Passer l’arrêt des motorisations essence et diesel en 2035 : oui aux hybrides et aux biocarburants

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Les véhicules traditionnels ne disparaîtront peut-être pas complètement des listes des constructeurs. La Commission européenne a présenté aujourd’hui, 16 décembre, un ensemble de mesures pour le secteur automobile qui annule effectivement l’interdiction totale de la vente de voitures à moteur à combustion à partir de 2035.

Selon la Commission, l’objectif est de définir « un cadre politique ambitieux mais pragmatique pour garantir la neutralité climatique et l’indépendance stratégique d’ici 2050, tout en offrant une plus grande flexibilité aux producteurs ». La proposition laisse donc place à la neutralité technologique, comme le demandent les constructeurs et plusieurs États membres. La proposition devra maintenant être négociée entre le Parlement et le Conseil européen.

L’interdiction des moteurs à combustion est ignorée, l’UE limite l’objectif d’émissions

Voyons en détail ce que l’exécutif communautaire a proposé aujourd’hui, 16 décembre, avec le Package Automobile. Selon les règles actuelles, à partir de 2035, toutes les nouvelles voitures et camionnettes de l’UE devront être à zéro émission. La proposition annoncée aujourd’hui prévoit plutôt une réduction des émissions de CO2 de 90 pour cent des émissions d’échappement (qui sortent des pots d’échappement) par rapport aux niveaux de 2021, au lieu de 100 pour cent. Pour compenser les 10 % restants, les constructeurs automobiles devront recourir à de l’acier à faibles émissions produit dans l’Union européenne et à l’utilisation de carburants électroniques synthétiques et de biocarburants non alimentaires, dérivés par exemple de déchets agricoles ou d’huiles de cuisson usagées.

Avec ce paquet, la Commission répond à la fois à l’offre et à la demande dans la transition du secteur automobile : du côté de l’offre, elle propose une révision des normes d’émissions de CO2 existantes pour les voitures et les camionnettes et une modification ciblée de celles pour les véhicules lourds (VHD). Du côté de la demande, il propose une initiative visant à décarboner les flottes des entreprises avec des objectifs nationaux contraignants pour les véhicules à émissions nulles ou faibles.

La proposition permet ainsi aux véhicules hybrides rechargeables, aux modèles à « prolongateur d’autonomie » (où le moteur thermique ne sert qu’à produire de l’électricité pour le électrique), aux véhicules hybrides légers et à ceux équipés d’un moteur à combustion interne de continuer à circuler même après 2035, aux côtés des voitures entièrement électriques et à hydrogène.

Quels changements pour les flottes d’entreprise

En ce qui concerne l’objectif 2030 relatif aux voitures et aux camionnettes, une flexibilité supplémentaire est introduite par le biais du mécanisme « banque et emprunt » pour la période 2030-2032. Il s’agit d’un système qui permet aux constructeurs d’« accumuler » ou d’« anticiper » les crédits d’émission, réduisant ainsi la rigidité des règles tout en maintenant la pression vers la décarbonation. En pratique, cela donne aux constructeurs plus de latitude pour planifier leurs investissements et lancer de nouveaux modèles électriques sans risquer de sanctions immédiates.

Concernant les flottes d’entreprise, des objectifs sont fixés au niveau des États membres pour soutenir le déploiement de véhicules à émissions nulles ou faibles. À mesure que les voitures de société parcourent un kilométrage annuel plus élevé, cela entraînera également de plus grandes réductions d’émissions.

Un programme Battery Booster sera également créé, visant à accélérer le développement d’une chaîne de valeur de batteries entièrement produites dans l’UE. Cependant, la dotation financière est très réduite, à peine 1,8 milliard d’euros. Dans le cadre du programme Battery Booster, 1,5 milliard d’euros soutiendront les fabricants européens de cellules de batterie grâce à des prêts sans intérêt. Le paquet tant attendu lancé par Strasbourg comprend également un ensemble de mesures de simplification visant à supprimer les obstacles réglementaires, avec des économies estimées à plus de 700 millions par an pour l’industrie.

Incitations aux voitures électriques « Made in Europe »

Avant 2035, les constructeurs automobiles pourront bénéficier de « super crédits » pour les petites voitures électriques abordables produites dans l’Union européenne. L’objectif est de favoriser la mise sur le marché d’un plus grand nombre de petits modèles électriques. La Commission européenne propose donc d’introduire une nouvelle sous-catégorie réglementaire pour les petits véhicules électriques « made in Europe », qui se distingueront par une longueur inférieure à 4,2 mètres et pour lesquels la Commission européenne entend réduire les obligations réglementaires pendant au moins dix ans. Les véhicules concernés bénéficieront d’un superbonus dans le calcul des émissions de CO2 pour les constructeurs automobiles. L’objectif est d’essayer de se remettre du désavantage concurrentiel par rapport à la domination chinoise (également) sur ce segment.

Le mot d’ordre de Bruxelles est de « maintenir le cap vers une mobilité propre avec pragmatisme ». Il s’agira de voir concrètement quel sera le rôle des véhicules à moteur thermique, en gardant à l’esprit que les constructeurs automobiles devront tôt ou tard réaliser un maximum d’économies d’échelle dans le secteur électrique pour faire face à la concurrence chinoise et proposer des véhicules à des prix compétitifs.