Parce qu’en Iran la vérité compte plus que jamais (non, personne ne demande le retour à Pahlavi)
Une bataille se déroule sur deux fronts en Iran. La première est celle des rues, où du 28 décembre au 11 janvier plus de 3 000 personnes ont été tuées lors de manifestations contre le régime. C’est déjà un chiffre dévastateur, mais il ne rend pas compte de toute l’ampleur de la tragédie : depuis plus d’une centaine d’heures, Internet a été presque totalement bloqué, rendant impossible toute vérification indépendante. La répression se déroule dans l’obscurité et ce qui arrive à l’extérieur du pays ne représente qu’une fraction de la réalité.
Mais tandis que le régime frappe avec des armes, des gaz et des arrestations massives, il avance également sur un deuxième front : celui de la manipulation de l’information. Ces derniers jours, certains médias occidentaux ont rapporté que des manifestants iraniens réclamaient un retour à la monarchie Pahlavi. C’est un récit faux, et surtout utile à ceux qui veulent déformer le sens de la révolte.
Les slogans pro-Pahlavi
Les témoignages recueillis auprès des citoyens, des militants et des analystes dressent un tableau très différent. Des agents pasdarans en civil ont infiltré les manifestations dans le but précis de mettre en scène des slogans pro-Pahlavi et d’enregistrer des vidéos destinées à être diffusées en ligne. Dans de nombreux cas, l’audio était artificiellement superposé, désynchronisé, trop clair pour être réel. Un court métrage, qui devrait être visionné par quiconque s’occupe de l’information, documente ces manipulations.
L’illusion d’une révolte monarchiste
C’est dans ce contexte que certaines chaînes satellitaires ont amplifié des contenus manipulés ou non vérifiés, contribuant à construire l’illusion artificielle d’une révolte monarchiste. Mais il suffit d’écouter les véritables chœurs sur les places pour comprendre que le récit est une tromperie. Les voix qui dominent les rues crient « Mort au dictateur », « Mort à Khamenei », « Ni Shah ni Guide suprême ». Il s’agit d’une déclaration politique sans équivoque : le peuple iranien rejette toute forme d’autoritarisme, passée et présente. Ce qui rend le tout encore plus alarmant est le fait que la plateforme politique présentée par Reza Pahlavi en 2025 n’a rien de démocratique. Son projet de « transition » concentre tous les pouvoirs – exécutif, législatif et judiciaire – en un seul chiffre, sans élections, sans séparation des pouvoirs, avec la loi martiale prévue dans de nombreuses villes et le maintien des structures répressives actuelles. Le nom au sommet changerait, pas la nature du système.
À l’heure où le peuple iranien risque chaque jour sa vie contre un régime violent et impopulaire, fabriquer une fausse alternative revient à trahir la révolution. Les Iraniens ne meurent pas d’envie de revenir en arrière, ni de remplacer une dictature par une autre. Leur demande est claire : une république démocratique, laïque et moderne fondée sur la souveraineté populaire.
La désinformation est la répression
Et c’est là qu’intervient la responsabilité des médias internationaux. La désinformation fait partie de la répression. Chaque vidéo non vérifiée, chaque slogan considéré comme authentique sans vérification, chaque reportage basé sur des sources opaques peut devenir une arme contre le peuple iranien. Aujourd’hui, la vérité n’est pas seulement un droit. C’est une forme de protection. C’est une forme de résistance.
Le devoir est simple et non négociable : vérifier, contextualiser, écouter, et surtout ne pas céder aux opérations de propagande – ni du régime, ni de ceux qui tentent de se réinventer comme une alternative sans avoir ni racines ni légitimité.
L’histoire de l’Iran n’appartient pas aux imposteurs du passé. Elle appartient à la voix authentique d’un peuple réclamant la liberté.
* Activiste et créatrice iranienne, elle est membre des Jeunes Iraniens, un groupe qui mène depuis des années des activités d’information et de soutien à la société civile iranienne.