Trump nomme le gouverneur de la Louisiane envoyé spécial pour le Groenland. La réponse dure du Danemark

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le Groenland devient un problème de sécurité nationale pour les États-Unis. Dans cette optique, le chef de la Maison Blanche a nommé Jeff Landry, l’actuel gouverneur de la Louisiane, comme « envoyé spécial des Etats-Unis au Groenland », le territoire autonome du Danemark que le président américain dit depuis longtemps vouloir acquérir.

Trump nomme le gouverneur de la Louisiane comme envoyé du Groenland

Donald Trump a annoncé la nomination de Landry dans un article sur Truth, dans lequel il souligne la nécessité d’identifier une personnalité qui « promouvoira avec force les intérêts » des États-Unis « pour la sécurité et la survie de nos alliés, en fait, du monde », même dans les déserts gelés.

Landry, en poste depuis 2024, républicain intransigeant et loyaliste de Trump qui soutient depuis longtemps l’acquisition du territoire du Danemark, s’est dit satisfait de cette nomination. «C’est un honneur de vous servir à ce titre volontaire pour intégrer le Groenland aux États-Unis», a écrit Landry sur les réseaux sociaux, précisant qu’il ne quittera pas son poste de gouverneur de la Louisiane.

Le Danemark a répété à plusieurs reprises que le Groenland n’était pas à vendre, bien qu’il abrite une petite base militaire américaine sur l’île. Après la nomination de Landry, le gouvernement danois a rappelé l’ambassadeur américain pour s’opposer à la décision unilatérale de Trump, qui alimente de nouvelles tensions diplomatiques avec un pays européen sur l’avenir de l’île arctique. « C’est absolument inacceptable », a commenté le ministre danois des Affaires étrangères Lars Lokke Rasmussen. Bruxelles prend également une position claire, en faveur de Copenhague. « Les frontières du Royaume du Danemark, qui inclut le Groenland, sont inviolables pour l’UE », a prévenu le porte-parole des Affaires étrangères européennes, Anouar el Anouni.

Une île riche en matières premières et terres rares (non exploitées)

Trump exprime son intérêt pour le Groenland depuis le début de son mandat, attiré par les terres rares présentes sous terre. Le président a affirmé à plusieurs reprises que l’île serait stratégique pour la sécurité nationale des États-Unis, sans exclure le recours à la force. Les ressources minérales, cruciales pour la technologie, les puces électroniques et la transition énergétique, tentent le président américain. On estime que les matières premières s’élèvent à 1,5 million de tonnes. Le sous-sol de l’île, notamment dans la zone sud, cache une incroyable variété de ressources minérales dont l’or, le zinc, le plomb, le cuivre, le nickel et le cobalt, mais surtout des terres rares et de l’uranium.

La présence importante de ces matériaux précieux a attiré l’attention des grandes multinationales du secteur car, selon ce que souligne un rapport du Centre commun de recherche de la Commission européenne, le territoire représente près de 20 pour cent des réserves disponibles et près de 10 pour cent de l’ensemble des ressources mondiales. L’UE, qui doit diversifier ses sources d’approvisionnement à partir des importations en provenance de Chine (leader mondial dans la production et l’approvisionnement de terres rares), a identifié 25 des 34 minéraux sur sa liste officielle de matières premières essentielles, dont les terres rares.

Mais les démarches de Trump cachent également des objectifs géopolitiques et militaires. La fonte des calottes glaciaires polaires a rendu plus navigables des eaux autrefois infranchissables, libérant ainsi des routes de navigation fermées au trafic commercial. Et là encore, Washington peut exploiter la base active située au nord-ouest de l’île, à Pituffik, pour lancer des missiles vers la Russie dans un court laps de temps ou pour affronter la Chine dans des eaux plus proches. Les nouveaux objectifs de Trump se concentrent désormais sur l’île gelée, après ceux déjà clairement exprimés concernant le Venezuela. L’administration américaine veut mettre la main sur les deux ressources autour desquelles tourne l’économie mondiale : le pétrole et les terres rares.