Vue sur mer détruite : elle découvre un mur de béton devant sa terrasse, sa vie bascule

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay
C’était le rêve : une maison familiale avec vue sur la mer, au calme. Sauf qu’en un claquement de béton, Liz Bates, propriétaire à Poole (Royaume-Uni), a vu son horizon marin se transformer en muraille de 2,4 mètres de haut. Et sa vie en a été tellement bouleversée qu’elle se retrouve aujourd’hui en plein bras de fer avec un promoteur, perdue dans un labyrinthe juridique et immobilier où la sortie reste, comme la mer, bien cachée.

Quand la plage cède la place au béton

Impossible de s’y préparer : « Nous fermons portes et fenêtres, quelle que soit la chaleur ambiante, à cause des ouvriers qui fument sur le chantier et de la fumée qui pénètre directement chez nous », confie Liz Bates, visiblement à bout face au clic-clac infernal des travaux et aux odeurs indésirables. Mère de famille âgée de 42 ans, elle occupe cette maison en bord de plage, véritable cocon transmis de génération en génération depuis un siècle.

Tout bascule quand les engins du promoteur débarquent en face de chez elle, déposant parpaings après parpaings : « Bien qu’il existe un permis de construire pour une terrasse, le promoteur n’a soumis aucun plan indiquant où elle serait située, nous avons donc supposé qu’il la placerait à l’avant des appartements, et non sur une terrasse au-dessus du mur du premier étage. C’est de la pure provocation de sa part. » Résultat : une vue sur la Manche remplacée par un gris uniforme, qui ne laisse filtrer ni lumière, ni brise marine.

Le combat juridique d’une famille coincée

La désillusion ne s’arrête pas à la disparition du paysage ; elle mord aussi le portefeuille. D’après Liz, sa maison a perdu 50 000 livres de valeur (un peu plus de 57 000 euros) suite à la construction du mur. « Ma famille vit ici depuis 100 ans. J’y ai grandi. Nous aimerions déménager, mais les agents immobiliers nous ont dit que la maison avait tellement perdu de valeur à cause de ce chantier que nous ne pourrions pas le faire, nous sommes donc coincés ici », s’indigne-t-elle. Pour Liz, c’est le cauchemar : vivre dans un lieu familier devenu méconnaissable, plombé financièrement, et sans véritable issue.

Depuis, la quadragénaire s’échine dans une bataille judiciaire contre le promoteur Eddie Fitzsimmons, de la société Vivir Estates. Mais la cause paraît bien mal engagée… et l’issue incertaine.

  • Vue barrée, maison dépréciée, famille prisonnière
  • Odeurs de chantier et perte d’intimité
  • Combattre un promoteur sûr de ses droits

Le promoteur dégaine (et assume)

Interpellé, Eddie Fitzsimmons défend sa démarche en invoquant le droit britannique : « Aucun propriétaire au Royaume-Uni n’a droit à une vue, c’est la loi. Il s’agit d’un terrain situé en face de propriétés existantes et, oui, c’est dommage que les gens perdent leur vue. Mais je pense que ce projet va améliorer la situation du quartier et que les prix de l’immobilier vont augmenter en conséquence », justifie-t-il sans ciller.

Voilà qui a le mérite d’être clair (et un peu brutal, pour qui rêve encore d’horizon dégagé). Pour Fitzsimmons, la transformation est un bien pour le quartier, la vue est un « dégât collatéral » légal.

Entre combat perdu d’avance et impuissance citoyenne

Au-delà du cas personnel de Liz, l’affaire fait écho à des pratiques immobilières plus larges. Certains pointent du doigt ces promoteurs qui, pour bétonner sans entraves, s’autoriseraient tout, allant jusqu’à utiliser des noms d’architectes décédés pour décrocher des permis de construire. D’autres soulignent l’illusion d’une action individuelle victorieuse : « Y a une plus-value donc un préjudice. »

Dans d’autres régions, comme la Corse, certains racontent : en cherchant à retrouver leur « vue perdue » par des moyens musclés, plus de 90 % des particuliers seraient interpellés avant d’être condamnés à payer frais et amendes.

La saga de Liz Bates n’a pas encore trouvé de dénouement heureux, mais une chose est certaine : lorsque le béton s’impose entre habitants et paysages, c’est souvent l’impuissance qui domine – à moins d’opter pour la déco murale façon grand large… ou de garder encore un peu d’humour face au mur, tout simplement.