Rechercher ensemble la paix et les réformes, voici l’invitation de Mattarella
Les onze millions d’Italiens qui ont suivi le message du Président de la République Sergio Mattarella confirment le haut degré de confiance que le chef de l’État inspire à la population. En effet, il n’existe pas de sondage d’opinion sur l’approbation des hommes politiques dans lequel l’habitant de Colle ne figure pas en tête du classement.
A la veille d’un tournant politique très complexe, avec deux nominations qui vont bientôt susciter des polémiques entre les partis (référendum sur la justice et possibilité de modifier la loi électorale), Mattarella a sagement évité les références trop explicites à l’actualité politique. Mais les points saillants du message ne manquaient pas et sont essentiellement au nombre de deux. Le premier est la référence à la paix, avec cet adjectif extrêmement explicite (« répugnant ») réservé à ceux qui n’acceptent pas de discuter sérieusement de la fin de la guerre, le second est le long écart sur l’accord trouvé en 46-47 pour arriver à un projet commun de Constitution.
La guerre en Ukraine et les destinataires indirects de l’avertissement de Mattarella
La référence à la guerre en Europe, bien que non mentionnée mais néanmoins évidente, n’a rien de surprenant. Depuis que la Russie a envahi l’Ukraine, Mattarella n’a jamais manqué de donner une indication sans équivoque du côté dans lequel notre pays doit se trouver, à tel point que les piques du Kremlin sont arrivées à plusieurs reprises, avec des messages grossiers et des tons para-menaçants.
L’utilisation du mot « répugnant » confirme l’idée que se fait le chef de l’État de ce qui se passe et des négociations entamées et immédiatement interrompues par Poutine et de sa prétention à obtenir une capitulation substantiellement inconditionnelle comme la demande d’obtenir également la partie du Donbass non encore conquise. L’adjectif est destiné à la Russie, mais d’une certaine manière, ses destinataires indirects sont ces forces politiques italiennes qui soutiennent plus ou moins secrètement, quoique à distance, les raisons du Kremlin : la Ligue de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles de Giuseppe Conte, tous deux enfermés dans une sorte d’équidistance entre Kiev et Moscou. Une attitude qui ne plaît certainement pas au Quirinale, même si évidemment le chef de l’État respecte la liberté maximale avec laquelle les forces politiques expriment leurs opinions.
L’appel à l’esprit unitaire
La deuxième référence pleine de sens contenue dans le message est l’insistance avec laquelle Mattarella a rappelé l’esprit unitaire qui a caractérisé les réformes d’après-guerre, celles qui ont conduit à la naissance de la Constitution. « Le matin, les partis ont discuté des règles à suivre pour écrire ensemble et ensuite, l’après-midi, ils se sont divisés sur d’autres questions politiques », tel était le sens des paroles du président.
Ici, à la veille d’un référendum sur la justice et de la probable confrontation avec les propositions de réforme de la loi électorale, un rappel de ce type est certainement significatif. Une invitation à toutes les forces politiques à rechercher un dialogue constructif car les règles appartiennent à tous et quand cela est possible, elles doivent être pensées ensemble. Une invitation donc à la majorité à impliquer l’opposition sans se laisser écraser par la logique majoritaire du nombre et par la même occasion une invitation à l’opposition à accepter de s’asseoir à une table commune, et à ne pas s’enfermer malgré tout dans la tour d’ivoire du Non.