L’astéroïde 2010 RF12 a 10 % de chances de toucher la Terre en 2095, mais ne causera aucun dégât

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Actuellement, le record de la plus forte probabilité d’impact entre un astéroïde et la Terre revient à 2010 RF12un petit « rocher spatial » proche de la Terre du groupe Apollo a déjà passé 79 000 km de la Terre en 2010 et qui a 1 chance sur 10 pour frapper la Terre le 5-6 septembre 2095. Heureusement, même en cas d’« impact », l’astéroïde est trop petit pour causer des dommages: avec une taille estimée entre 6 et 12 mètresmême s’il entrait dans une trajectoire de collision avec notre planète, il serait complètement (ou presque) désintégré par frottement avec l’atmosphère, provoquant une boule de feu très brillante dans le ciel et probablement une explosion qui, bien qu’importante (on parle de 8,6 kilotonnes estimé, environ la moitié de la bombe atomique sur Hiroshima) se produirait à une altitude trop élevée (environ 40km) pour avoir un effet.

La NASA gère la surveillance des risques d’impact d’astéroïdes via le CNEOS (Centre d’études sur les objets géocroiseurs), qui met à jour la page quotidiennement Tableau des risques des sentinellesune liste d’astéroïdes qui ont une probabilité non nulle d’entrer en collision avec la Terre au cours des prochains siècles. Actuellement le RF12 2010 est en tête du classement avec une probabilité de 10% pour frapper la Terre. Un nombre déjà élevé en soi dans ce contexte, mais encore plus remarquable si l’on considère qu’il ne s’agit pas d’une probabilité cumulée sur tous les impacts possibles de l’astéroïde (qui sont estimés à 70) mais seulement par rapport à l’éventuelle collision de 2095.

La probabilité d’impact est calculée en fonction de la connaissance que nous avons de l’orbite de l’astéroïde. Pour 2010 RF12, nous avons 339 observations accompli dans 12 ansmais il existe toujours une certaine incertitude. Les données que nous avons collectées nous permettent de calculer que le survol de septembre 2095 se produira à une distance de seulement À 52 000 km de la Terresoit moins d’un huitième de la distance moyenne Terre-Lune. Ce nombre comporte cependant une incertitude de 180 000 km à propos de. Ce qui n’est pas rien : on pense en effet que l’astéroïde pourrait avoir des poussées non gravitationnelles dues à la libération de matières volatiles, un peu à la manière de ce qui se passe avec les comètes. Cela signifie que notre planète se trouve sur la bande où transitera le petit corps céleste entre le 5 et le 6 septembre 2095. La possibilité d’un impact est en effet estimée par la NASA à 1 sur 10.

Vient maintenant la partie qui fait tout évoluer. 2010 RF12 a un diamètre estimé entre 6 et 12 mètresavec une estimation centrale d’environ 7 mètres et une masse d’environ 500 tonnes. Il est extrêmement improbable qu’un objet de cette taille, s’il pénétrait dans l’atmosphère terrestre, atteigne le sol. La friction avec l’air provoquerait une surchauffe et une fragmentation rapide, générant un boule de feu spectaculaire. Sur le terrain, ils pourraient atteindre le maximum de minuscules fragmentsde la taille de cailloux, qui remonteraient à la surface sans aucun danger.

Pour vous donner une idée : le Météorite de Tcheliabinskqui en février 2013 a explosé au-dessus des montagnes de l’Oural en Russie, causant plus de 1 500 blessés (principalement à cause des éclats de vitres dus à l’onde de choc), avait un diamètre d’environ 17 mètres et son explosion a produit une énergie de 440 kilotonnessoit plus de 50 fois supérieur à celui attendu pour le RF12 2010. De plus, l’événement a eu le « malheur » de se produire au-dessus d’une zone habitée, une circonstance plutôt improbable étant donné qu’environ 90 % de la surface de la Terre est constituée d’océans, de déserts ou autrement inhabitée. Bref, même si l’astéroïde « impactait » la Terre et produisait une boule de feu, il est probable que personne ne le verrait ni ne l’entendrait.

Bref, le fait qu’un astéroïde ait une probabilité d’impact relativement élevée ne signifie pas nécessairement qu’il doit susciter des inquiétudes. Il n’est cependant pas excessif de garder la trace d’une petite « pierre » de 7 mètres dans l’espace profond : les petits corps célestes comme RF12 de 2010 constituent en fait un banc d’essai pour modèles de prédiction orbitale dans le domaine de la défense planétaire. Pouvoir prédire des décennies à l’avance le comportement d’un objet de dimensions aussi modestes, soumis à des forces non gravitationnelles qui sont loin d’être faciles à modéliser, est utile pour affiner les outils à utiliser en cas de présence d’astéroïdes réellement dangereux.