Pendant des siècles, lealphabétisation a été une réussite mondiale imparable, allant de 12% de la population adulte en 1820 à82% en 2000. Cependant, l’avènement du téléphones intelligents au milieu des années 2000, la tendance a été inversée, fragmentant notre attention. Aujourd’hui, en Italie, la crise est évidente : pour Eurostat, seul le 35% des citoyens âgés de 16 à 65 ans lisent au moins un livre par an – contre une moyenne européenne de 52 % – et un chiffre tout aussi inquiétant de 35 % souffrent d’analphabétisme fonctionnel et ne comprennent pas ce qu’ils lisent. Abandonner la lecture prolongée non seulement compromet la démocratie, mais nous prive également d’un extraordinaire bouclier sanitaire : il suffit de penser que lire plus de 3 heures et demie par semaine peut prolonger la vie jusqu’à 23 mois.
Pourquoi on ne lit plus : le rôle des smartphones
Depuis des millénaires, la lecture est une privilège pour quelques-uns. Avant l’invention de l’imprimerie à caractères mobiles par Gutenberg en 1440, un seul livre coûtait jusqu’à des mois de travail et nécessitait un copiste pendant des semaines. En Europe, environ 30 % de la population savait lire, presque tous des hommes des classes supérieures.
La presse a tout changé. Les livres sont devenus accessibles et, pendant cinq siècles,alphabétisation a augmenté presque sans interruption : en 1820, 12 % des adultes dans le monde savaient lire, en 2000, 82 %. L’accès à l’écrit a transformé la politique, la science, la démocratie, le droit et la médecine – une révolution silencieuse mais radicale. Mais à un certain moment, la courbe a cessé de monter. Pas en alphabétisation de base, mais enhabitude de lire: dans le plaisir de lire et dans le temps que nous y consacrons.
Les chercheurs identifient le milieu des années 2000 comme le tournant : la même période où le smartphone devient un marché de masse et où les réseaux sociaux entrent dans les poches de chacun. L’attention humaine devient la ressource la plus contestée de la planète.
Ce n’est pas que les gens ont arrêté de lire d’un coup. C’est que le temps disponible a été rempli par autre chose – quelque chose de plus rapide, de plus immédiat, de plus conçu pour nous garder accro. Un livre sur une table est toujours. Un smartphone palpite, vibre, s’illumine. Le livre ne peut tout simplement pas rivaliser.
Combien d’Italiens lisent : les chiffres de l’Italie par rapport à l’Europe
L’Italie présente un tableau particulièrement critique. Deuxième Eurostatseulement le 35% des Italiens entre 16 et 65 ans ont lu au moins un livre au cours de la dernière année. La moyenne européenne est de 52%, le Danemark atteint 72%. L’Italie est l’avant-dernière place européenne, devant Chypre et la Roumanie.
De plus, la tendance s’aggrave. Le temps hebdomadaire consacré à la lecture il a diminué de près d’une heure en seulement deux ans, passant de trois heures et demie à moins de trois. Celui qui lit lit moins. Et ceux qui lisent peu lisent de moins en moins.
A cela nous ajoutons un division géographique interne énorme. Dans le Sud, il y a 30 % de librairies en moins que la moyenne nationale et moins de 20 % des livres vendus en Italie finissent dans le Sud et dans les Îles. Ce n’est pas seulement une question de choix individuel : dans de nombreuses régions, il n’existe aucun endroit physique où acheter ou emprunter un livre.
Analphabétisme fonctionnel en Italie : un adulte sur trois ne comprend pas ce qu’il lit
Le fait le plus alarmant ne concerne pas ceux qui lisent peu, mais ceux qui lisent et ne comprend pas ce qu’il lit. Selon les résultats de l’enquête OCDE publié en décembre 2024, le 35% des adultes italiens entre 16 et 65 ans, ils sont incapables de comprendre des textes qui vont au-delà d’une information explicite et simple : un contrat, une information bancaire, un article de journal de complexité moyenne. La moyenne de l’OCDE est de 26 %. En 2012, l’Italie était à 28% ; en dix ans, ce chiffre s’est dégradé de sept points.
Ce phénomène est appelé analphabétisme fonctionnel: être capable de déchiffrer des mots, mais ne pas comprendre le sens d’un texte. Et ce n’est pas un problème individuel. Quiconque ne comprend pas un texte réglementaire perd ses droits. Ceux qui ne parviennent pas à évaluer les arguments politiques sont plus exposés à la manipulation. Il s’agit, à toutes fins utiles, d’un problème démocratique.
Lire sur papier et lire sur écran : pourquoi ce n’est pas la même chose
Certaines recherches indiquent que ceux qui lisent le même texte sur papier comprend et se souvient davantage par rapport à ceux qui le lisent sur l’écran. L’effet est plus fort pour les textes longs et encore plus marqué chez les lecteurs moins expérimentés.
La raison n’est pas physique. C’est que le cerveau emporte avec lui les attentes de l’environnement numérique: Lorsqu’on ouvre un écran, le cerveau passe en mode défilement — rechercher des mots-clés, sauter, anticiper l’interruption. Il conserve ces habitudes même lorsqu’il essaie de lire quelque chose de long et de complexe, et sa compréhension en souffre.
Ils liseuses? Pour les appareils conçus exclusivement pour la lecture – pas de notifications, pas d’applications, pas d’interruptions – l’effet négatif est très faible. Le problème ne vient pas du numérique lui-même, mais duenvironnement fragmenté dans lequel on lit : un texte ouvert au téléphone, entre un message et une notification, est déjà compromis dès le départ.
Un fait surprenant vient de École de santé publique de Yalequi a suivi 3 635 personnes de plus de cinquante ans pendant douze ans. Résultat : ceux qui lisent des livres plus de trois heures et demie par semaine – moins d’une demi-heure par jour – vivaient en moyenne 23 mois de plus par rapport à ceux qui n’ont pas lu. Une réduction du risque de mortalité 20%en contrôlant le revenu, l’éducation, la santé et l’âge.
Le bénéfice était nettement plus important pour ceux qui lisaient livres par rapport à ceux qui lisent uniquement les journaux ou les magazines. Ce n’est pas la lecture en général qui fait la différence : c’est la longueur, la complexité et la concentration soutenue qu’exigent les livres.