Meloni veut « gouverner » la Méditerranée, mais Chypre s’y oppose

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Défi en Méditerranée entre l’Italie et Chypre. Après la confirmation de la majorité « Ursula 2.0 », le Totocommissari a pris vie. Rome ambitionne d’obtenir l’un des postes les plus importants aux côtés de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. Malgré le vote officiellement contre des députés européens des Frères d’Italie exprimés à Strasbourg sur le deuxième mandat du Parti populaire allemand, l’Italie entend le soutenir avec une nomination très médiatisée. La Première ministre Giorgia Meloni vise un tout nouveau rôle : celle de commissaire pour la Méditerranée.

Les fréquentations entre le leader des Frères d’Italie et la politique allemande durent depuis un certain temps, avec des flirts, des réactions négatives et des jalousies, mais la nomination de ce commissaire pourrait satisfaire les objectifs de Meloni, qui s’intéresse avant tout à une gestion de des migrants plus adaptés à ses proclamations et à renforcer les relations avec les pays d’Afrique du Nord, notamment sur le thème de l’énergie. Cependant, une troisième roue est entrée dans la voie tracée par le Premier ministre italien : Chypre. Le gouvernement de la petite île, partagé entre influences grecque et turque, voudrait mettre la main sur ce « gouverneur » de la Mare Nostrum pour accroître son poids politique en Europe.

Qui est le commissaire pour la Méditerranée

Annoncé par la dirigeante allemande dans son programme de travail pour les cinq prochaines années, le nouveau commissaire pour la Méditerranée sera nommé « pour se concentrer sur les investissements et les partenariats, la stabilité économique, la création d’emplois ». Cela sera combiné avec des tâches liées à « l’énergie, la sécurité, la migration et d’autres domaines d’intérêt mutuel ». Bref, ce sera un méga-gouverneur de l’Europe du Sud baignée par la mer, la plus problématique en termes de gestion des frontières et des arrivées, à la fois riche en ressources et en opportunités. Selon la présidente von der Leyen, le commissaire pour la Méditerranée « travaillera en contact étroit avec la haute représentante pour la politique étrangère », l’Estonienne Kaja Kallas. Bon nombre des tâches indiquées semblent rappeler l’ambitieux plan Mattei, avec lequel le gouvernement italien vise à renforcer les partenariats extra-UE (voir Algérie, Tunisie et Libye) et la stabilité économique de la région.

« Au-delà du vert, la nouvelle Commission von der Leyen sera de droite »

Le rôle défini s’inscrit dans la « nouvelle » stratégie de l’Union européenne pour l’externalisation des frontières et l’indépendance énergétique, qui se tourne de plus en plus vers le Sud et moins vers la Russie, mais devra faire face aux doutes liés à un nouveau rôle, qui se croise d’autres plus consolidés. Meloni semble néanmoins attiré et pourrait réussir plus facilement que les commissaires traditionnels. Les 13 sièges remportés par les députés réformateurs et conservateurs (sa famille politique à Bruxelles) dans les commissions du Parlement européen laissent espérer, mais la question des commissaires est complètement différente et le choix appartient uniquement à von der Leyen.

Parce que Chypre vise le commissaire Méditerranée

Le rôle est contesté par le président chypriote Nikos Christodoulides. Chypre, bien que petite île, joue un rôle clé dans la région, étant en mesure d’offrir un point de référence pour le transport maritime et une position de jonction entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. Dans l’ombre de cette candidature se trouve la Grèce, qui ne s’est toutefois pas officiellement portée candidate à ce nouveau portefeuille. Compte tenu des relations profondes avec Chypre, Athènes pourrait préférer soutenir Christodoulides et lui laisser cette nomination dont la portée est encore incertaine. Les pouvoirs, les responsabilités et le niveau d’engagement doivent encore être clarifiés, comme l’a également souligné le Premier ministre grec dans une interview accordée à Politico, mais le poste de commissaire reste toujours un poste de haut niveau tentant. Les négociations à Bruxelles se déroulent à huis clos et von der Leyen évalue, au travers d’entretiens et de CV, les personnes qu’il souhaite à ses côtés pour ce deuxième mandat. Après 20 ans d’adhésion au bloc européen, Chypre veut commencer à jouer parmi les grands noms des 27 et ce nouveau commissaire pourrait lui convenir parfaitement. Tant que Meloni ne le gêne pas.