un Italien sur cinq à risque selon les données d’Oxfam

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

À Davos les investisseurs, les économistes et les décideurs politiques s’interrogent sur avenir proche de l’économie mondiale et sur nouveaux équilibres géopolitiques. Dans un monde de plus en plus fragmenté, les questions qui reviennent cycliquement au centre du débat sont toujours les mêmes : comment coopérer dans un contexte de tensions croissantes, où trouver de nouvelles sources de croissance, comment véritablement investir dans le capital humain.

Ce sont des questions qui ne restent pas cantonnées aux salles du Forum économique mondial. Au contraire, ils trouvent une réponse concrète – souvent problématique – dans chaque pays. L’Italie est l’un de ces cas. L’image dessinée pardernier rapport d’Oxfam Italie sur la pauvreté et les inégalités cela montre clairement à quel point l’écart reste grand entre les ambitions mondiales et la réalité nationale.

Pauvreté en Italie : des chiffres stables, une fragilité croissante

En 2024 près d’un Italien sur cinq vécu avec un risque de pauvreté monétaire : environ 11 millions de personnes avec des ressources inférieures à 60% de la médiane nationale. A côté de cette zone de vulnérabilité, plus de 2,2 millions de familles – soit 5,7 millions d’individus – se trouvaient dans des conditions de pauvreté absoluesans revenus suffisants pour couvrir un panier minimum de biens et services essentiels.

Le chiffre global reste sensiblement stable par rapport à 2023mais ils se cachent derrière cet apparent domaine signes d’aggravation. En fait, leincidence de la pauvreté absolue parmi les familles ayant une personne de référence employée (15,6%), confirmant que le travail seul ne suffit plus à sortir du piège de la pauvreté. Inflation, loyers élevés et salaires stagnants continuent d’éroder le pouvoir d’achat.

Des critiques subsistent également conditions des mineurs: la pauvreté absolue parmi les enfants et les jeunes atteint 13,8%le niveau le plus élevé depuis 2014. Et la situation se détériore encore pour familles à louernotamment celles avec au moins un étranger (37,2%) et pour les familles avec enfants (32,3%).

La richesse augmente, mais elle est de plus en plus concentrée

Au cours des quinze dernières années, le la richesse nationale nette a augmenté de plus de 2 000 milliards d’euros en valeur nominale. Mais l’augmentation ça n’a pas été partagé du tout. Environ 91 % de la nouvelle richesse s’est retrouvée entre les mains des 5 % des familles les plus riches, tandis qu’un peu plus de 2 % sont allés à la moitié la plus pauvre. Entre 2010 et 2025, l’écart s’est encore creusé. La part de la richesse détenue par les 10 % les plus riches est passée de 52,1 % à 59,9 %, tandis que celle des 50 % les plus pauvres a diminué de 8,5 % à 7,4 %.

Rien qu’en 2025, 79 particuliers ont augmenté leur patrimoine de plus de 54 milliards d’euros, pour atteindre un total de 307,5 ​​milliards. Aujourd’hui le les 5 % supérieurs vérifier près de la moitié de la richesse nationalebien plus que ce que possèdent les 90 % les plus pauvres de la population.

Inégalités et démocratie : un lien structurel

Cet écart entre pauvreté généralisée et richesse concentrée ce n’est pas seulement une question sociale ou économique. Cela affecte directement la qualité de la démocratie. Selon l’étude Inégalités de revenus et érosion de la démocratie au XXIe siècle par Eli G. Rau et Susan Stokes, la hausse des inégalités est l’un des principaux facteurs d’érosion démocratique au 21e siècle.

Les analyses de recherche plus de 90 démocraties entre 1995 et 2020 et identifie des cas de recul démocratique: pas de ruptures brutales, mais une affaiblissement progressif des institutionsde la compression de la liberté de la presse à la réduction de l’indépendance du pouvoir judiciaire et du Parlement.

Le point central n’est pas tant le revenu moyen d’un payscombien le concentration de richesse. Où des parts croissantes de revenus et d’actifs s’accumulent entre les mains des top 1 % et top 10 %augmente la probabilité qu’ils émergent des dirigeants capables d’exploiter le ressentiment et la polarisationvidant les règles démocratiques de l’intérieur.

Politiques post-Covid : interventions d’urgence, pas de tournant structurel

Dans la période post-pandémique, les réponses des gouvernements se sont principalement orientées vers un ligne d’urgence. En Italie, après la phase marquée par Revenu de citoyenneté et grâce aux soutiens extraordinaires introduits pendant la crise sanitaire, les politiques de lutte contre la pauvreté ont été réorientées vers des outils plus sélectifs et conditionnéscomme leAllocation d’inclusion et le Accompagnement à la Formation et au Travail.

Un changement de paradigme qui, selon Oxfam, s’est rétréci de manière significative public des bénéficiaireslaissant à découvert de larges segments de la population vulnérable : les travailleurs à faible revenu, les familles ayant un emploi intermittent, les ménages sans fragilité formellement reconnue.

Bonus fiscaux, réductions temporaires et mesures montant forfaitaire ils ont contribué à amortir l’impact immédiat de l’inflation, mais sans affecter les causes structurelles de la perte de pouvoir d’achat. Le résultat est un réseau de protection sociale fragmentéqui intervient ex post et de manière non homogène, sans parvenir à construire un remblai stable contre l’expansion de la vulnérabilité.

C’est là que le point crucial entre en jeu retour à Davos. Sans un repenser structurellement les politiques de redistribution, de travail et de protection socialeles promesses de croissance inclusive ils risquent de rester déconnectés de la réalité des pays. Et ça distance entre les institutions et les citoyensdéjà profond, continue de nourrir méfiance, polarisation et fragilité démocratique.