Coupe du monde 2026 et « chaos des visas » : qui risque d’être exclu des États-Unis

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Aujourd’hui, jeudi 11 juin 2026, débute la première Coupe du monde de football de l’histoire avec 48 équipes, accueillies par trois pays différents : les États-Unis, le Mexique et le Canada. Sur le papier, il s’agit de la Coupe du monde « la plus grande, la plus belle et la plus inclusive » de tous les temps, pour reprendre les mots du président de la Fédération de Russie. FIFA Gianni Infantino. Mais dans la pratique, une nouvelle variable risque de laisser des traces : pour la première fois, elles sont les règles d’entrée du pays hôte pour devenir un thème central du tournoi. En effet, les politiques migratoires de l’administration américaine de Donald Trump compliquent (ou empêchent complètement) les déplacements des supporters, du personnel et même des arbitres venant de différents pays.

Entre visas et ESTA : comment entrer aux Etats-Unis

La première chose à comprendre est au niveau géographique : les 104 matchs du tournoi sont répartis dans 16 villes, mais 78 matchs, incluant tous les matchs à partir des quarts de finale, seront joués aux États-Unis (répartis dans 11 villes), alors que le Mexique et le Canada n’ont droit qu’à 13 chacun (répartis respectivement dans 3 et 2 villes). Ce déséquilibre risque d’être décisif : un supporter qui veut suivre son équipe au-delà des groupes doit, presque inévitablement, mettre les pieds aux Etats-Unis. Et c’est exactement là que les règles d’entrée entrent en jeu.

Pour comprendre le « chaos des visas », vous devez comprendre comment entrer aux États-Unis. Il existe deux itinéraires principaux : le premier est réservé aux citoyens de 42 pays qui participent au US Visa Waiver Program, le programme d’exemption de visa. LE’Italie est parmi ceux-ci : un touriste ou un fan italien n’a pas besoin d’un vrai visa, mais d’un simple autorisation appel payant ESTAqui peut être demandé en ligne en quelques minutes, sans entretien, et permet des séjours allant jusqu’à 90 jours.

La deuxième voie concerne tous les autres pays du monde, dont les citoyens doivent demander un voir réel. Pour le tourisme, il s’agit du visa B1/B2, qui nécessite un entretien en personne dans une ambassade ou un consulat américain. Il s’agit d’une procédure plus longue et plus sélective, et c’est précisément autour de ces visas que se concentrent les problèmes.

L’interdiction d’entrée : ce qu’elle dit et qui elle concerne

À l’origine du problème se trouve un interdiction d’entrée (En anglais « interdiction de voyager») introduite par deux décrets présidentiels signés en juin et décembre 2025, qui dressent une liste de 39 pays, soit environ 20 % des États reconnus dans le monde, avec restrictions totales ou partielles à l’entrée aux USA. La disposition prévoit deux niveaux de gravité : le interdiction totaleprévue pour 19 pays, implique la suspension de tous les visas, pour les immigrants et les non-immigrants : il s’agit entre autres Afghanistan, L’Iran, Haïti, Somalie, Libye, Soudan, Yémen Et Syrie.

restriction partielle il concerne 20 pays et suspend les visas d’immigrants ainsi que ceux destinés au tourisme, aux études et aux échanges culturels. Voici, entre autres, Sénégal, Côte d’Ivoire, Nigeria, Angola, Cuba Et Venezuela. Il existe cependant une exception explicite et importante : le décret exempte de l’interdiction « tout athlète ou membre d’une équipe sportive, y compris les entraîneurs, le personnel de soutien nécessaire et les membres de la famille immédiate » voyageant pour la Coupe du monde 2026 ou les Jeux olympiques de 2028, prévus à Los Angeles.

Parmi les 48 équipes participant au tournoi, quatre proviennent de pays concernés par l’interdiction : Haïti et Iran avec interdiction totale, Sénégal et Côte d’Ivoire avec interdiction partielle. Grâce à l’exemption, les joueurs et le staff technique peuvent rejoindre les États-Unis, mais leurs supporters qui ne disposent pas déjà d’un visa valide ne peuvent pas en obtenir un : le vrai risque est que ces équipes nationales disputent leurs matchs américains dans des stades. sans leur propre typhoïdeà l’exception de la présence de communautés d’origine résidant déjà aux USA.

Le cas de l’Iran et de l’arbitre somalien rejeté à Miami

L’histoire la plus complexe concerne L’Iranqualifié pour sa septième Coupe du monde. Les tensions entre Téhéran et Washington ont longtemps rendu la participation incertaine, au point que la fédération iranienne a boycotté le tirage au sort de décembre après le refus de visas à certains cadres. Afin de réduire les risques logistiques, l’équipe nationale a déplacé son camp d’entraînement pré-tournoi de Tucson, en Arizona, à Tijuanaau Mexique, à la frontière avec la Californie. Les visas américains pour les joueurs sont arrivés début juin, mais plusieurs membres du staff sont restés sans. L’Iran sera donc basé au Mexique tout en jouant toute la phase de groupes sur la côte ouest américaine : contre la Nouvelle-Zélande et la Belgique à Los Angeles (15 et 21 juin) et contre l’Egypte à Seattle le 26 juin.

Cependant, l’affaire qui a mis en évidence l’ampleur du problème ne concerne pas les supporters, mais plutôt un arbitre. Omar Abdoulkadir Artanélu meilleur arbitre africain de 2025 et destiné à devenir le premier directeur de match somalien de l’histoire de la Coupe du monde, a été bloqué à l’aéroport de Miami et refoulé pour « raisons de contrôle ». La Somalie fait en effet partie des pays soumis à une interdiction totale. La FIFA a confirmé qu’Artan ne pourra pas arbitrer le tournoi, précisant qu’il n’a pas son mot à dire sur les décisions concernant l’entrée dans le pays qui accueillera les matches. L’affaire montre que même l’accréditation officielle ne vous protège pas automatiquement des récentes règles d’interdiction de voyager.

Même sans interdiction, entrer n’est pas une évidence

L’interdiction d’entrée n’est pas le seul obstacle. Même pour les citoyens de pays non interdits, obtenez un visa B1/B2 à temps ça peut être compliqué pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’entretien pour le visa touristique doit être réservé, et dans certaines localités, l’attente est très longue : à Bogota, en Colombie, des estimations d’environ 13 mois ont été atteintes, tandis qu’au Pérou et au Nigeria, les rendez-vous ont été programmés à plus de 7 mois d’intervalle. Le Département d’État a précisé que dans environ 80% des pays l’attente reste inférieure à deux mois, mais pour les supporters sud-américains et africains, la fenêtre utile avant le tournoi est dans de nombreux cas déjà fermée.

Par ailleurs, un programme est en place depuis avril 2026 qui demande aux citoyens de 50 pays de paiement d’un acompte jusqu’à 15 000 $ pour obtenir un visa temporaire. Les pays qualifiés dans le cadre de ce programme comprennent l’Algérie, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Tunisie. Pour pallier les désagréments, la FIFA et le gouvernement américain ont instauré un système de réservation prioritaire pour les entretiens, réservés à ceux ayant acheté un billet officiel, sans toutefois garantir évidemment la délivrance d’un visa.

Les conséquences des problèmes liés aux entrées aux États-Unis commencent déjà à se faire sentir : selon une enquête de l’association des hôteliers américains, les réservations dans diverses villes d’accueil ont été bien en dessous des prévisions, également en raison de la perception de retards et d’incertitudes liés aux visas. Le risque, pour un tournoi présenté comme le plus ouvert jamais vu, est celui de stades moins colorés et d’une ambiance différente de celle observée lors des précédentes éditions de la Coupe du monde de football.