Macron salue la démission de Barnier : la possibilité que Bayrou soit le nouveau Premier ministre

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le président français Emmanuel Macron a accepté la démission de l’ancien Premier ministre Michel Barnier après que son gouvernement a été renversé par un vote de censure trois mois seulement après son entrée en fonction, ce qui en fait le plus court de la Ve République. Barnier « assure, avec les membres du gouvernement, la gestion des affaires courantes jusqu’à la nomination d’un nouveau gouvernement », a indiqué l’Elysée dans un communiqué.

La motion de censure, votée avec 331 voix pour – et seulement 289 auraient suffi -, a été présentée par la coalition de gauche Nouveau Front Populaire, avec le soutien décisif de Rassemblement national de Marine Le Pen. En quelques heures seulement, la France est ainsi tombée dans une situation d’impasse politique difficile à sortir : Macron ne peut en effet dissoudre l’Assemblée nationale avant mi-2025, après les élections de l’été dernier. Le chef de l’Etat, revenu précipitamment d’Arabie Saoudite, s’adressera à la nation ce soir à 20 heures.

L’hypothèse Bayrou, alliée historique de Macron

Deux scénarios sont possibles devant le président, soulignent les médias français : la nomination d’un nouveau Premier ministre dans les prochaines heures, pour endiguer la pression de la gauche qui réclame la démission de Macron lui-même, ou l’attente d’un nouveau Premier ministre. gouvernement exprimé par les partis. Pendant ce temps, les spéculations se poursuivent sur le nom d’un éventuel successeur : les médias français font état d’une rencontre entre le chef de l’Etat et François Bayrou, allié historique de Macron et chef du parti centriste Modem (Mouvement démocratique). Bayrou aurait été invité à déjeuner à l’Elysée et, selon un responsable du parti de Macron, serait « candidat » au poste de Premier ministre.

Méfiance

Le Rassemblement National et le Nouveau Front Populaire, des deux côtés opposés de l’échiquier politique, ont expliqué qu’ils jugeaient inacceptable le budget controversé présenté ces derniers jours par Barnier, qui, n’ayant pas réussi à passer le vote parlementaire, aurait tenté de passer outre. en invoquant l’article 49.3 de la Constitution française, qui sur simple résolution du Conseil des ministres permet au Premier ministre d’engager la responsabilité du gouvernement lors du vote d’un projet de loi de finances. Un acte de force qui a coûté la confiance d’un gouvernement déjà fragile.

« Je peux vous dire que ce sera un honneur pour moi d’avoir servi dignement la France et les Français », a déclaré Barnier dans son dernier discours avant le vote. « Cette motion de censure va rendre tout plus sérieux et plus difficile. J’en suis sûr. »

Les deux dirigeants, Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, fondateur du parti de gauche radicale France Insoumise, ont durement attaqué le gouvernement Barnier qu’ils avaient jusque-là laborieusement soutenu. Les critiques ont porté en particulier sur la loi de finances, « qui pénalise, comme toujours, les Français jugés trop riches pour être aidés, mais pas assez pauvres pour échapper à la persécution fiscale », a souligné Le Pen.

Le Pen presse l'Assemblée nationale

La chute du gouvernement « n’est pas une victoire », mais « le choix a été fait de protéger les Français », a ajouté plus tard la dirigeante du RN, assurant qu’elle « laisserait le prochain Premier ministre travailler » à un budget « acceptable pour tous ». . « L’immense amour que j’ai pour la France m’a toujours rendu tout facile, même si j’ai été obligé d’unir mes voix à celles de La France Insoumise. » De son côté, le leader de la gauche a précisé que « même avec un Barnier tous les 3 mois, Macron ne tiendra pas 3 ans ». Le résultat du vote de censure était une issue « inévitable », écrit Mélenchon dans X.

Les options de Macron et les successeurs possibles de Barnier

Selon un ancien ministre qui l’a accompagné en Arabie Saoudite, Macron compte nommer un Premier ministre dans les 24 heures. Un calendrier serré dicté par les urgences calendaires : le le budget de l’Etat, tout d’abord, qui devra être adopté dans les prochaines semaines, et le budget de la sécurité sociale, resté sur la table avec la chute de Barnier. Une des options de Macron pour ne pas attendre que le Parlement – dont la composition restera inchangée – trouve un accord sur un nouveau gouvernement, est de nommer un technicien non exprimé par les partis.

Alternativement, le chef de l’Elysée pourrait s’appuyer sur l’article 47 de la Constitution, qui permet que le budget de la sécurité sociale soit lancé par ordonnance présidentielle. Ou encore, il pourrait demander l’activation d’une loi spéciale qui demande d’urgence au Parlement de gérer les postes budgétaires. Les constitutionnalistes sont divisés sur ces possibilités, tandis que les médias français se concentrent sur les noms d’éventuels candidats au poste de Premier ministre.

Parmi ceux-ci, ont été évoqués les noms du ministre de la Défense, Sébastien Lecornu, et de celui de l’Intérieur, Bruno Retailleau, appréciés par la droite pour sa ligne très dure sur l’immigration et résolument contestés par la gauche. Pourtant, au fil des heures, l’hypothèse du centriste François Bayrou, qui a déjà rencontré Macron à l’Elysée, a pris davantage de concret. Enfin, la liste des candidats comprend l’ancien socialiste Bernard Cazeneuve, le républicain François Baroin et François de Galhau, un profil technique.