Pourquoi limiter les enfants à moins de dix aliments par semaine est dangereux selon les experts

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Imaginez une assiette d’enfant composée, semaine après semaine, des mêmes cinq aliments. Un brin monotone, non ? Ce scénario est pourtant la réalité pour près d’un enfant sur quatre, selon un récent sondage OpinionWay pour HelloFresh. Limiter la diversité alimentaire, et notamment celle des légumes, n’est pas sans conséquence : c’est même dangereux, préviennent les experts. Voici pourquoi.

La pauvreté alimentaire chez les enfants : un état des lieux inquiétant

  • Près d’un quart des enfants mangent seulement cinq aliments différents par semaine.
  • 76% des enfants âgés de 8 à 18 ans n’ont jamais goûté des légumes comme le pak choï ou le panais.
  • Plus de la moitié des parents se disent engagés dans une « lutte constante » pour faire avaler des légumes à leurs enfants.

Les raisons ? Le manque de temps, le manque de moyens financiers… et parfois une panne d’inspiration au moment de cuisiner. Résultat : les assiettes sont déséquilibrées et les enfants risquent la fatigue dès le matin. Laurence Plumey, médecin nutritionniste, résume la situation ainsi : « Le corps ressemble à une balance. Tout est une question de mesure. Nous devons le respecter et lui apporter ce dont il a besoin pour nourrir les milliards de cellules qui nous composent. »

Pourquoi les légumes boudent-ils nos assiettes ?

Les légumes, grands oubliés des menus familiaux, peinent à s’inviter à table. Pourquoi ? D’abord, les parents manquent de repères pour les préparer. Selon Laurence Plumey : « Pressés, les parents se lancent le soir dans quelque chose de rapide et facile. Le classique menu steak, poulet, riz ou pâtes reste accepté à l’unanimité. Il suffit d’ajouter du fromage dans les pâtes pour leur donner bon goût. Personne n’aime les légumes à l’eau. Il faut de la créativité culinaire pour les rendre agréables. »

Mais elle le souligne : c’est une question d’organisation. Et la pauvreté alimentaire ne frappe pas que les ménages. Même les restaurateurs proposent de moins en moins de légumes. « Ce n’est pas leur rendre service que de limiter les enfants. Moins ils en mangent pendant l’enfance, moins ils en mangeront par la suite », observe la spécialiste.

Les bénéfices irremplaçables des légumes

Avant de faire une croix sur les épinards façon Popeye, rappelons que les légumes sont de véritables joyaux nutritionnels. Ils sont bourrés de :

  • Vitamines (B, C, K)
  • Minéraux
  • Fibres
  • Phytonutriments

Ces trésors contribuent à :

  • Combattre certaines maladies, y compris des cancers
  • Améliorer la santé de nos vaisseaux sanguins
  • Renforcer notre mémoire
  • Booster le système immunitaire
  • Lutter contre le vieillissement
  • Maintenir notre poids de forme grâce à leur faible apport calorique
  • Fournir l’eau nécessaire à la régénération du corps

Laurence Plumey insiste : une alimentation saine doit être variée. « Tous les aliments se complètent. Le calcium se trouve dans les produits laitiers, les fibres et antioxydants uniquement dans les fruits et légumes, tandis que les protéines riches en énergie se cachent dans les œufs. Nous avons besoin de tout en quantité modérée. »

Comment réconcilier nos enfants (et nous-mêmes) avec les légumes ?

Pour la nutritionniste, la solution est claire : « Nous avons besoin de légumes à tous les repas. Crus ou cuits, ils apportent des choses que n’offre aucun autre aliment. Ils nous aident à digérer : le microbiote est friand de légumes, alors que les féculents fermentent et le déséquilibrent. »

Une autre arme secrète : la variété ! En France, nous avons la chance de disposer d’un large choix de légumes. Plumey suggère de les cuisiner en :

  • Soupe
  • Salade (verte, tomate, endive…)
  • Gratin (chou-fleur, épinards…)
  • Version à l’eau (carottes…)

Son conseil pratique : les préparer à l’avance.

Mais il y a un hic : 42% des parents ne cuisinent pas les légumes… parce qu’ils ne les apprécient pas eux-mêmes. Conséquence directe, leurs enfants n’en consomment pas non plus. Pourtant, les parents le reconnaissent : passer du temps en cuisine permet de découvrir de nouveaux aliments. Cuisiner ensemble, enfin, implique et motive les plus jeunes, qui deviennent alors acteurs du repas et – magie ! – peuvent même changer d’avis sur la question.

En somme, diversifier l’alimentation de nos enfants passe par la variété, la préparation et un zeste d’humour culinaire. Et si ce soir, on glissait un peu de pak choï dans l’assiette ? Pas sûr qu’ils s’en aperçoivent…