Pourquoi l’eau de certaines fontaines sent le soufre : l’explication scientifique

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Parfois, cela peut arriver, surtout dans un petite ville ou dans les zones thermalespour s’approcher d’une fontaine d’eau et ressentir le odeur typique d’œuf pourri. Cette odeur, âcre et généralement désagréable, n’est pas le résultat d’un mauvais entretien, mais d’un véritable phénomène naturel : la présence de les composés soufrés, c’est-à-dire à base de soufre, dissous dans l’eau. En particulier, le principal responsable est sulfure d’hydrogène (HS)un gaz volatil formé par processus géologiques et microbiologiques. L’eau qui le contient, une fois refaite à la surface, dégage des vapeurs à l’odeur thermique caractéristique que l’on connaît bien. Bien que ce gaz soit nocif s’il est inhalé en grande quantité (après tout, c’est la dose qui crée le poison) dans ce cas cela ne doit pas être considéré comme un danger direct pour la santémais comme un vrai signal chimique issus de l’histoire souterraine et géologique de l’eau.

La cause de l’odeur de soufre dans l’eau : origine géologique

De nombreuses fontaines puisent leur source dans des aquifères profonds ou des sources naturelles qui traversent des couches de roches riches. minéraux contenant du soufre. Lorsque l’eau traverse ces couches, elle peut dissoudre des composés soufrés tels que sulfates ou sulfures. En présence de conditions réductrices, c’est-à-dire pauvre en oxygène atmosphérique, les sulfates se transforment en sulfure d’hydrogène (H2S) dans la même eau.

Maintenant, le H2S a unexcellente solubilitéce qui, fondamentalement, l’amènerait à rester le plus longtemps possible dans le milieu aqueux, en restant dissous à l’intérieur sans s’échapper, mais cela ce n’est pas tout. En fait, le gaz a aussi unhaut volatilitéune caractéristique commune aux gaz qui ont tendance à « s’envoler » du solvant, en l’occurrence l’eau des fontaines. Dès que le liquide entre en contact avec l’air, le sulfure d’hydrogène saute hors de l’eau atteignant nos narines, nous donnant cette odeur typique d’œuf pourri.

C’est le même principe que l’on retrouve dans les eaux thermales sulfureuses : des sources connues depuis l’Antiquité pour leurs propriétés thérapeutiques, mais à l’odeur peu attrayante. De nombreuses stations thermales réputées en Italie sont réputées pour l’odeur âcre qui imprègne l’air en raison de la forte concentration d’H.S venant de sous-sol volcanique.

L’origine microbiologique et les bactéries « mangeuses de soufre »

Outre les phénomènes géologiques, l’odeur peut provenir de l’activité d’un type particulier de micro-organisme : i bactéries sulfato-réductrices (SRB, bactéries sulfato-réductrices). Ces microbes, en l’absence totale d’oxygène (conditions anaérobies), utilisez les sulfates dissous dans l’eau comme source d’énergie, en les réduisant en sulfure d’hydrogène. C’est un peu comme les bactéries « respiraient » des sulfates au lieu de l’oxygène, produisant ainsi l’odeur typique.

Ce phénomène est fréquent dans les nappes profondes et dans les réseaux d’eau peu utilisés, surtout là où l’eau stagne et il y a un manque d’oxygène. Ce n’est pas un hasard si l’eau du robinet des maisons inhabitées depuis des semaines peut développer la même odeur sulfureuse : la stagnation favorise l’activité bactérienne. Ne paniquez pas, arrêtez laisse couler l’eau pendant quelques minutes pour éliminer le HS accumulé.

Est-ce dangereux pour la santé ?

À faibles concentrations, comme celles des fontaines ou de l’eau potable qui présentent ce phénomène, le sulfure d’hydrogène ne représente pas un risque grave pour la santémais c’est plutôt un problème d’odeur et de goût. De plus, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rapporte que même à de très faibles concentrations (0,05 mg/L), HS est perceptible par l’odorat humain. Cependant, des concentrations élevées, typiques des zones industrielles ou de phénomènes naturels extrêmes, peuvent être toxique. Le sulfure d’hydrogène est en fait un gaz toxique à fortes dosesà tel point qu’elle est réglementée sur le lieu de travail comme substance dangereuse, mais dans le cas des fontaines publiques, la quantité présente n’atteint jamais des niveaux nocifs : tout au plus, elle décourage de boire ou de se laver les mains.

Sources

Appelo, CAJ et Postma, D. (2005). Géochimie, eaux souterraines et pollution. Presse CRC. Hem, JD (1985). Étude et interprétation des caractéristiques chimiques de l’eau naturelle. Document sur l’approvisionnement en eau de l’US Geological Survey Muyzer, G. et Stams, A. J. M. (2008). « L’écologie et la biotechnologie des bactéries sulfato-réductrices. » Nature Reviews Microbiologie, 6, 441-454. Organisation mondiale de la santé (OMS). Sulfure d’hydrogène dans l’eau potable. Batterman, S., Grant-Alfieri, A. et Seo, SH (2023). Exposition de faible niveau au sulfure d’hydrogène : un examen des émissions, de l’exposition de la communauté, des effets sur la santé et des directives d’exposition. Examens critiques en toxicologie, 53(4), 244-295.