Comment garantir un avenir aux zones rurales européennes dans un contexte marqué par les crises, les transformations économiques et les changements démographiques ? C’est l’une des questions les plus urgentes actuellement débattues à Bruxelles et dans les territoires de l’Union en matière de développement local.
Malgré les progrès significatifs réalisés au cours des dernières décennies, l’exode rural reste un défi structurel pour de nombreuses régions des pays européens, en particulier ceux à plus forte vocation agricole comme l’Italie.
Dans le même temps, les territoires ruraux recèlent un énorme potentiel en termes de personnes, de ressources, de culture et de développement qui, avec les bons leviers, peuvent contribuer de manière décisive à relever les grands défis européens, de l’autonomie stratégique à la transition verte. C’est précisément dans ce contexte que la politique de cohésion peut agir pour soutenir différentes réalités locales et réduire les inégalités territoriales.
Il ne s’agit pas seulement d’un instrument financier, mais d’un véritable cadre général qui peut éviter le risque d’une Europe de plus en plus divisée, dans laquelle les zones rurales sont en retard en matière de développement économique et d’implication sociale.
L’objectif est clair : donner une perspective à tous les citoyens, garantir que ceux qui vivent dans des zones défavorisées ou marginalisées ne soient pas obligés de partir à la recherche d’opportunités et mettre en marche un processus de croissance qui donne la possibilité de rester et de prospérer.
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Une connexion cruciale
« Dans les zones rurales, s’il y a un manque de coordination efficace entre les différents niveaux de gouvernement, les citoyens perçoivent immédiatement le décalage entre la politique et la réalité quotidienne. Les communautés locales risquent de se sentir abandonnées », prévient Luca Menesini, président de la province de Lucques et leader du groupe socialiste au Comité européen des régions, l’organe consultatif de l’UE qui représente les autorités locales et régionales des 27 États membres.
Les autorités intermédiaires – présidents et conseils provinciaux – représentent le ciment entre les politiques européennes et les besoins concrets des territoires ruraux. Pourtant, explique Menesini, ces dernières années, les réformes institutionnelles en Italie ont réduit le rôle des provinces, laissant les petites municipalités seules face à des défis trop complexes pour être gérés de manière indépendante.
La nécessité d’un lien direct entre Bruxelles et les territoires apparaît lorsque la politique européenne de cohésion entre en jeu. « Nous ne pouvons pas parler de compétitivité sans cohésion, car c’est la première étape pour créer les conditions du développement », précise le président de la province de Lucques, en soulignant le rôle des fonds européens dans le renforcement des infrastructures, des services publics et des opportunités d’emploi dans les zones rurales.
Pour gérer un instrument qui est bien plus qu’un levier financier, il est nécessaire d’agir sur différents niveaux de planification et de conception des interventions sur le territoire, notamment au niveau provincial, qui possède une connaissance plus fine des spécificités et des besoins également très différents entre les territoires d’une même région.
« La municipalité seule ne suffit pas, elle est souvent trop petite pour planifier à long terme et faire face aux urgences quotidiennes. Elle est l’institution intermédiaire qui garantit la continuité, la capacité de planification et la cohérence avec les objectifs européens ».
Entre autorités intermédiaires et nœud démographique
Le fait que les autorités intermédiaires constituent le moteur essentiel de la mise en œuvre de la politique européenne de cohésion dans les territoires ruraux est également confirmé par de nombreux autres cas à travers l’Europe. Raquel Del Puerto Carrasco, présidente de la Députation Forale de Badajoz – située dans la communauté autonome d’Estrémadure, dans le sud-ouest de l’Espagne – souligne le rôle des provinces pour garantir les services dans les territoires à faible densité, garantissant l’efficacité des interventions bruxelloises.
« Notre priorité est de promouvoir la cohésion territoriale, en évitant le dépeuplement et en garantissant une meilleure qualité de vie. » Cet objectif se traduit par une action concrète pour rééquilibrer les ressources financières entre les différentes municipalités de la province selon les besoins spécifiques, une coordination des interventions pour assurer un développement homogène et une attention envers les petites municipalités, afin qu’elles puissent bénéficier de services adéquats.
L’approche suivie dans la province espagnole de Badajoz est ce qu’on appelle le « municipalisme », c’est-à-dire une approche basée sur l’écoute directe des territoires. « Les décisions doivent venir de ceux qui connaissent les besoins réels des citoyens, sinon le risque est de voir des territoires entiers se vider », explique Del Puerto Carrasco, indiquant la direction à suivre pour rendre plus efficace l’action publique nationale et européenne.
La compétitivité européenne se décidera dans les territoires
C’est précisément le déclin démographique, couplé à l’émigration des jeunes, qui constitue l’un des principaux facteurs de crise des zones rurales. Ce phénomène ne concerne pas seulement certains pays ou zones périphériques, mais touche une grande partie de l’Europe rurale, ce qui rend encore plus urgente une intervention coordonnée entre les institutions de l’UE et les différents territoires.
Grzegorz Kubalski, directeur adjoint de l’Association des comtés polonais, propose une réflexion très opportune : « L’infrastructure est importante, mais la société est encore plus importante. » En d’autres termes, même les investissements les plus importants risquent de perdre en efficacité si l’homme et ses besoins ne sont pas placés au centre du développement du territoire, qui varie d’une région à l’autre.
En ce sens, la politique européenne de cohésion doit maintenir et renforcer davantage l’accent non seulement sur les interventions financières et matérielles, mais également sur celles destinées au renforcement social. Outre le « municipalisme » espagnol, une autre boussole qui guide la cohésion européenne doit être, selon le polonais Kubalski, le principe de subsidiarité, déjà inscrit dans les traités fondateurs de l’UE.
Autrement dit, l’Union n’intervient que si l’action est plus efficace que l’action nationale, régionale ou locale, rapprochant ainsi les décisions des citoyens. « Lorsque les collectivités locales ne sont plus en mesure d’accomplir leurs tâches, le rôle des autorités intermédiaires devient crucial pour coordonner l’action nationale et européenne », rappelle le directeur adjoint de l’Association des comtés polonais.
La politique de cohésion ne peut et ne doit pas se limiter à la construction d’infrastructures, mais doit soutenir le progrès des communautés rurales et périphériques, en promouvant les services, l’emploi et la qualité de vie.
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L’équilibre entre compétitivité et transition verte
Dans ce raisonnement sur le développement équilibré des communautés rurales et le rôle des autorités intermédiaires, l’attention doit également rester élevée à Bruxelles, où l’équilibre entre compétitivité et cohésion risque d’être compromis dans le prochain budget à long terme de l’Union européenne.
Le président de la Province de Lucca Menesini met en garde contre les risques de centralisation des ressources, soulignant que cela pourrait marginaliser davantage les zones rurales. « Il est essentiel de garantir une politique de cohésion qui respecte la gouvernance à plusieurs niveaux et le rôle des autonomies locales. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons garantir un développement équilibré et durable ».
Dans le cas contraire, le risque est que la croissance économique se concentre uniquement dans les zones les plus fortes, creusant les inégalités et vidant encore davantage les territoires ruraux au profit de conglomérats urbains de grande et moyenne taille.
Plus de centralisme et de réformes : comment la politique de cohésion de l’Union européenne va changer
La transition écologique représente l’une des principales opportunités de revitalisation des zones rurales et la politique de cohésion peut jouer un rôle décisif pour la soutenir, à l’intérieur et au-delà des frontières actuelles de l’Union. Natalia Eremia, présidente du conseil du district de Ialoveni (Moldavie), explique concrètement comment ce processus peut générer des bénéfices économiques pour les territoires périphériques.
« La transition vers les énergies renouvelables n’est pas seulement une priorité environnementale, mais aussi une forte opportunité économique. » En témoignent les projets liés à l’énergie solaire, à l’efficacité énergétique et à l’économie circulaire financés par l’UE dans le pays candidat, qui « produisent déjà des résultats tangibles, créant des emplois et réduisant les coûts pour les communautés locales ».
L’expérience italienne confirme également cette tendance. Les initiatives liées au recyclage et à la valorisation des ressources locales peuvent générer des emplois et renforcer le tissu social, devenant ainsi des moteurs d’emploi et de cohésion sociale.
Menesini apporte des exemples concrets d’interventions liées au Green Deal et à l’innovation durable pour rendre les territoires ruraux plus attractifs. « Nous avons développé des systèmes de collecte séparée et des coopératives pour la récupération des matériaux, créant ainsi des emplois et des opportunités pour les jeunes. C’est ainsi que la politique européenne de cohésion peut être transformée en un véritable développement. »
La politique de cohésion, grâce à ses instruments financiers, peut soutenir cette transformation, en encourageant des investissements ciblés et en promouvant des modèles de développement durable.