L’Europe lance le plan de 2 000 milliards (mais l’Italie risque d’être touchée) : ce qui se cache derrière la fureur de Meloni

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Nous sommes entrés dans la phase décisive de la mise sur papier du nouveau budget de l’Union européenne. Sur la table se trouve le cadre financier pluriannuel 2028-2034, le cadre qui établira combien de ressources l’Union pourra dépenser et pour quelles priorités au cours des sept prochaines années. La Commission a proposé un budget de près de 2 000 milliards : désormais le texte est entre les mains des Etats, il faut l’unanimité au Conseil puis l’approbation du Parlement européen. La ratification par les parlements nationaux sera également nécessaire pour les nouveaux revenus, mais avant d’en arriver là, le débat est devenu houleux.

Quel est le problème pour l’Italie et pourquoi Meloni critique les « réductions »

Le chapitre le plus lourd est constitué des 865 milliards de plans de partenariat nationaux et régionaux, dans lesquels Bruxelles veut concentrer la cohésion, l’agriculture, la pêche, les politiques sociales, la migration et la sécurité intérieure. C’est là que se joue le jeu italien : Rome veut éviter que la nouvelle architecture ne réduise le poids des politiques territoriales et agricoles et ne limite le rôle de l’État et des Régions.

« Nous sommes prêts à investir dans la compétitivité et la défense, mais cela ne peut se faire au détriment de la PAC, de la pêche ou de la cohésion », a déclaré Giorgia Meloni. La Commission promet des garanties pour les régions les moins développées, mais seize pays, dont l’Italie, contestent que la cohésion, la PAC et la pêche soient les seuls postes « en réelle réduction ». Le ministre Tommaso Foti a qualifié d' »inacceptable » une éventuelle réduction de ces zones.

Il y a ensuite le système de rabais, qualifié d’« anachronique » par Meloni. La « menace » est que l’Italie – en tant que troisième contributeur net à l’Union – « demande à bénéficier du même privilège ». Le Premier ministre fait référence aux « rebates », c’est-à-dire aux réductions accordées à certains États membres sur les contributions que chacun d’eux doit verser au budget de l’UE.

En 2024, selon les dernières données disponibles de la Commission, l’Italie a versé 15,7 milliards de contributions nationales au budget de l’UE, et en incluant les droits de douane collectés pour l’Union, le total des ressources propres attribuées à Rome s’élève à environ 18 milliards. La même année, les dépenses de l’UE allouées à l’Italie se sont élevées à 13,3 milliards. L’Italie reste donc un contributeur net, même si le bilan ne mesure pas les bénéfices indirects du marché unique et des programmes communs.

Comment dépenserons-nous les milliards du budget de l’UE : la proposition

Environ 409 milliards seraient consacrés à la compétitivité, à la recherche et à l’innovation, le nouveau Fonds européen de compétitivité et Horizon Europe étant porté à 175 milliards. La défense et l’espace s’élèveraient à 131 milliards. 34 milliards seraient consacrés à la migration, aux frontières et à la sécurité intérieure. Pour l’action extérieure, l’Europe mondiale vaudrait 200 milliards, avec jusqu’à 100 milliards pour l’Ukraine. Des fonds restent disponibles pour Erasmus, la culture, les médias, la démocratie et la justice.

Les frictions sont évidentes. Les pays les plus rigoristes et l’Allemagne demandent de contenir les dépenses et de rejeter une nouvelle dette commune permanente. Le Parlement européen plaide plutôt en faveur d’un budget plus élevé, à 1,38 % du revenu national brut, et de nouvelles ressources propres. La Commission propose des revenus provenant du SEQE, des déchets électroniques, du tabac et des grandes entreprises. La question est de savoir qui paiera le remboursement de NextGenerationEU sans comprimer la cohésion et l’agriculture. La confrontation s’annonce tendue, en attendant ce que l’on appelle la « boîte de négociation » ou « nego-box », le texte de négociation qui précisera les chiffres et les domaines de dépenses.