne veut quantifier l’empreinte environnementale des infrastructures numériques des pays membresen surveillant notamment leur consommation d’électricité et d’eau. Les nouvelles dispositions s’appliquent aux systèmes d’une puissance supérieure à 500 kW, tandis que les premières étiquettes apparaîtront en 2027.

Chaque recherche sur le web, chaque vidéo diffusée en streaming, chaque question posée à un chatbot passe par un data center, un bâtiment industriel qui rassemble des milliers de serveurs fonctionnant sans interruptionjour et nuit, pour traiter les données. Il s’agit d’un travail qui absorbe de grandes quantités d’électricité et produit autant de chaleur, qui est évacuée par des systèmes de refroidissement eux-mêmes énergivores et alimentés à l’eau.

Google a tenté de quantifier le poids de tout cela il y a environ un an, avec un rapport technique dédié à la consommation et aux émissions d’une invite texte médiane de Gemini. Selon le document, une demande de texte typique (c’est-à-dire médiane en termes d’énergie) consommait 0,24 wattheure (Wh), générait 0,03 gramme d’équivalent dioxyde de carbone (CO2e) et nécessitait 0,26 millilitre d’eau.

Consommation des centres de données dans l’UE

De minuscules chiffres, pris individuellement et multipliés par des milliards de demandes, racontent une histoire différente. Un rapport publié par l’Agence internationale de l’énergie met noir sur blanc comment des outils comme ChatGPT absorbent des quantités croissantes d’électricité et d’eau, tant dans la phase de formation du modèle que dans son utilisation quotidienne. Derrière chaque réponse générée se cachent des centres de données et des infrastructures informatiques extrêmement complexes, dont la demande en énergie, selon les estimations, est destinée à doubler d’ici 2030.: En effet, en 2024, la consommation électrique des centres de données de l’UE s’élevait à 68 TWh et devrait atteindre 114 TWh d’ici 2030, soit 3,2 % de la demande électrique de l’Union. C’est précisément cette trajectoire qui rend urgente l’adoption de critères de mesure partagés et fiables, capables d’orienter le développement des modèles vers une efficacité maximale et de contenir leur charge sur l’environnement.

La Commission européenne s’oriente dans cette direction, en présentant récemment une proposition ayant pour objectif précis de introduire un système d’étiquette énergétique spécifique pour les centres de données. Un projet qui arrive au moment où l’Union a mis en œuvre une stratégie ambitieuse pour jouer un rôle de premier plan dans la course à l’intelligence artificielle, visant à faire de l’Europe une référence mondiale dans le secteur. D’où le choix de se concentrer sur la création d’au moins 19 usines d’IA, réparties dans toute l’Europe, cinq gigafactories conçues pour entraîner des modèles complexes et tripler la capacité des centres de données européens sur cinq à sept ans, en privilégiant les structures durables.

La proposition de la Commission européenne pour 2027

Dans ce cadre, l’étiquette énergétique prend une signification très particulière car elle devient un moyen de rendre transparente l’utilisation des ressources en eau et en énergie et en même temps faciliter l’intégration de ces infrastructures dans le réseau électrique européen. La première étape, décidée le 21 septembre par la Commission européenne, consiste à créer un label commun indiquant l’efficacité d’une structure et la quantité d’eau qu’elle utilise, en valorisant ceux qui offrent de la flexibilité au système ou récupèrent la chaleur produite. Le format suit celui déjà familier pour les appareils électroménagers c’est-à-dire deux échelles colorées du vert au rouge, une pour le PUE et une pour le WUE, chacune divisée en sept classes, un bulletin scolaire de A à G.

Le règlement délégué adopté par la Commission établit un système de classification pour les centres de données d’une puissance installée supérieure à 500 kW, les mêmes installations déjà soumises aux obligations de déclaration en vertu de la directive sur l’efficacité énergétique, les sites plus petits pouvant y adhérer sur une base volontaire. Les étiquettes seront des documents électroniques, générés automatiquement à partir des données téléchargées dans la base de données du centre de données européen, et équipés d’un code QR reliant au profil complet de l’installation. Le premier cycle est attendu d’ici le 15 août 2027, valable un an, une révision du mécanisme est attendue d’ici fin 2028 puis tous les trois ans.

Comment fonctionne l’étiquette énergétique des centres de données : classes A à G

La lecture est ce à quoi nous sommes habitués depuis des années avec les réfrigérateurs et les machines à laver. La classe A, en vert, marque les structures les plus vertueuses, la classe G, en rouge, celles les plus consommatrices.. Sur le plan énergétique, l’annexe technique du règlement attribue la classe A aux datacenters ayant un PUE égal ou inférieur à 1,15, puis descend en classe B jusqu’à 1,25, C jusqu’à 1,35, D jusqu’à 1,5, E jusqu’à 1,7, F jusqu’à 1,9, tandis qu’au-delà de cette valeur la classe G est déclenchée. Sur le front de mer, l’échelle indique que pour A un WUE de 0,1 maximum est requis, B atteint 0,2, C à 0,4, D à 0,6, E à 0,8, F à 1, et ceux qui dépassent également ce dernier seuil finissent en classe G.

La mesure est basée sur le premier rapport technique commandé par la Direction générale de l’énergie à EY, Borderstep Institute et AIT, qui a passé au crible les données du premier cycle de rapport. 770 centres de données ont répondu, soit environ 36 % de ceux estimés dans l’Union. L’évaluation de l’efficacité énergétique et de la durabilité est basée sur le calcul de quatre paramètresà savoir l’efficacité de l’utilisation de l’énergie (PUE), l’efficacité de l’utilisation de l’eau (WUE), le facteur de réutilisation de l’énergie (ERF) et le facteur d’énergie renouvelable (REF).

En matière d’efficacité énergétique, le tableau est discret. Le PUE, rapport entre l’énergie totale absorbée par un site et l’énergie qui aboutit réellement sur les serveurs, s’élève à 1,36 en Europe, avec des fluctuations nationales entre 1,15 et 1,66. L’Italie enregistre 1,46, au-dessus de la moyenne, mais en dessous du seuil de 1,5 au-delà duquel, écrit le rapport, les valeurs révèlent une marge d’amélioration. L’étude note également que l’efficacité augmente avec la taille, car les grandes installations sont souvent plus jeunes, gérées de manière plus professionnelle et bénéficient d’économies d’échelle.

Les prochaines étapes

Le chapitre de l’eau est celui dans lequel notre pays lutte le plus. Le WUE, qui mesure les mètres cubes d’eau consommés pour chaque mégawattheure d’énergie informatique, a une moyenne européenne de 0,58 avec une fourchette comprise entre 0,07 et 1,28. L’Italie se situe à 0,70, la deuxième valeur la plus élevée parmi les grands pays après la Belgique et loin du seuil de référence de 0,4 indiqué par le Climate Neutral Data Center Pact.. Le rapport rappelle que la consommation d’eau dépend avant tout de la technologie de refroidissement adoptée et que les systèmes évaporatifs pèsent bien plus lourd que les systèmes à air ou à liquide direct.

Le règlement sera examiné par le Parlement européen et le Conseil qui auront deux mois pour formuler des objections avant d’entrer en vigueur. La Commission a ouvert une consultation publique, prévue jusqu’au 14 décembre, établir les seuils minimaux de performance que l’ensemble du secteur devra respecter.