L’Italie reprogramme sept milliards de fonds de cohésion : priorité à la compétitivité et au logement

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

La politique de cohésion de l’Union européenne change de cap à mi-parcours du cycle 2021-2027 et s’adapte à un contexte marqué par les crises géopolitiques, la pression sur les prix et les nouveaux besoins industriels.

Les États membres ont réussi à reprogrammer 34,6 milliards d’euros de fonds vers les priorités stratégiques les plus urgentes de l’UE. L’examen à mi-parcours a permis aux gouvernements de reprogrammer une partie des fonds vers cinq priorités stratégiques : la compétitivité, la défense et la préparation civile, le logement, l’eau et l’énergie. Une opération d’un montant total de 34,6 milliards d’euros et qui implique 25 pays et 186 programmes déjà opérationnels, soit environ 10 pour cent du budget global.

L’Italie à l’avant-garde de la reprogrammation

L’Italie a agi de manière décisive, en réaffectant plus de 7 milliards d’euros, l’un des chiffres les plus élevés de l’Union. La part principale a été allouée à la compétitivité, avec près de 4,7 milliards pour les technologies, l’innovation et l’industrie. Viennent ensuite les investissements dans le logement (environ 1,1 milliard), dans la gestion de l’eau (629 millions), dans la transition énergétique (396 millions) et, dans une mesure plus limitée, dans la défense (248 millions).

Le vice-président de la Commission européenne, Raffaele Fitto, a parlé de ressources « réelles et concrètes » immédiatement disponibles, soulignant la capacité de la politique de cohésion à « s’adapter rapidement aux nouveaux défis ». Le ministre des Affaires européennes, Tommaso Foti, a également souligné le rôle actif de l’Italie, premier en Europe en termes de nombre de programmes révisés. « L’Italie a relevé avec détermination le défi posé par la réforme de la cohésion européenne, en l’interprétant avec ambition », a-t-il affirmé.

Au total, le pays a modifié 35 programmes sur 48, dont 28 régionaux et 7 nationaux, sur un budget total de plus de 42 milliards. Un chiffre qui met en évidence une forte capacité administrative mais aussi la nécessité de réaligner rapidement les investissements sur les nouvelles priorités politiques et économiques.

« L’Italie a toujours soutenu la nécessité d’une plus grande flexibilité et d’une plus grande simplification pour garantir une utilisation plus efficace et plus concrète des ressources européennes. Un objectif poursuivi par la réforme des politiques de cohésion promue par le vice-président Fitto », a déclaré la Première ministre Giorgia Meloni.

Les nouvelles priorités : de la cohésion à la sécurité économique

Tout en restant ancrée dans le développement territorial, la stratégie européenne intègre désormais des objectifs plus larges liés à la sécurité économique et à la résilience.

Au niveau de l’UE, la plus grande part des ressources reprogrammées, environ 15,2 milliards, est destinée à la compétitivité, en mettant l’accent sur les technologies et compétences critiques. Viennent ensuite 11,9 milliards pour la défense et la préparation civile, y compris la mobilité militaire et la cybersécurité. Les allocations pour le logement accessible (3,3 milliards), la résilience hydrique (3,1 milliards) et la sécurité énergétique (1,2 milliard) sont plus limitées mais politiquement pertinentes. Il s’agit d’un changement de paradigme : la cohésion n’est plus seulement un outil de rééquilibrage territorial, mais devient également un levier de renforcement de l’autonomie stratégique européenne.

Défense et double usage

Parmi les éléments les plus discutés de la révision figure l’ouverture à l’utilisation de fonds pour des infrastructures à double usage, civiles et militaires. En Italie, seules six régions ont choisi d’exploiter cette possibilité : les Abruzzes, la Calabre, la Lombardie, le Molise, la Sicile et la Basilicate.

Le sujet a suscité un débat politique, car il marque une nouvelle évolution de la cohésion vers des domaines traditionnellement étrangers, comme la défense. Cependant, la Commission insiste sur la nécessité d’intégrer sécurité et développement, surtout dans un contexte international instable.

De la planification à la mise en œuvre

Avec l’approbation des modifications apportées aux programmes, la phase politique de la révision peut être considérée comme terminée. L’accent est désormais mis sur la mise en œuvre concrète des investissements. La Commission travaillera avec les autorités nationales et régionales pour garantir que les nouvelles priorités se traduisent en projets opérationnels.

Alarme sur les régions

La présidente du Comité des régions, la socialiste hongroise Kata Tüttő, a commenté la révision à mi-parcours de la politique de cohésion, en défendant le rôle des territoires. « Avec la révision à mi-parcours et la flexibilité de l’appropriation régionale, les investissements sont orientés vers le logement, l’approvisionnement en eau, la préparation aux situations d’urgence et la compétitivité », a-t-il expliqué. Mais il a prévenu que dans le budget post-2027, sans gouvernance régionale, « la politique de cohésion disparaît ».

Voyons les autres actualités des deux dernières semaines sur la cohésion européenne et la politique régionale

Fonds à confirmer

À Bruxelles, mardi 24, le ministre des Affaires européennes Tommaso Foti a demandé de maintenir les fonds de cohésion dans le prochain budget de l’UE 2028-2034 à des niveaux similaires à ceux actuels. « Les Fonds de cohésion devraient rester d’une taille financière similaire à l’année précédente et un modèle objectif pourrait être introduit », a-t-il expliqué, rappelant le Pnrr et Next Generation Eu. Le ministre a également réitéré le rôle « tout à fait important et décisif » des régions et territoires.

La cohésion à réformer

Le vice-président de la Commission Fitto a relancé la nécessité d’actualiser la politique de cohésion. « Il est nécessaire de moderniser la politique de cohésion, qui est stratégique, fondamentale et présente dans les traités, dans le but de réduire les disparités », a-t-il déclaré, s’exprimant à Naples, jeudi 19, lors du Festival euro-méditerranéen d’économie, avertissant que sans territoires inclus « il n’y a aucune perspective qui renforce la compétitivité ». Fitto a ensuite ajouté que « penser qu’il n’a pas besoin de s’adapter à de nouveaux défis serait un paradoxe et une erreur ».

Il faut un équilibre

Lors du débat sur le budget de l’UE 2028-2034, mardi 24 à Bruxelles, Confcooperative a demandé d’équilibrer la compétitivité et la politique de cohésion. Le président Maurizio Gardini a expliqué que les fonds sont « nécessaires et indispensables pour soutenir, avant tout, le développement des territoires qui tardent à avancer ou sont économiquement en retard ». L’organisation a annoncé des propositions sur l’économie sociale, la PAC et les marchés publics, rencontrant entre autres le vice-président de la Commission Fitto.

Défense et territoires

À Bruxelles, lundi 23, le groupe de travail défense du Comité des régions a réitéré le rôle clé des villes et des régions dans la sécurité européenne et dans l’utilisation des fonds européens pour renforcer l’industrie et la coopération transfrontalière. Le député espagnol Fernando López Miras a averti : « L’Union européenne doit agir de manière décisive pour renforcer sa politique de défense et son autonomie. » Le président de la Région de Murcie a ajouté que l’autosuffisance dépend d' »une industrie européenne de défense forte et compétitive » et que la participation des territoires est « cruciale » pour soutenir les PME et un développement équilibré.

L’Europe sur le territoire

Dans le Salento, mercredi 26, a été inauguré un nouveau centre Europe Direct, le réseau de la Commission européenne pour informer les citoyens et renforcer le dialogue avec les territoires. Le bureau proposera des services d’information et des activités locales, avec des réunions publiques et des initiatives dans les écoles. Les centres sont définis par la Commission comme des « départements de participation démocratique » et visent à relier les politiques européennes et la vie quotidienne, avec un rôle également dans la diffusion des opportunités liées aux fonds et aux politiques de cohésion.

Voler avec cohésion

Feu vert du conseil sicilien à de nouvelles incitations pour les routes de Trapani Birgi, avec 21 millions entre 2026 et 2028 pour attirer les vols et renforcer l’économie locale. A Palerme, mercredi 18, le président Renato Schifani a expliqué : « Avec cet investissement, nous démontrons la volonté concrète de renforcer le positionnement compétitif de l’aéroport ». L’intervention est liée aux politiques de cohésion, avec des fonds FSC déjà alloués à Comiso pour les infrastructures et le fret, en mettant l’accent sur le tourisme, l’emploi et le développement territorial.

Zones internes

La priorité 5 du programme FSE+ Sicile 2021-2027 a démarré jeudi 26 depuis Palerme, avec 48 millions d’euros alloués à la lutte contre le dépeuplement et la marginalisation dans les zones intérieures. L’initiative se concentre sur l’inclusion sociale et l’emploi, impliquant 155 municipalités dans des projets partagés. Le Président Renato Schifani a parlé d’une « initiative d’une grande importance stratégique pour le développement et la cohésion de notre Région », soulignant que les domaines internes constituent « un défi décisif » et qu’une gouvernance efficace sera nécessaire pour mettre en œuvre les interventions.